19/01/2011

La difficile mue des "flics municipaux" présentée par le GHI.

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Il est consternant de se rendre compte que M. Pierre Maudet a visiblement en politique deux façons de voir les choses.

 

Lorsqu'il observe de l'œil droit l'armée suisse et la politique d'Ueli Maurer, Pierre Maudet, membre de l'exécutif de la ville de Genève, se fend d'un document qui se veut visionnaire, "Le vrai rapport", en rupture totale avec le système en place. Il se veut rassembleur et propose la création d'un Département fédéral de la Sécurité et la création d'une réserve fédérale de police. On peut aimer, mais on peut aussi rester sur la réserve face à ce fédéralisme exacerbé.

 

Par contre, lorsqu'il se retourne et regarde de l'œil gauche sa police municipale, sa rétine se veut oscillante, sa vue se trouble et il n'arrive pas à la rupture attendue par ses hommes. Il tire même un bilan satisfaisant un an après l'entrée en fonction de la police municipale. Et pourtant !

 

Premièrement si la loi a donné un nom à la sécurité municipale, devenue la police municipale, elle a oublié de remettre l'ouvrage sur le métier. Pas ou peu de policiers dans cette entité, mais des agents de la police municipale (APM).

 

Dans la précédente législature, un Conseil d'Etat si peu collégial n'a pas osé, par manque de moyens, de vision d'avenir ou de crédibilité face aux « très puissants » syndicats de polices et aux Maires de communes qui veulent garder leur sécurité municipale, a proposé une Loi qui demeure inachevée. Elle a été acceptée par un Grand Conseil qui ne devait pas avoir connaissance de la faible portée du Rapm.

 

La frustration est grande chez les agents de la police municipale, on peut la comprendre. Une autorité retrouvée par une terminologie qui n'accorde pas tous les pouvoirs usuels à la fonction espérée. Mais savons-nous, encore aujourd'hui, quels étaient les buts recherchés par le pouvoir exécutif ?

 

Vendre du rêve et une sécurité cosmétique ? Ce qui est certain que que Genève va mal.

 

La ville, poumon commercial de la région et carte postale de la Genève internationale, sombre sous les faits divers et l'incapacité de tenir la rue, de garantir une sécurité durable.

 

Le canton, poumon économique de la région et image politique de la Genève internationale, s'écroule sous les contradictions des choix des priorités. Il abandonne la rue pour reprendre une plaine, mais il devra bien reprendre cette même rue pour garantir ce que tout citoyen est en droit d'attendre d'un pouvoir exécutif, qui se devrait d'être réveillé prochainement par le pouvoir législatif, à savoir la garantie de vivre en sécurité sur sol genevois.

Donner des armes aux APM, le certificat de policier et les lâcher en rue. Ils sombreraient immédiatement sous le poids du travail judiciaire comme le subissent actuellement les policiers genevois. Il y aurait alors abandon de la police de proximité, une catastrophe de plus au détriment des habitants de notre canton.

La solution ne passe pas par là.

 

Demain, mais il faudrait pouvoir déjà dire aujourd'hui, qui fera quoi ?

 

Police municipale, de proximité, îlotage, prévention, répression, représentativité et manifestation ludiques dans un cahier des charges composé d'un début et d'une fin. Un métier redessiné pour lui donner une valeur ajoutée, celle de la confiance obtenue par les citoyens, tel des gardiens de la paix.

 

Police urgence, prévention, enquête, intervention, dissuasion, proximité par l'occupation du terrain, maintien de l'ordre et de la paix par l'anticipation, la réaction, et l'adaptation des besoins. Un métier de policier où l'analyse, la réflexion et la médiation auraient leur place au quotidien comme fil rouge en lieu et place des tâches sociales et administratives qui se devraient d'être occupées par d'autres. Une autorité retrouvée, bras armé du pouvoir judiciaire, à travers un cahier des charges adaptés aux modifications sociétales. Des flics de rue d'une grande humanité mais avec un seul objectif, garantir la sécurité exigée par la population. La Genève internationale s'en retrouverait également grandie, comme New-York a su le faire en s'en donnant les moyens. Et à défaut de millions de dollars, une volonté politique affirmée serait un bon détonateur.

 

Police internationale, sécurité du monde diplomatique, aéroportuaire et aux frontières, mais toutes les frontières, en appuis des Cgfr. Il faut sortir cette police de ses contraintes financières et fédérale pour pouvoir enfin en disposer sur l'entier du sol genevois, mais ceci a un coût.

 

Mais comme l'avait écrit un ancien président d'un syndicat de police, la sécurité à un prix, ce n'est pas aux policiers à en payer les coûts. Les APM ont raison de ne pas être satisfait de la situation, le peuple aussi. Heureusement les élection municipales arrivent à grands pas, et le débat va renaître, avec ou sans agent de sécurité préventive. Les erreurs du passé d'une gauche probablement trop frileuse ne doivent pas laisser la droite se satisfaire de grandes idées, il faudra aussi des résultats.

Mais la gronde des APM sera probablement suivie de celle des policiers, désabusés et médusés face à un NCPP qui les confine à un travail judiciaire administratif bien trop lourd, sclérosant les objectifs sécuritaires qui avaient été fixés, et encore attendus par la population.

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon, lecteur du GHI, de la TDG et du mémorial du Grand-Conseil.

22:36 Publié dans Associations, Culture, Genève, Histoire, Médias, Politique, Région, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

Commentaires

Une remarque sur le "modèle" NYC:

Si Manhattan est certainement plus sûre aujourd'hui qu'il y a 25 ans, la criminalité est toujours aussi importante dans les autres circonscriptions (borough) de la ville de NY (NYC), sans parler de l'Etat de NY.

Ces 25 dernières années, l'activité économique a continué de se concentrer à Manhattan. Les entreprises qui ne pouvaient payer les loyers hors de prix de cette circonscription sont donc parties à Brooklyn, dans le Queens, voir dans le New Jersey. Où on a construit et retapé des immeubles, mis des vigiles, réaménagé à la vitesse de la lumière, des enseignes à la mode s'y sont installées, etc. Le processus de gentrification classique a suivi.

Le non-développement du quartier des Acacias, où est pourtant située une des plus prestigieuse banque privée du pays, nous ramène à une évidence que nous connaissons que trop: la Suisse n'est pas les E.-U., Genève n'est pas New York, les Acacias ne sont pas Manhattan.

La criminalité en col blanc reste très importante à Manhattan, en dépit des efforts des autorités. Il est de coutume de dire à NYC que sans un bon avocat, vous n'y faites pas d'affaires.
L'autre type de criminalité, que vise votre billet, est présente dans les circonscriptions moins riches et touche la classe moyenne et inférieure. A côté de ce qui se passe dans certains de ces quartiers de ces circonscriptions (Staten Island), la rue des Paquis est un havre de paix.

It ain't easy.

Ross

Écrit par : ross | 20/01/2011

Cher Ross,

Les Pâquis havre de paix, ouvrez les yeux svp, même si là je ne peux pas vous aider. Il ne faut plus se contenter de la rubrique "faits divers" des journaux et se renseigner autour de vous, la violence est devenue un fait de société, l'insécurité n'est plus un sentiment mais une certitude.

Minet.

Écrit par : Minet | 20/01/2011

Cher Minet,

Après avoir vécu 20 dans le New Jersey, j'habite aujourd'hui aux Pâquis, le quartier de mon enfance et j'ai les yeux grands ouverts.

Je peux comprendre que des Genevois qui avaient l'habitude dans les années 1960 de ne pas fermer la porte de leur voiture à clef, comme mes parents, soient fâchés du tour qu'ont pris les choses dans leur ville.

De la même façon que je peux comprendre qu'un policier comme vous, dise n'importe quoi "la violence est devenue un fait de société", vous n'êtes ni René Girard, ni Yves Michaud. Par contre, prendre NY comme référence, c'est une erreur, grave, qui en dit long sur votre capacité de jugement et votre grille d'analyse. Savez-vous qu'une des raisons de la baisse réelle de la criminalité à NY, c'est le développement, hors norme, des sociétés de sécurité privée? Vous avez des vigiles partout, 24/7 - ce qui fait baisser le sentiment d'insécurité.

Il ne fait d'ailleurs nul doute que vous n'auriez pas fait, à NY, la carrière que vous avez faite à Genève. La police de NY, c'est la crème de la crème. De tous le pays, on postule pour y entrer. L'école de police peut se permettre une vraie sélection. Les formations continues, données par des experts de très haut rang, sont obligatoires. Les statistiques sont reines. Les évaluations impitoyables. Résultats, les enquêteurs sont des as, les agents avisés. Jamais vous entendrez l'un d'eux se satisfaire avec quelque chose du genre "l'insécurité est une certitude".

J'ai peur de ne rien pouvoir pour vous non plus.

Écrit par : ross | 21/01/2011

Entre pouvoir laisser la porte ouverte de sa voiture sans crainte et,

Se faire agresser dans la rue, vol de sac à main avec violence

Se faire agresser sexuellement dans une allée

Se faire cambrioler alors que l'on dort dans son logement

Se faire voler son argent en quittant le bancomat

Se faire menacer de mort au moyen d'un couteau pour une histoire de clope

Se faire prendre dans un hold up en allant à La Poste ou un change Migros

Il y a des réalités qui vous dépassent cher Ross.

Et si mon jugement avisé ne vous plaît pas, sachez que c'est le citoyen qui écrit, le policier, lui, n'a pas le droit de s'exprimer, même s'il a les idées issues de son expérience.

Mais ici comme ailleurs, la base n'est pas écoutée, et les décideurs devront un jour payer le prix de leurs erreurs.

Minet.

Écrit par : Minet | 21/01/2011

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