28/03/2011

"La Promesse"

« Il y a des secondes partagées et des promesses déposées qui valent bien plus que tout l'or du monde. Il y a des rencontres face à la mort que l'on ne peut pas éluder, car c'est l'autre qui est à la porte de l'éden, de la délivrance ou des ténèbres. Mais il y a ce calme que l'on devine dans son regard, dans ses mots, dans ses gestes, dans sa requête. Celui qui va partir le sait, le sent, il anticipe alors cette séparation qui sera bien plus douloureuse pour ceux qui restent, et il s'en rend déjà compte.

 

Je m'approche doucement de ce lit, et je saisi cette main qu'il me tend. Elle est froide mais douce, avec une certaine fermeté pour que le lien se tisse. Son regard vous fixe alors avec détermination mais nourri d'empathie, car c'est lui qui va vous demander de faire un effort, de l'accompagner dans son grand voyage, en le rassurant sur ceux qui ne le suivront pas.

 

Il chuchote, comme pour capter encore plus votre attention. Je me penche, serre sa main en signe de communion et lui dis que je l'écoute. Il me parle un peu de sa vie que je ne connais pas, qu'il a vécu heureux et longtemps, m'explique qu'il n'a pas peur, qu'il va rejoindre sa première épouse et qu'il s'en réjouit. Il m'explique aussi qu'il veut partir en paix, mais qu'il a besoin de certitudes. Je l'écoute, compatissant tout en me rendant compte que qu'il n'y a pas de place pour le mensonge au seuil de sa mort.

 

C'est une promesse qu'il réclame, qu'il attend, un acte fort, mais sa demande est naturelle, douce, timide, j'y devine même l'amour qu'il lègue à ses proches.

 

Ce vieille homme que je n'ai rencontré qu'à trois reprises lors de repas de famille, où sa somnolence est bien souvent venue terminer ses gestes maladroits, ce patriarche qui m'avait de suite adopté comme l'un des siens, ce vieillard qui aurait pu être ce grand-père que je n'ai pas connu, me demande de lui donner cette réponse qu'il attend pour partir en paix. Je comprends qu'il prépare ainsi son grand envol qui effacera à jamais cette longue maladie qui l'use encore et encore.

 

De prendre soins de sa petite fille alors je lui promets, sans hésiter, par amour pour elle mais surtout par respect pour lui, car je n'ai rien d'autre à offrir à cet homme mourant que cette belle promesse de cœur, que je tiendrai aussi longtemps que mon chemin de vie l'autorisera, car aucune certitude ne peut le garantir, mais l'espoir de ne pas faillir est une force suffisante pour déposer un tel engagement.

 

C'est la gorge nouée par l'émotion que j'ai quitté sa chamble, en l'invitant à se reposer. Ce vieil homme est mort le lendemain, il est parti loin des siens mais en emportant probablement de nombreuses promesses, car il voulait sauvegarder ses proches de l'avenir, un avenir dont le sien venait d'arriver à son terme, mais qui demeure un éternel recommencement pour ceux qui poursuivent leur route, en respectant les promesses tenues.»

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon !

07:40 Publié dans Culture, Histoire, Nature, Solidarité, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Très bel hommage !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 28/03/2011

Très beau texte. Ton regard sur cet homme m'accapare. J'y voit tant de choses, la lassitude, la sagesse, l'expérience et la bonté. Cette expérience humaine ne peut que rendre plus fort celui qui l'a vécue.

Écrit par : pierre-Alain Laurent | 28/03/2011

La seule immortalité est dans les enfants.

Écrit par : Johann | 28/03/2011

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