03/05/2011

"Le Mensonge" (2)

«C'est ce même espoir qui m'a abandonné il y a un mois, plus précisément ce jour où tous mes mondes se sont écroulés face aux réalités de ma vie.

 

Telle une avalanche, les éléments mis à jour ont tout emporté, de mes illusions dorées à mes démons cachés. Eux, par contre, sont revenus à la surface, à la lueur de l'aube de mes erreurs du passé.

 

Un monde qui disparaît ne pouvait qu'engloutir ma famille dans un naufrage collectif. Mais devais-je me sauver des eaux, de ce tourbillon qui emportait aussi mes sombres vérités ?

 

Moi, dit Charles Henri de Lucens, 50 ans, un homme sans fierté, sans avenir et qui depuis une semaine n'a plus de passé. D'aucuns me croyaient commercial, d'autres pensaient que j'étais médecin pour une ONG, certains supposaient que j'œuvrais dans le tourisme. Il faut dire que mes absences longues, nombreuses et répétées n'étaient pas de nature à apporter quelque  indice plus précis.

 

Une vie un peu secrète, nourrie de ce même secret que je n'ai jamais partagé avec ma famille, mes proches, mes rares amis, mes voisins discrets ou ces collègues que je n'ai jamais eu.

 

Sociétés écrans, bilans superficiels et résumés à leurs plus simples écritures, avec un éloignement des raisons sociales réfléchi, tout ceci était une aubaine, tel un voile opaque sur une vie professionnelle pourtant si proche du néant.

 

Et pourtant, j'ai tenu quinze années ainsi, dans le mensonge. C'est l'assassinat horrible de ma famille, dans le sang et la chair, qui m'aura fait renaître face à mes propres réalités. Une vie où j'ai abusé des autres, de leur argent, par escroquerie, par vanité, par appât du gain, et pour tenter de gagner quoi ? Une certaine reconnaissance sociale.

 

Alors que je recommande un Gin-Tonic, nous survolons la Méditerranée. Je prends conscience au même moment que ma vie n'a jamais véritablement décollé, mais qu'elle va  indéniablement se terminer par un atterrissage forcé judiciaire, voir un crash humain.»

 

(A suivre)

 

Minet.

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