02/05/2011

"Le Mensonge" (1)

« Siège 14E, vol WK 496, Genève-Sharm El Sheikh. Nous survolons le sud de l'Italie, le long de la côte adriatique. Je viens de finir mon plateau repas, avalé avec une faim de loup qui ne me quitte plus. Il faut dire que je dévore la vie depuis trois semaines, comme si tuer cinq personnes de sa famille nourrissait sa propre existence d'un venin nouveau, mais éphémère.

 

J'observe les autres passagers. Mis à part deux hommes style patibulaire, des militaires lituaniens en permission probablement, tous ont l'air paisibles, normaux. Mais où se trouve la normalité dans notre existence si monotone, je me le demande.

 

Des familles ou des petits couples qui partent au soleil pour les fêtes de Pâques, ou comment fêter la mort du christ tout en fuyant la crise. Est-ce cela la normalité occidentale ?

 

La fuite et la mort, encore, elles ne me quittent plus, elles me suivent, elles m'habitent, elles dictent mes gestes, mes choix, mes actions mais surtout mes réflexions morbides. Avoir du sang sur les mains, celui de ses propres enfants et de leur mère, n'est pas aussi dur que cela à porter, sachant que le plus difficile est de ne rien regretter. Mais avais-je le choix ?

 

La réponse à cette question est terrible et résonne au plus profond de ma conscience ; Oui, je l'avais ce choix, mais je n'ai pas su, je n'ai pas voulu l'affronter.

 

Comment aurais-je pu me présenter à eux et tout leur avouer ?

 

Démarche impossible, on ne met pas quinze ans de mensonges sur table aussi simplement, sans en mesurer les conséquences, pour eux, pour moi. Ils n'auraient pas compris, ils auraient souffert de cette situation nouvelle, impossible, improbable, impensable.

 

La ruine des vérités supposées ne laisse jamais de place à l'espoir ! »

 

(A suivre)

 

Minet.

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