09/01/2011

Circulation routière et modification des comportements, comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a 20 ans on disait qu'à Rome ou Paris ils roulaient comme des fous, qu'il ne fallait surtout pas y aller en voiture ; Aujourd'hui Genève se retrouve dans la même situation.

 

Les comportements ont changé.

 

Premièrement, le respect des règles de la route, des autres usagers, de la vie en communauté n'est plus présent. En quelques années, tout comme dans notre société, l'individualisme a fait son trou. C'est un peu chacun pour soi, dans la vie comme sur la route, c'est à celui qui passera le premier, à celui qui arrivera en tête, qui dépassera ses objectifs et bientôt à celui qui écrasera l'autre. Pour arriver à de tels buts égoïstes, il n'y a qu'une seule solution, tricher, déroger aux lois, heurter, provoquer, s'imposer. Le respect a donc disparu sur nos routes et de notre comportement quotidien, et ce constat est de plus en plus criant au regard de la mutation de notre société en proie aux doutes.

 

Avant, les anciens, les parents, les enseignants, les policiers, et parfois les hommes d'Eglise étaient là pour inculquer le respect. Aujourd'hui, ils n'ont plus de temps de s'y consacrer, ou tout simplement ils ne perdent plus de temps pour tenter d'éduquer, ils ont baissé les bras, la cause étant visiblement perdue depuis quelques années. Il faut dire que l'autorité naturelle de ces repères de l'éducation est elle aussi morte des conséquences d'une politique libertaire portée par des idées post-soixante-huitardes.  

 

Les élèves répondent aux professeurs, les piétons traversent au rouge devant un flic, les enfants agressent leurs parents, les vieux ne sont plus écoutés et l'Eglise n'a presque plus sa place dans une société où la mort est devenue virtuelle pour une jeunesse athée nourrie par l'ésotérisme (littérature - média - cinéma - mode).  

 

Deuxièmement, le stress sociétal sera le cancer du XXIe siècle. Alimenté par la peur du chômage et rendu nécessaire financièrement pour vivre et survivre, le travail est devenu le fil rouge de notre société qui se mondialise trop vite. Perdre un emploi peut être le début d'une rapide descente en enfer. Il faut donc convaincre, être productif, être proactif, sacrifier sa famille et son temps pour gagner cet argent qui nous autorise pour l'instant à ne pas basculer, à ne pas tomber en bas, à devenir un indigent.

Je m'égare me direz vous, et pourtant. Regardons qui sont tous ces bipèdes qui prennent la route ou les transports publics, des travailleurs dans la grande majorité. Certes il reste bien quelques ménagères qui vont simplement déposer les enfants à l'école, avant de retourner s'occuper du foyer familial, mais c'est devenu une exception, un luxe car la plupart des mamans vont travailler, doivent travailler. Il y a quinze ans c'était par émancipation dans le cadre d'un développement personnel, aujourd'hui c'est par obligation, juste pour garder un niveau de vie (je ne parle pas de qualité de vie là) adéquat.

 

Ne pas arriver en retard au travail, constater que la durée des trajets s'allonge avec le développement de la région, trouver une place en zone urbaine, se savoir otage de travaux sans fin, d'une ingénierie de la mobilité incompréhensible et du comportement des autres usagers de la route, ne pas concevoir les priorités politiques en matière de transports publics déjà engorgés, pour une mobilité qui n'a que de douce le nom, avoir la crainte qu'un simple accident sur un grand axe ne bouche tout durant une heure. Un stress que l'on retrouve en fin de journée, pour le chemin du retour, aller chercher les enfants, faire les course, s'occuper d'un ménage et des devoirs, sans prendre le temps pour soi, pour l'autre, on fini aussi par devenir égoïste.

Sans compter notre jeunesse qui elle souffre du chômage. Ce stress pour réaliser cette obligation sociétale, trouver du travail et ne plus se réfugier derrière de trop longues études pourtant encore nécessaire dans l'obtention d'un Bachelor ou d'un Master, reconnaissance unique d'une certaine élite. Pour les autres, l'appât du gain est devenu une nécessité existentielle, une reconnaissance sociale, car l'argent rapidement gagné apporte une stature sociale et a remplacé les diplômes, les titres et la réussite de la quarantaine.

 

Mon analyse est naïve, mais si vous vous retrouvez dans mes propos, en ayant l'impression d'avoir perdu certaines valeurs, c'est que nous vivons naïvement, sans ne plus se poser les élémentaires questions existentielles, laissant ainsi nos comportements être guidés par de mauvais indices, dont le stress.

Genève il y a vingt ans, on y circulait très bien, sauf aux heures de pointes sur les pénétrantes et les sortantes en périphérie de la ville. Le pont du Mont-Blanc était alors déjà saturé et la traversée de la rade envisagée venait d'être acceptée par le peuple (1988). Relevons que les heures de pointes étaient concentrées sur des pics et fortement liées au transit des travailleurs. Notons aussi que la volonté du peuple n'a pas été réalisée par le Conseil d'Etat dans les années qui suivirent.

 

Genève il y a dix ans, on n'y circulait pas très bien, les heures de pointes s'étant allongées dans le temps et le flux des véhicules ayant augmenté rapidement en dix ans. La votation attendue pour la traversée de la rade pont / tunnel ayant été refusée par le peuple, à cause des coûts élevés (1996), la priorité est donnée aux transports publics. L'émergence des scooters devenait elle la solution simple pour le citoyen. Le retour du cycle suivra avec l'arrivée des Verts en politique.

 

Genève aujourd'hui, on y circule très mal. Pour moi, tout a commencé par des erreurs politiques, d'investissements et de grands projets. Un manque d'ambition que Genève paie le prix fort aujourd'hui.

Sinon, le citoyen s'est adapté, avec l'arrivée des scooters justement, ces conducteurs de deux-roues, pressés, stressés, n'ayant pas le code de conduite du motard. De véritables dangers qui retrouvaient au guidon de leur machine un semblant de liberté.

 

Puis les automobilistes, pris dans les embouteillages, ont commencé par de petites infractions, dont les fameuses entraves sur la route et les empoignades et autres insultes à côté.

 

Sont alors arrivés les cyclistes, pris eux aussi dans les bouchons et qui se sont alors autorisés dans un premier temps de passer tous les feux au rouge, avant de devenir de véritables cycloterroristes.

 

On alors suivi les motards, statufiés dans le trafic, qui ne se gênent plus, double ligne de sécurité et ils remontent la file, suivis des automobilistes, pris eux aussi en otage sur nos routes, qui s'autorisent des lignes doubles, demi-tour sur route, feux rouge, refus de priorité.

 

Pire encore, les conducteurs TPG (tramway et Bus) commettent aujourd'hui eux aussi des infractions, non respect de la phase du feu, entraves, venant ainsi scléroser la mobilité urbaine et suburbaine.

On se demande alors pour quelles raisons une fois piétons, à qui l'on a accordé toutes les priorités, tous ces usagers de la route respecteraient encore les règles.

Dans cette société qui ne se pose plus les bonnes questions, le manque de respect et le stress, aidés par tous les travaux en place qui paralysent Genève pour une restructuration d'avenir (?), ont été selon moi les générateurs de ces modifications de comportement !

 

"Genève, un monde en soie"

11:29 Publié dans Culture, Genève, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour !

Du haut de mes 72 ans (!), je ne suis pas aussi pessimiste. En tout cas dans mon village, devenu ville il y a quelques jours, je remarque une très nette amélioration des attitudes générales de la population. Devant les passages à piétons (pas cloutés), les voitures ralentissent et s'arrêtent et souvent d'un signe de la main, on nous invite à traverser; de jeunes enfants inconnus qui nous croisent sur les trottoirs nous disent spontanément bonjour; dans les files d'attente au magasin ou nous cède un tour si on a qu'une ou deux marchandises en main; et en moto, bien sûr je fais attention, mais n'ai jamais constaté d'agression ni de méchanceté de la part des automobilistes.
Méditons bien là-dessus et cherchons à se réjouir de toutes ces petites joies égrenées le long des jours, et disons-nous que tout ne vire pas au plus mal, au contraire.

Écrit par : merimetso | 09/01/2011

Genève souffre beaucoup des travaux d'infrastructure qu'elle a engagé.
Prenez le quartier de Vernier/Meyrin : En 3 ans, ils ont eu à subir la construction du Tram, celle d'Ikea, et biensur le tunnel qui passe sous meyrin. La bonne nouvelle, c'est que c'est bientôt terminé :)

Écrit par : eric | 09/01/2011

Bonsoir Minet,

Je me contenterai d'en rester au comportement du citoyen "Lambda" sur la voie publique pour confirmer votre analyse.

Oui vous avez raison, le comportement des usagers de la route ( tous moyens de locomotion confondus : voitures, motos, scooters, vélos, chaussures à clous ou tong, etc. est devenu beaucoup plus agressif. C'est évident !

Si c'est aux sociologues qu'il appartient en premier lieu d'en analyser les causes de ce qu'il faut bien appeler des incivilités, on ne peut nier ni éluder l'aggravation de ce comportement au fil des années.

Mais ces incivilités ne sont-elles pas le reflet de notre société ? C'est ce que vous suggérez dans votre billet, en cela je partage votre constat.

On pourrait énumérer toutes les entorses aux règles de la circulation que nous pouvons constater chaque jour, mais la soirée n'y suffirait pas. Aussi contentons-nous d'exiger un durcissement des sanctions, puisque la prévention ne semble pas suffire. Il n'est pas acceptable en effet de se voir menacer physiquement sur la voie publique, du simple fait de s'y trouver au mauvais moment.

Pour ma part, je suis favorable à une application stricte des sanctions, car j'en ai marre de ce laxisme ambiant. Cette prise de position implique bien évidemment une augmentation des effectifs de la force publique, terme utilisé au sens large.

Bien à vous !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 09/01/2011

Les commentaires sont fermés.