09/07/2010

Brumes scintillantes, acte III

"J'ai le plaisir de vous faire partager sur quatre jours une nouvelle policière écrite il y a peu pour un concours. Cette fiction est toute simple, mais tel est le but d'une nouvelle."

Les brumes scintillantes !

Acte III

 

Il lui faut rapidement retrouver ses esprits. Il doit joindre sa centrale par radio, impossible pourtant. Ces radios portables, c'est comme les préservatifs, c'est toujours quand on en a besoin que l'on en a pas sur soi, comme aimait à le lui répéter son supérieur, et là il a oublié la sienne sur le siège de sa voiture.

La raison le rappelle à l'ordre et les repères professionnels prennent le dessus. Une tête, mais pas de corps. Pourtant il y a cette forte odeur. Un coup d'œil rapide dans le dévers du sous-bois en direction du ruisseau, et il y devine dans la pente la partie manquante. Un jeans surmonté d'une veste rouge, le corps d'un homme visiblement, couché sur le ventre. La main droite, décomposée, est visible à l'extrémité d'une manche.  Logiquement, il n'y a pas de tête au dessus du col de la veste. Malgré les effluves pestilentiels du cadavre, il s'en approche. Les premières investigations sont souvent les plus importantes. Alors qu'il se penche pour mieux voir, il retient brusquement son souffle. Les chevilles, les genoux, la taille et les bras à la hauteur des coudes sont attachés au moyen de cordelettes, pas les poignets. Des liens serrés, avec des nœuds de marin. Une autre corde, très courte, fait le lien entre l'attache de la taille et les genoux, et c'est visiblement la même corde de lin qui a été utilisée.

La déduction est rapide, le constat aussi. Ce type a été pendu attaché et sous l'effet de la putréfaction le corps s'est détaché de la tête pour retomber en contrebas. Sans encore retourner le cadavre, il lui faudra aviser l'officier de service et attendre la criminelle, la médecine légale  et les pompes funèbres avant de toucher au corps. Là, il remarque un autre bout de cordelette, rattachée aux liens de la taille. Elle est sectionnée, un coup net donné par une lame d'un couteau probablement ou d'un objet très tranchant.  Mais où est l'autre bout de cette attache ?

Il relève la tête et observe le crâne figé au dessus du ravin.  Sur la même branche qui retient le nœud de pendu, il y devine une seconde attache. Il lui faut remonter la pente glissante pour observer ceci de plus prêt. Sans tomber il y arrive, aidé de quelques jurons. Au regard de ce deuxième indice, il est évident qu'il tient là la deuxième partie de la corde sectionnée. Et là le schéma change radicalement. Ce type qui se décompose dans l'oubli de tous n'était pas simplement pendu, il était avant tout suspendu. En effet, la nature des liens et la présence de deux cordes de suspension laissent deviner la scène. Ce mec était en position assise, dans le vide, tel un parapentiste, attaché et retenu ainsi par la première corde, alors qu'une seconde avec un nœud de pendu lui avait été passée autour du cou.  

A-t-on torturé ce pauvre gars en l'attachant suspendu dans le vide, pour le faire parler, voire pour le faire taire en sectionnant cette attache, ce qui précipita son corps dans le vide telle l'ouverture de la trappe sous une potence ? 

(la suite demain)

07:45 Publié dans Culture, Fiction, Genève, Médias, Région | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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