28/03/2011

"La Promesse"

« Il y a des secondes partagées et des promesses déposées qui valent bien plus que tout l'or du monde. Il y a des rencontres face à la mort que l'on ne peut pas éluder, car c'est l'autre qui est à la porte de l'éden, de la délivrance ou des ténèbres. Mais il y a ce calme que l'on devine dans son regard, dans ses mots, dans ses gestes, dans sa requête. Celui qui va partir le sait, le sent, il anticipe alors cette séparation qui sera bien plus douloureuse pour ceux qui restent, et il s'en rend déjà compte.

 

Je m'approche doucement de ce lit, et je saisi cette main qu'il me tend. Elle est froide mais douce, avec une certaine fermeté pour que le lien se tisse. Son regard vous fixe alors avec détermination mais nourri d'empathie, car c'est lui qui va vous demander de faire un effort, de l'accompagner dans son grand voyage, en le rassurant sur ceux qui ne le suivront pas.

 

Il chuchote, comme pour capter encore plus votre attention. Je me penche, serre sa main en signe de communion et lui dis que je l'écoute. Il me parle un peu de sa vie que je ne connais pas, qu'il a vécu heureux et longtemps, m'explique qu'il n'a pas peur, qu'il va rejoindre sa première épouse et qu'il s'en réjouit. Il m'explique aussi qu'il veut partir en paix, mais qu'il a besoin de certitudes. Je l'écoute, compatissant tout en me rendant compte que qu'il n'y a pas de place pour le mensonge au seuil de sa mort.

 

C'est une promesse qu'il réclame, qu'il attend, un acte fort, mais sa demande est naturelle, douce, timide, j'y devine même l'amour qu'il lègue à ses proches.

 

Ce vieille homme que je n'ai rencontré qu'à trois reprises lors de repas de famille, où sa somnolence est bien souvent venue terminer ses gestes maladroits, ce patriarche qui m'avait de suite adopté comme l'un des siens, ce vieillard qui aurait pu être ce grand-père que je n'ai pas connu, me demande de lui donner cette réponse qu'il attend pour partir en paix. Je comprends qu'il prépare ainsi son grand envol qui effacera à jamais cette longue maladie qui l'use encore et encore.

 

De prendre soins de sa petite fille alors je lui promets, sans hésiter, par amour pour elle mais surtout par respect pour lui, car je n'ai rien d'autre à offrir à cet homme mourant que cette belle promesse de cœur, que je tiendrai aussi longtemps que mon chemin de vie l'autorisera, car aucune certitude ne peut le garantir, mais l'espoir de ne pas faillir est une force suffisante pour déposer un tel engagement.

 

C'est la gorge nouée par l'émotion que j'ai quitté sa chamble, en l'invitant à se reposer. Ce vieil homme est mort le lendemain, il est parti loin des siens mais en emportant probablement de nombreuses promesses, car il voulait sauvegarder ses proches de l'avenir, un avenir dont le sien venait d'arriver à son terme, mais qui demeure un éternel recommencement pour ceux qui poursuivent leur route, en respectant les promesses tenues.»

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon !

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23/03/2011

"Marcello"

« Il est là, en face de moi, tel un être perdu, rongé par un mal que l'alcool tente de noyer. Des larmes quittent ses yeux mais aucune parole ne vient répondre à mes questions, à ses interrogations. Il a bu toute la nuit mais ne sait plus quelle heure nous vivons. C'est terrible, je le connais depuis 5 ans, c'est un ami, un collègue, un tonton pour nous, il est notre chef mais aussi le meneur, celui qui nous accueil le matin et nous guide toute la journée. Il a souvent raison, il est de bon conseil mais il est aussi souvent absent. Des absences liées à la maladie, mais également à ce cerveau qui se perd dans un brouillard épais, constitué de volutes alcooliques.

 

Ce n'est pas la première fois que je prends sur moi pour dialoguer un peu avec lui à son retour de vadrouille, sans tourner autour du pot. La dernière fois, il m'a promis qu'il allait faire une cure, jus de tomate. Avec un sourire complice, j'ai osé le croire tout en sachant qu'il ne s'y tiendrait pas, qu'il ne résisterait pas, plus.

 

Pourtant, ce matin il est différent, presque lucide sur son état général. J'ai presque envie de dire qu'il se voit crever et qu'il sait aussi qu'il est trop tard pour revenir en arrière. C'est le bout du chemin, une route cabossée par les malheurs de la vie, le vin et la bière, par le petit jaune et le vilain rouge. Il met pourtant un point d'honneur à ne jamais mélanger, mais la quantité elle ne l'arrête jamais.

 

Il est impossible pour moi de le laisser ainsi, mais il m'est aussi impossible de trouver de l'aide pour lui, car c'est une démarche personnelle qu'il doit entreprendre avec toute sa volonté, et le peu de lucidité qu'il lui reste. Pourtant on aimerait bien qu'il le fasse, qu'il arrive enfin à se sortir de cette maladie qui brûle son corps de l'intérieur, mais si visible à l'extérieur. C'est un ami, mais c'est un homme seul face à ses démons.

 

Ce matin là, je m'en souviens, nous avons partagé trois cafés et un sourire pour terminer. Je lui ai parlé comme on parle à ceux que l'on aime, pour qui l'on souffre à travers leurs maux. Il m'a répondu avec une tape sur l'épaule et un « ça va aller mon Minet ».

 

C'est dans ma petite voiture rouge que je l'ai raccompagné chez lui, de peur qu'il ne se perde dans le premier bistrot du coin.

 

Nous avons travaillé encore un an ensemble, puis nos routes se sont séparées.

 

Lui, il est mort comme il a vécu, il s'est écroulé dans un troquet alors qu'il y noyait ses fantômes.

 

Moi, je pense souvent à lui, à toi, Marcello mon ami, mais je n'oublie jamais de boire un verre en ton souvenir, et à ces quelques moments intimes partagés dans ces instants sombres de la maladie. Cette maladie c'est l'alcoolisme, elle tue, elle brise des vies et des familles, elle diminue l'homme et le ronge par dépendance.

 

Cette maladie, c'est de la merde, alors si vous avez un ami, un collègue, un proche qui ne sait pas s'arrêter, tendez lui la main, et écoutez le quelques minutes, le libérant ainsi un peu de ses démons qui pourtant reviendront sans prévenir pour l'emporter. »

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon !

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13/03/2011

Première analyse naïve des résultats des élections municipales genevoises !

Ce n'est pas un tremblement de terre politique, mais un signal fort qui pourrait annoncer un séisme dans deux ans !

A travers une lecture rapide et naïve des résultats, ce qui me semble évident c'est que la population vient d'exiger que le paysage politique genevois change.

Visiblement, les électeurs veulent garder une droite, mais différente et moins traditionnelle, moins hautaine aussi, donc plus proche des problématiques sociétales. Une droite qui se pourrait bien être plus au centre qu'il n'y paraît. On reprochera à cette nouvelle droite d'être populiste, mais on ne peut pas lui reprocher de ne pas se pencher sur les véritables problèmes des genevois. Reste à celle-ci de prouver que la confiance placée en elle sera récompensée par des véritables projets pour le mieux vivre ensemble.

Le PLR paie le prix d'une fusion qui n'était pas aboutie.

Le PDC manque encore d'ambition dans les grandes villes urbaines.

L'UDC se cherche encore une identité romande.

Les Verts-Libéraux réussissent sur le canton un véritable exploit dans de petites communes si l'on connaît la genèse récente de ce parti.

Le MCG répond aux espérances d'une population excédée.

Visiblement les électeurs veulent aussi garder une gauche, mais plus agressive, plus identitaire, moins utopique et plus proche du social, des syndicats. Une gauche qui se pourrait elle être plus à gauche qu'avant. On reprochera à cette nouvelle tendance son côté anarchistes, contestataire, mais on ne pourra pas lui reprocher d'avoir osé, de s'est détachée d'un parti socialiste qui s'était lui trop éloigné des problèmes de la population, une gauche caviar qui ne plaît plus, qui ne sied plus. Reste à cette gauche identitaire de prouver qu'elle a sa place avec de véritables projets sociaux pour un mieux vivre ensemble.

Le parti Socialiste résiste grâce à ses têtes de liste, mais il n'a pas convaincu que le caviar n'est plus au menu.

Les Vers paient un angélisme et une certaine utopie d'un monde parfait où les difficultés sociétales doivent rester des priorités politiques.

Ensemble à gauche démontre qu'une politique plus agressive mais plus proche du peuple est viable comme alternative, avec un véritable discours de gauche.

Conclusions ;

Une droite redessinée, où les partis "traditionnels" devront composer avec les nouveaux venus.

Une gauche rescultée, où les partis "traditionnels" devront s'adapter avec le retour de valeurs anciennes. 

Reste les élus hors partis, qui prouvent qu'une véritable crise identitaire occupe le terrain politique à Genève.

Un canton un peu de gauche, un peu de droite, Genève, un monde en soie !

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

12/03/2011

Nos regards tournés vers le pays du soleil levant devraient nous apporter cette humilité que nous n'avons plus !

Il y a des événements dans une vie qui ne laissent pas, qui ne laissent plus indifférent.

 

Il y a eu le 11 septembre 2001, un choc énorme pour l'occident face à l'horreur et la cruauté  humaine. L'inconcevable devenait réalité, l'impensable devenait images, l'inimaginable devenait une réelle menace. Un peuple visé, un pays blessé, une agression physique et morale qui avait pourtant des précédents dans l'horreur.

 

La mémoire humaine garde au plus profond d'elle les horreurs du passé, où l'homme détruit l'homme, avec cruauté et bien au-delà des limites du supportable pour nos consciences.

 

Les ségrégations raciales, la Grande Guerre, la Shoah, Hiroshima et Nagasaki, des génocides et des camps de la mort dans bien des guerres, des crimes contre l'humanité et j'en oublie, pas par manque de respect, mais par ignorance.

 

L'homme ne maîtrise pas l'homme ni les éléments, Tchernobyl et les incidents dans sur les sites Seveso sont là pour nous le rappeler.

 

Il y a des événements dans une vie qui ne laissent pas, qui ne laissent plus indifférent.

 

En 1219 la rupture d'un barrage naturelle a dévasté la ville de Grenoble

 

En 1755 un tremblement de terre puis un tsunami détruisent Lisbonne

 

En 2004 un tremblement de terre puis un tsunami touchent la Thaïlande, la Malaisie, le Sri Lanka et l'Inde.

 

En 2010 un tremblement de terre ravage Haïti.

 

Il y a eu aussi Lothar, Katrina, Ewiniar, Nargis, Jeanne, et autres cyclones ou ouragans.

 

Il y a eu aussi les éruptions, le Vésuve, le Lakagigar, le mont Tambora, le Krakatoa, la montagne Pelée, le Nevado des Ruiz, Eyjafjoll et autres.

 

Il y eu aussi la météorite du cratère de Chicxulub, si loin, trop loin !

 

Mais depuis le 11 mars 2011, il y aura le tremblement de terre et le tsunami qui ont ravagé le Japon. Il y aura probablement une catastrophe nucléaire et sanitaire. On n'ose pas envisager le pire, mais la probabilité est là, bien présente, dictée par les forces de nature. Cette catastrophe vient d'entrer dans nos mémoires collectives.

 

Aujourd'hui, il y a un peuple courageux, solidaire, impressionnant, calme, qui fait face ces catastrophes, dans un pays où probablement le soleil levant n'aura plus jamais le même rayonnement dans le cœur des japonais. Ils méritent notre aide, et notre respect.

 

Walter Schlechten - Habitant La Croix-de-Rozon.   

09/03/2011

La victimisation, un mode de défense d'un truand qui démontre son manque de courage pour assumer ses actes !

Ainsi donc, le truand appréhendé par la police, lors du hold-up du 26 novembre 2010 vers 1830, dépose plainte contre les policiers qui ont fait usage de leurs armes contre sa personne, le blessant.

Rappelons les éléments en notre possession, que l'on trouve sur le net, à savoir ;

- L'attaque se produit en fin de journée, avec une forte affluence dans le trafic routier et de nombreux piétons. Les commerces voisins sont encore ouverts.

- Les truands viendraient de Lyon.

- Les truands sont arrivés avec deux voitures.

- Les truands étaient armés d'armes de guerre.

- Les truands ont maîtrisé l'agent de sécurité en faction devant le bureau de change.

- Il y avait encore du personnel dans le bureau de change.

- Les truands ont fait usage d'explosif pour pénétrer dans les locaux.

- Les truands n'ont pas hésité à faire usage de leurs armes en pleine rue.

- Les truands ont pris la fuite sans hésiter à travers la violence de leurs actes.

- Les truands avaient préparé leur coup, se sont des professionnels.

- Le suspect appréhendé a usé de la violence pour voler une voiture afin d'assurer sa fuite.

- L'auteur arrêté a été inculpé de brigandage aggravé.

- L'auteur arrêté est connu de la police française.

- Les employés victimes de l'agression, ainsi que des passants, se sont retrouvés en état de choc.

- L'auteur arrêté a été blessé suite aux tirs des policiers.

- L'auteur arrêté dépose plainte contre les policiers pour délit manqué de meurtre et mise en danger de la vie d'autrui.

Ce dernier rebondissement n'a rien d'incroyable. Il fait partie d'une défense qui recherche la victimisation de l'inculpé, tentant ainsi de minimiser la portée de ses actes, de ses intentions, de ses gestes, de sa participation au hold-up.

Ce qui est perturbant, c'est l'agressivité déployée pour attaquer pénalement ces policiers. Il y a aussi cette recherche de victimisation dans un cadre où actuellement aucun élément ne laisse place au doute quand à la qualité de la riposte des policiers. Le feu appelle le feu, et à lire ce qui précède l'objectif de la mission et les conditions cadres pour une interpellation étaient visiblement réunis.

A la différence des anciens du "Grand Banditisme", qui savaient faire amende honorable après les faits, à travers un code d'honneur, ces nouvelles petites frappes qui s'attaquent à nos banques, à nos Postes, à nos bureaux de change comme ils jouent à la PlayStation, sans aucun respect pour la vie d'autrui.

Et à ce jour, personne n'osera croire que ce truand ne savait pas que ;

  • - Ses amis étaient équipés d'armes de guerre.
  • - Ses amis ont délibérément fait usage de leurs armes en pleine rue.
  • - Ses amis ont utilisé un explosif pour pénétrer dans le bureau de change.
  • - Ses amis avaient visiblement préparé leur coup.
  • - Ses amis étaient déterminés.
  • - Que ce hold-up s'est déroulé dans des conditions où le plus grand nombre de personnes a été mis en danger à travers les actes de violence commis par les truands.

Moi je dis à ce jeune homme, qui est venu chez nous avec ses complices pour y commettre un brigandage aggravé, au moyen d'explosif, d'armes de guerre, et sans aucun respect de la vie humaine, qu'il ferait mieux de demander pardon aux victimes, de s'excuser auprès de nos autorités, de s'expliquer devant le Ministère Public et de coopérer avec la police genevoise.

Mais voilà, le courage d'un soir n'est plus celui du lendemain. Assumer ses actes c'est aussi faire preuve de respect pour les victimes, en accompagnant ses mots par un repentir sincère. Mais il n'est pas donné à tout le monde d'être courageux, comme l'on été les employés du bureau de change, les passants, les policiers, les victimes et tous les témoins, car ces gens doivent probablement encore faire des cauchemars à propos de cette sinistre soirée.

Ce qui est certain, c'est qu'à défaut de courage, c'est la honte qui va s'abattre sur ce truand, car en déposant plainte contre les policiers, c'est toute la société qu'il se met à dos !

Walter Schlechten - Blogueur de la TDG.

21:06 Publié dans Culture, France, Genève, Histoire, Police, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Le souffle de la vie permet de se ressourcer, parfois !

« Je suis en congé depuis hier, j'en profite, je me ressource. Le football est une des mes vitamines. Le sport est nécessaire pour éliminer le stress accumulé durant le dernier service. Il y a eu cette bagarre de ménage, où l'homme s'était muni d'un couteau à notre arrivée, se retournant contre nous et oubliant que c'est à sa femme qu'il en voulait. Désarmé, menotté, il a fini au poste et nous avec une belle frayeur. Le pire, ce qui me reste à l'esprit en plus de la brillance de la lame du couteau de cuisine, se sont les cris et les insultes de son épouse. Sauf que ceux-ci n'étaient pas dirigés contre son mari, mais contre nous, les gendarmes, car nous arrêtions son homme.

C'est là ou la question stupide se pose souvent : « pourquoi avoir pris tant de risque pour sauver cette dame et maîtriser son mari, pour si peu de reconnaissance. Notre intervention était-elle nécessaire, ne devrions-nous pas les laisser régler leurs comptes entre eux, et ramasser les pots cassés ? ». La lucidité de la réflexion reprend vite le dessus. On a fait notre job, on a probablement sauvé cette dame qui ne s'en rend sûrement encore pas compte aujourd'hui.

Donc j'arrive au stade, un peu en avance. Faut dire que jouer avec le FC Police dans ce championnat corporatif est un plaisir pour moi, je le savoure. Pouvoir évoluer aux côtés de joueurs de deuxième ligue est une richesse dans ma petite carrière de footballeur.

Je vais patienter au soleil, devant l'entrée de la taverne de ce centre sportif, il y fait bon et la forêt voisine nous apporte les senteurs de la campagne. Les yeux fermés, j'inonde mon visage de lumière, c'est doux et agréable. On oublie tout, on recharge les batteries.

Brutalement je suis sorti de ce repos mérité et de ma méditation solaire. Une femme hurle un peu plus loin, dans une langue que je ne comprends pas. Ces cris là je les connais, se sont ceux de la douleur, du désespoir. L'esprit flic reprend immédiatement le dessus, je me lève d'un bond pour aller voir ce qui se passe. Je m'approche et je vois trois personnes agenouillées dans l'herbe, deux hommes, un jeune et un vieux ainsi qu'une femme. Elle est prostrée, comme pour une prière, mais hurle en direction du ciel, les bras dans cette même direction. Des larmes coulent sur son visage, dont l'expression est indéfinissable.

Au centre, allongé sur le dos, un bébé. Mon sang ne fait qu'un tour, je deviens probablement livide. Je ne comprends pas, je ne saisi pas. Le visage de l'enfant est bleuté et ses grands yeux bruns ronds comme des billes, mais perdus dans le vide, inertes comme le corps de l'enfant.

Je dois aider, trouver une solution, mais il n'est même pas besoin d'y réfléchir, le flic prend vite la place du footballeur. Je m'annonce comme policier et demande ce qui s'est passé. Alors que les cris de la femme augmentent, le père, en larmes aussi me montre du doigt un petit étang situé à dix mètres. Le petit s'y est noyé, laissé sans surveillance quelques instants, il a rampé dans l'herbe avant de basculer dans l'eau verdâtre.

Je m'exprime alors à mon tour, je prends les choses en main, sans véritablement savoir pourquoi ni dans quel ordre, mais tout me vient en tête comme si j'avais déjà vécu cette scène, ce qui n'est pas le cas. J'ordonne au jeune homme d'aller au restaurant, de faire le 144, de demander le Cardiomobile et de préciser qu'il faut un pédiatre pour un bébé noyé. L'adolescent part en courant, affolé mais décidé par sa mission.

Je suis là, agenouillé devant ce petit corps, mais je ne vois plus l'enfant, le nourrisson, je ne vois que les gestes appris bien des années avant pour faire le bouche et nez à un petit, et les consignes qui allaient avec. Placer la tête de l'enfant en arrière, ne gonfler que nos joues, commencer par trois coups rapides puis devenir régulier. Je jeune homme est de retour, il me confirme que l'ambulance arrive, mais me demande aussi qui je suis. Je lui dis que je suis gendarme et l'invite à faire un petit massage cardiaque au bébé, avec deux doigts. Il me dit qu'il a vu ça au secourisme, mais qu'il ne sait plus, qu'il n'ose pas. Je lui montre en deux mouvements, il voit, il comprend, il commence.

Je prends mon souffle, et je me dis qu'il n'y a rien d'autre à faire que de ventiler le bébé. Étonnamment je reste calme, régulier, attentif au thorax durant ces insufflations. Le stress des deux minutes qui viennent de s'écouler, entre les premiers cris de la femme et notre intervention, laisse place à l'espoir. La femme me dit déjà merci car elle voit les poumons de son enfant bouger, mais je sais que ce n'est qu'un mouvement artificiel, qu'il n'est pas encore revenu, mais le regard de cette mère qui place tant d'espoir en nos gestes nous donne une force incroyable, celle de vouloir réussir.

Le temps est long, très long. Il est vrai que nous sommes en campagne, et que l'ambulance ne peut pas apparaître tel un miracle que nous attendons tous. J'ai stoppé deux fois la ventilation artificielle, en vain, le nourrisson ne bouge toujours pas. Si j'ai l'impression que son visage est moins bleu, ses lèvres elles sont presque noires, un mauvais signe. Nous poursuivons, entre ne rien faire et agir le choix est vite fait, et cette ambulance qui n'arrive pas, même si au loin je perçois sa sirène.

Ils sont là, enfin, comme si ces quelques minutes avaient duré une éternité, comme si nous nous étions retrouvés dans un trou noir ou plus rien ne comptait. Oubliés mes soucis, oubliés mes rendez-vous, oubliés le congé ressourçant et le football. Je connais l'un des infirmiers, croisé sur d'autres interventions. Il saisi la situation, nos regards sont déjà un échange d'informations.

Instinctivement je résume tous les éléments que j'ai enregistrés naturellement, professionnellement.  L'heure de la noyade, deux minutes avant l'appel au 144. Je désigne les parents et l'étang. J'explique les actes opérés, la ventilation et le massage. Que le visage s'est rosé un peu mais que la couleur des lèvres a viré au noir. Que les yeux de l'enfant n'ont pas bougé, que ce regard perdu est le même qu'il y a quelques minutes.

Les ambulanciers et le médecin me remercient, tout comme pour le jeune homme qui nous a aidé. Mais lui il est livide, transparent, me pose des questions comme si j'étais médecin. Je n'ai pas ces réponses vitales, mais je me veux rassurant et je lui dis que le bébé est entre de bonnes mains, qu'ils vont aller à l'hôpital pour la suite et que tout ira mieux, alors que je sais qu'aucune certitude ne peut valider mes dires. Je le remercie du fond du cœur, je lui dis même qu'il a été très courageux. Il me dit merci Monsieur et s'en va. Je ne connais même pas son prénom. Aujourd'hui, il est probablement marié et père de famille. Il doit aussi se souvenir de cet événement, car il y a des actes qui ne s'effacent jamais de la mémoire, tout comme je me souviens m'être retrouvé dans un gouffre après cette intervention, vidé de tout, perdu dans mes pensées, impossible pour moi de jouer au foot après un tel événement.

C'est comme le prénom de ce bébé, j'ignore tout de lui, sauf qu'il est décédé trois heures plus tard aux Urgences. Les ambulanciers m'ont téléphoné en soirée pour m'annoncer la chose. Ils m'ont remercié de tout et m'ont invité à les rejoindre pour un débriefing. Je refuse gentiment, je prends sur moi en expliquant que je suis avec ma copine et ça va aller.

Je viens de mentir, car au fond de moi je sais que tout ne va pas aller. Les larmes coulent sans cesse sur mon visage, je n'arrive pas à les stopper. Depuis deux heures j'ai le cœur qui bat à 200. Je garde mes yeux grands ouverts et je raconte encore et encore la scène à ma douce. J'ai aussi ce visage bleu qui ne me quitte plus, il est là, en face de moi, presque palpable. Je cherche des réponses. Qui, quoi, pourquoi, comment ?

Ma copine cherche des mots pour me convaincre que j'ai bien agi, que je ne pouvais rien faire d'autre, mais elle ne les trouve pas, elle ne les trouvera pas, moi non plus.

J'ai revu le visage bleuté de ce bébé, une dizaine de fois durant deux ans. Dans la rue, dans des poussettes, sur des visages de nourrissons qui eux étaient bien vivants, mais qui portaient le masque de mon fantôme.  

Je me souviendrai toute ma vie de cette intervention, je pense souvent à ce bébé, tout en étant convaincu que je n'avais rien d'autre à faire en plus que ce que nous avons pratiqué, en vain. Nous ne sommes que des hommes, on ne peut pas gagner tous les combats, même si parfois on aimerait pouvoir choisir, et laisser vivre un nourrisson un peu plus longtemps. »

 

Ce texte est peut-être une fiction, il sort de l'imagination emphatique d'un lecteur qui se demande comment il aurait réagi à la place de la du jeune homme, et à la place du policier en congé.

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

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06/03/2011

A la poursuite du temps perdu !

« Il est quatre heures du matin, le silence règne sur la radio de la voiture, juste couvert par la bande FM. La patrouille est longue même si les réquisitions ont été nombreuses. Ce petit moment de calme, on l'apprécie, il vient couper la nuit, il aide aussi à penser à autre chose. Tiens, demain il faudra que je poste mon bulletin de vote pour dimanche prochain, et ne pas oublier d'aller chercher la petite à mon réveil, même si depuis quelques années je ne dors plus beaucoup en descente de nuit.

 

Soudain l'annonce tombe, une voiture rouge prend la fuite sur un contrôle, elle est chassée par mes collègues. Des patrouilles sont demandées en renfort. Pas grand monde pour répondre, depuis minuit tous les postes étaient déjà bloqués sur des affaires NCPP. Nous sommes deux à donner suite. La direction de fuite est claire, précise, la frontière. Il faut réfléchir, vite et bien. Le chemin le plus court, le parcours qui nous permettra d'avoir une chance de coincer le fuyard. Il roule à plus de 100 km/h en ville, tel un fou, les feux rouges ne sont pas un obstacle pour lui, pour nous oui. La prudence doit venir nourrir la fougue dans cette intervention, il suffi parfois d'une demi-seconde, de cinq centimètres à gauche ou à droite, et c'est l'incident, pire l'accident.

 

Mon coéquipier est lui sublimé par la course en urgence et à la fois pétrifié à l'approche de chaque croisement, un risque de plus. Pendant quelques minutes il place sa sécurité entre mes mains, mais il a confiance, il voit que je maîtrise, le parcours, les courbes empruntées, les carrefours traversés avec prudence, avant d'accélérer, droit sur l'objectif qu'il sollicite aussi, le fuyard.

 

Ma concentration est telle que je ne peux penser à rien d'autre que la route et à mes choix, instinctifs, décisifs. Oubliée la fatigue de la nuit, l'adrénaline fait sont effet. Je n'ai pas le droit à l'erreur, pour moi, pour lui, pour eux. Le « jeune » répond tant bien que mal à la radio, il donne notre position, que je dois néanmoins rectifier de la voix car il ne connaît pas le nom de toutes les rues.

 

Et puis il y a le fuyard, lui il ne ralenti pas, il a même augmenté sa vitesse en arrivant sur un grand axe. Nos collègues sont toujours derrière, mais ils perdent du terrain, la lucidité de ne pas aller au-delà des limites a des contraintes, celles de ralentir, de prévenir, d'anticiper, ce que le gredin ne fait pas, ne fait plus, il fonce. Il a déjà percuté une autre voiture qui passait normalement un carrefour ainsi que deux autos en stationnement, mais rien ne l'arrête, donc on se doit d'y remédier, avant qu'il ne tue quelqu'un.

 

Je me rapproche des douanes, je sens bien que nous allons le croiser dans quelques secondes, dans deux ou trois intersections. Je donne un petit coup de plus sur la pédale, si proche du but, sur cette longue ligne droite ou il n'y a personne. La radio précise que le véhicule a été volé dans la journée, sur un parking du salon de l'auto. Raison de plus pour ne pas le laisser fuir.

 

Virage à gauche, puis à droite, et là il y a cette lumière qui arrive sur la droite, à la hauteur d'un Stop, et .............. 

 

J'ouvre les yeux, je ne sais pas ce qui s'est passé, je me souviens d'un bruit sourd, d'une voiture blanche qui arrivait sur ma droite, vers un Stop, et puis plus rien. Immédiatement je me rends compte que l'avant droit de notre véhicule est enfoncé, mais je me rends aussi compte que nous ne sommes plus dans le même sens de marche que lors de l'incident, un tête-à-queue probablement. Sur ma droite, mon collègue n'a rien mais n'arrive pas à ouvrir sa portière. Devant nous, sur ma gauche, la voiture blanche est là, figée, elle me fait face. Une ambulance est arrêtée à ses côtés et le médecin s'entretient avec la conductrice. Elle est vivante, je suis soudainement soulagé, sans savoir pourquoi, mais  je ne me suis pas encore aperçu que moi je ne sens plus ma jambe gauche, et que trois pompiers tentent de me sortir de là. Le bruit d'une autre sirène vient bousculer mes pensées, je perds connaissance.

 

Je ne saurai jamais pour quelles raisons cet accident s'est produit, je ne l'ai pas voulu ni souhaité. J'étais certain que les autres devaient me voir, feux bleus virevoltant, et m'entendre, sirènes hurlantes brisant le silence de la nuit. J'étais aussi certain que le grand angle de vue que j'avais pris pour bifurquer à droite m'ouvrait suffisamment de champ pour passer. La prudence m'avait guidée dans mes choix, mes actes, mais là elle n'a pas suffit.

 

La charge morale est là, j'ai blessé une personne en tentant d'en arrêter une autre. J'ai été sujet à une enquête administrative et pénale, tel un criminel que je ne suis pas au fond de moi. J'ai simplement voulu faire au mieux mon métier, en ayant conscience des risques encourus, par moi, par mon coéquipier, par les autres usagers de la route, mais surtout par les risques que créait le fuyard, celui que nous n'avons jamais rattrapé.

 

Demain je vais reprendre le boulot, après douze semaines d'arrêt. Ma jambe a été sauvée, la dame victime lors de l'accident est devenue une amie, elle s'en sort bien heureusement. Je reste en attente d'un jugement, comme tout citoyen, mais je reste aussi convaincu que je dois reprendre la route, et poursuivre ma mission, car si nous nous baissons les bras, il n'y aura plus aucune autorité pour défendre démocratiquement notre population, contre ceux qui fondamentalement ne respectent pas les lois, ni la vie d'autrui. » 

 

Ce texte est une fiction, il sort de l'imagination emphatique d'un lecteur qui se demande comment il aurait réagi à la place de la dame, et à la place du policier.

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

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05/03/2011

Les résultats des élections municipales auront-ils un véritable impact sur la sécurité des genevois ?

A huit jours des résultats des élections municipales genevoises, le thème de la sécurité demeure un sujet incontournable. Même les socialistes sortent enfin du bois. Si le chômage, la crise du logement, les coûts des assurances sociales et de la santé demeurent des préoccupations majeures, le débat sécuritaire correspond aussi à une réelle attente populaire.

 

Dans le cadre de ces élections, il faut se demander si la véritable solution passe par les municipalités. En effet, la sécurité cantonale se doit d’être assurée et préservée  par le pouvoir exécutif cantonal. Il est le fer de lance de la doctrine politique qui se doit d’être appliquée, en accord avec les communes.

 

Pourtant, l’individualisation communale de la sécurité publique démontre néanmoins que cette collaboration cantonale est soit incohérente, soit inopérante. Certes, il y a bien l’Association des Communes Genevoises (ACG) et sa commission consultative de sécurité municipale, mais les problèmes, les cahiers des charges, les missions, les attentes sont bien différentes de Dardagny à Chêne-Bougeries, de Vernier à Anières.

 

Donc, au final peu importe les résultats de dimanche prochain, car au plan cantonal les volontés des uns n’apporteraont pas la solution des autres. Et à bien y regarder, à écouter et à lire les candidats, la diversité des idées, qui va d’une augmentation drastique des agents de la police municipale, à l’armement de ceux-ci, en passant par une plus grande proximité en rue et un véritable îlotage, on devine bien que le cahier des charges et les missions attendues sont hétéroclites et demeurent du ressort et de la volonté du Conseil administratif en charge dans une commune.

 

Ceci démontre que les attentes des uns ne sont pas les priorités des autres. Ceci confirme aussi que le pouvoir exécutif cantonal se doit d’être le fer de lance d’une véritable politique sécuritaire cantonale, en partenariat avec l’AGC, mais surtout à l’écoute des préoccupations sectorielles et cantonales de la population, voire des policiers et de leurs partenaires qui restent néanmoins les témoins privilégiés des modifications sociétales qui s’opèrent aux carrefours de notre République.    

 

Minet, habitant la Croix-de-Rozon.

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01/03/2011

Je suis là, elle ne me voit pas, alors j'écoute et j'observe !

Je suis là presque depuis son arrivée. Pourtant, si parfois elle me jette encore un regard perdu depuis son bureau, comme pour s'enfuir dans un voyage lointain sur mes terres africaines, elle ne me voit pas, elle ne me voit plus.

Je devais être un compagnon chaleureux, de ceux qui imposent une présence dans une pièce trop grande, qui brisent la solitude des grandes réflexions, avec mes couleurs ocres sur le fond et mon habit de terre battue brûlée par le soleil, qui contrastent solidement. Mes défenses presque blanches illuminent encore la scène, elles donnent l'impression d'aller de l'avant, d'avancer, sans écraser mais en écartant les dangers. Je dois la rassurer ainsi agencé mais en ces temps de sécheresse, les larmes ne remplace pas l'eau source de vie, d'envie, de projet, de lien entre les peuples, entre les hommes.

Tous ses visiteurs me remarquent en entrant, car j'en impose sachant que les hauts murs blancs immaculés ne font qu'accentuer ma beauté et ma lumière.  Même les radiateurs sont blancs, comme si la pureté devait submerger cette pièce. Oh, je ne suis pas seul, il y a deux grandes orchidées qui ornent mon cadre. C'est étrange, encore un contraste, ces plantes n'aiment pas la lumière directe alors que moi je m'en tanne le cuir volontier en souvenir de ma vie réelle, même si la toile en souffre.

Je sais que jamais je ne retournerai au pays. Un jour je ne serai plus le compagnon de façade adéquat. Une autre peinture viendra me remplacer, noircir cette grande pièce ou l'illuminer de couleurs nouvelles.

Moi, je suppose que je retournerai dans une cave, aux côtés d'autres souvenirs de voyages, de ceux qui font rêver un temps, mais que l'on ne jette jamais, car la mémoire des hommes est comme celle d'un pachyderme qui écoute, qui observe, infiniment précieuse pour garder le sens de nos valeurs !

Walter Schlechten - Habitant de La-Croix-de-Rozon.

 

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