06/03/2011

A la poursuite du temps perdu !

« Il est quatre heures du matin, le silence règne sur la radio de la voiture, juste couvert par la bande FM. La patrouille est longue même si les réquisitions ont été nombreuses. Ce petit moment de calme, on l'apprécie, il vient couper la nuit, il aide aussi à penser à autre chose. Tiens, demain il faudra que je poste mon bulletin de vote pour dimanche prochain, et ne pas oublier d'aller chercher la petite à mon réveil, même si depuis quelques années je ne dors plus beaucoup en descente de nuit.

 

Soudain l'annonce tombe, une voiture rouge prend la fuite sur un contrôle, elle est chassée par mes collègues. Des patrouilles sont demandées en renfort. Pas grand monde pour répondre, depuis minuit tous les postes étaient déjà bloqués sur des affaires NCPP. Nous sommes deux à donner suite. La direction de fuite est claire, précise, la frontière. Il faut réfléchir, vite et bien. Le chemin le plus court, le parcours qui nous permettra d'avoir une chance de coincer le fuyard. Il roule à plus de 100 km/h en ville, tel un fou, les feux rouges ne sont pas un obstacle pour lui, pour nous oui. La prudence doit venir nourrir la fougue dans cette intervention, il suffi parfois d'une demi-seconde, de cinq centimètres à gauche ou à droite, et c'est l'incident, pire l'accident.

 

Mon coéquipier est lui sublimé par la course en urgence et à la fois pétrifié à l'approche de chaque croisement, un risque de plus. Pendant quelques minutes il place sa sécurité entre mes mains, mais il a confiance, il voit que je maîtrise, le parcours, les courbes empruntées, les carrefours traversés avec prudence, avant d'accélérer, droit sur l'objectif qu'il sollicite aussi, le fuyard.

 

Ma concentration est telle que je ne peux penser à rien d'autre que la route et à mes choix, instinctifs, décisifs. Oubliée la fatigue de la nuit, l'adrénaline fait sont effet. Je n'ai pas le droit à l'erreur, pour moi, pour lui, pour eux. Le « jeune » répond tant bien que mal à la radio, il donne notre position, que je dois néanmoins rectifier de la voix car il ne connaît pas le nom de toutes les rues.

 

Et puis il y a le fuyard, lui il ne ralenti pas, il a même augmenté sa vitesse en arrivant sur un grand axe. Nos collègues sont toujours derrière, mais ils perdent du terrain, la lucidité de ne pas aller au-delà des limites a des contraintes, celles de ralentir, de prévenir, d'anticiper, ce que le gredin ne fait pas, ne fait plus, il fonce. Il a déjà percuté une autre voiture qui passait normalement un carrefour ainsi que deux autos en stationnement, mais rien ne l'arrête, donc on se doit d'y remédier, avant qu'il ne tue quelqu'un.

 

Je me rapproche des douanes, je sens bien que nous allons le croiser dans quelques secondes, dans deux ou trois intersections. Je donne un petit coup de plus sur la pédale, si proche du but, sur cette longue ligne droite ou il n'y a personne. La radio précise que le véhicule a été volé dans la journée, sur un parking du salon de l'auto. Raison de plus pour ne pas le laisser fuir.

 

Virage à gauche, puis à droite, et là il y a cette lumière qui arrive sur la droite, à la hauteur d'un Stop, et .............. 

 

J'ouvre les yeux, je ne sais pas ce qui s'est passé, je me souviens d'un bruit sourd, d'une voiture blanche qui arrivait sur ma droite, vers un Stop, et puis plus rien. Immédiatement je me rends compte que l'avant droit de notre véhicule est enfoncé, mais je me rends aussi compte que nous ne sommes plus dans le même sens de marche que lors de l'incident, un tête-à-queue probablement. Sur ma droite, mon collègue n'a rien mais n'arrive pas à ouvrir sa portière. Devant nous, sur ma gauche, la voiture blanche est là, figée, elle me fait face. Une ambulance est arrêtée à ses côtés et le médecin s'entretient avec la conductrice. Elle est vivante, je suis soudainement soulagé, sans savoir pourquoi, mais  je ne me suis pas encore aperçu que moi je ne sens plus ma jambe gauche, et que trois pompiers tentent de me sortir de là. Le bruit d'une autre sirène vient bousculer mes pensées, je perds connaissance.

 

Je ne saurai jamais pour quelles raisons cet accident s'est produit, je ne l'ai pas voulu ni souhaité. J'étais certain que les autres devaient me voir, feux bleus virevoltant, et m'entendre, sirènes hurlantes brisant le silence de la nuit. J'étais aussi certain que le grand angle de vue que j'avais pris pour bifurquer à droite m'ouvrait suffisamment de champ pour passer. La prudence m'avait guidée dans mes choix, mes actes, mais là elle n'a pas suffit.

 

La charge morale est là, j'ai blessé une personne en tentant d'en arrêter une autre. J'ai été sujet à une enquête administrative et pénale, tel un criminel que je ne suis pas au fond de moi. J'ai simplement voulu faire au mieux mon métier, en ayant conscience des risques encourus, par moi, par mon coéquipier, par les autres usagers de la route, mais surtout par les risques que créait le fuyard, celui que nous n'avons jamais rattrapé.

 

Demain je vais reprendre le boulot, après douze semaines d'arrêt. Ma jambe a été sauvée, la dame victime lors de l'accident est devenue une amie, elle s'en sort bien heureusement. Je reste en attente d'un jugement, comme tout citoyen, mais je reste aussi convaincu que je dois reprendre la route, et poursuivre ma mission, car si nous nous baissons les bras, il n'y aura plus aucune autorité pour défendre démocratiquement notre population, contre ceux qui fondamentalement ne respectent pas les lois, ni la vie d'autrui. » 

 

Ce texte est une fiction, il sort de l'imagination emphatique d'un lecteur qui se demande comment il aurait réagi à la place de la dame, et à la place du policier.

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

22:17 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

@ Loredana

Je vous rassure, ce que j'ai écrit n'est pas ce qui me vient à l'esprit lorsque je croise ou m'entretient avec un gendarme sans uniforme. Il s'agit plutôt de la condensation de certaines réflexions, y compris, par exemple, de celles d'un pompier volontaire, ce que je ne suis pas.

Écrit par : CEDH | 07/03/2011

@ Walter Schlechten

Vous pourriez au moins signaler que vous censurez ce qui vous déplait.

Écrit par : CEDH | 07/03/2011

CEDH,


Mesurez vos propos et tout ira mieux.

W.S.

Écrit par : W.S. | 07/03/2011

Vous pouvez effacer la réponse de CEDH à mon encontre et la présente par la même occasion ...

Cordialement

Écrit par : Loredana | 07/03/2011

@ Walter Schlechten

Mes écrits étaient mesurés sauf un adjectif à l'égard des avocats. Les faits les plus désagréables tels que précisés hors fiction dans ma réponse sont avérés, ne vous en déplaise. Si d'ailleurs tel n'était pas le cas, vous auriez pu les réfuter et me convaincre. Tant que vous n'admettrez pas ces faits d'où il ressort que vous n'êtes pas un corps de police parfait composé de citoyens parfaits, vous provoquerez une aggravation de la situation de notre police et de la situation de la population. Mais comme ne vous l'admettrez jamais, je crois que le plus sage est de suivre la voie de wax911. Ainsi, vous pourrez, au vu de l'ensemble des citoyens ordinaires, qui vous font des courbettes -par devant, en tous les cas- vous croire inconditionnellement admiré et adulé, tel un Président de la république parfaitement coupé de la réalité de la population dans son palais.

Écrit par : CEDH | 07/03/2011

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