04/04/2011

"Ce matin je vais crever, seul au monde"

«Ce qui devait arriver arriva, je viens de chuter. Me voilà dans une position bien inconfortable, seul au milieu de cette grande pente, blanche et lisse mais brillante et glissante comme de la glace. En contrebas je devine ce gouffre que j'avais repéré, et que nous cherchons tous à éviter. Si je continue ma descente incontrôlée c'est bien là que je risque de terminer, et en ce lieu c'est certain, jamais l'on ne me retrouvera, perdu pour toujours dans ces abîmes.

 

C'est terrible cette grande sensation de solitude qui nous gagne très vite, loin de nos semblables ont est plus le même. On réfléchi vite, mais comme il y a si peu de solutions, on se résigne, on compte alors sur les autres, mais sur qui. Le service sanitaire et de secours n'intervient que sur appel, mais pour ça il faut qu'un autre usager ou un proche l'avise. Dans l'attente, on reste recroquevillé sur soi-même, comme déraciné et pour se protéger de cette humidité glacée des lieux. On garde les yeux rivés sur ce gouffre tout en priant qu'un autre écoulement ne vienne nous précipiter vers le bas.

 

Personne ne sait que je suis là, ma présence n'était pas préméditée, simplement la résultante d'un besoin urgent de sensations. C'est comme une drogue, on ne peut pas se retenir. Il y a bien quelques passages sur les hauteurs, mais souvent ils restent au dessus, me surclassent sans me voir, sans remarquer ma présence. On pourrait même croire qu'ils m'évitent.

 

Tout au sommet je devine bien l'enseigne principale sur le toit de cette station, Gerberit. Elle résonne comme une évidence, moi un habitué des lieux, été comme hiver, sauf que l'accident d'aujourd'hui n'était pas prévu. J'étais pourtant bien préparé pour l'ouverture, mais je me suis désolidarisé de mon attache, je suis hors piste et là en grand danger. Il n'y a que mon ami Bulbe qui doit se rendre compte de ma disparition soudaine, et encore.

 

Je me résigne, je me raidi, je sais que je vais finir ici, dans cette cuvette, sur ce sol d'un blanc porcelaine, seul au monde. Pas grave, j'ai bien vécu, avec tous mes potes on en a vu de choses, et on a bien voyagé aussi. Faut pas se plaindre, la souffrance n'est rien face à la mort certaine qui m'attend, face au danger qui vient des hauteurs qui me surplombent. C'est un peu comme une course extrême, mais Red Bull ne sera probablement de la partie cette fois, car ce n'est qu'une question de minutes, de secondes, la chasse sera tirée et moi, pauvre poil pubien, perdu dans ces chiottes publiques de Plainpalais, ce matin je vais crever. »

Commentaires

Humour juif sans doute!

Écrit par : lovsmeralda | 04/04/2011

J'aime beaucoup ce texte.

Écrit par : Ivan Skyvol | 04/04/2011

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