24/05/2011

Quand le corporatisme prouve, face à la mort, qu'il est une valeur fondamentale de notre société !

Il y a des soirs où  plus rien n’a d’importance.

 

Il y a des soirs où le sens de la vie devient une priorité.

 

Il y a des soirs où les réalités d’une profession nous rattrapent.

 

Il y a des soirs où la douleur partagée est commune avec mes camarades.

 

Il y a des soirs où je pense à une famille en deuil, à une femme désespérée et en larmes.

 

Il y a des soirs où deux orphelins ne trouveront jamais les réponses à leurs questions.

 

Il y a des soirs où des collègues pleurent en silence ou dans les bras de leur épouse.

 

Il y a des soirs où je me demande si notre société mérite autant de sacrifices.

 

Il y a des soirs où je hais la violence gratuite des hommes et l’injustice.

 

Il y a des soirs où je ne trouve plus le sommeil.

 

Il y a des soirs où je ne comprends plus le sens de ma mission, de mon métier.

 

Il y a des soirs où je n’accepte plus que l’on attaque notre corporatisme que seul nous pouvons comprendre, car à travers notre profession nous nous mettons au service des autres, de notre employeur, de l'Etat et de notre société.

 

C’est ce même corporatisme qui fait que la machine avance encore face aux dysfonctionnements politiques ou judiciaires.

 

C’est ce même corporatisme qui fait que la mort de l’un des nôtres est ressenti comme une blessure personnelle.

 

C’est ce même corporatisme qui fera que demain je vais me rendre au boulot, sans crainte mais avec des doutes certains.

 

C’est ce même corporatisme qui fera que mercredi 25 mai 2011, à 1400, tous les policiers de Suisse marqueront une minute de silence et le salut qui est dû à notre camarde assassiné.

 

C’est ce même corporatisme qui fait que ce soir je suis en pensées avec cette famille que je ne connais pas, avec un canton qui est pourtant la source de mes origines, avec ces collègues que je ne côtoie pas, mais avec qui je partage la même douleur et le même amour d’un métier, celui de policier.

 

 

Minet. 

 

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08/05/2011

Stéphane Guillon, ou la méchanceté au service de la liberté d’expression, et de la vengeance !

Samedi soir, théâtre du Léman, il y avait Dieu, les riches et les pauvres, DSK et BHL, les handicapés, les détenus de prison, les japonais irradiés, les morts et les vivants, il y avait surtout Stéphane Guillon et Nicolas Sarkozy.

 

Un duel à distance gagné haut la main par l'humoriste. Certes, la vengeance, à travers un spectacle nommé Liberté Surveillée, est un plat qui se mange froid, mais là le show était chaud.

 

Pas de langue de bois, ou si peu, et des attaques précises comme une décision ministérielle. On peut ne pas aimer son ennemi, mais de s'attaquer à la liberté d'expression, par des moyens de pression, n'aura pas été la plus maligne des décisions du Petit Nicolas. L'effet boomerang n'aura pas été long à attendre.

 

Le public, conquis par la victimisation de l'humoriste et comblé par sa prestation, a lui aussi vite choisi  son camp, même si une ou deux galéjades sont restées douteuses, dans l'ensemble personne ne souhaitait couper le micro du provocateur.

 

Un genre d'humour qui manque en Suisse, à Genève, où la Revue pourrait s'en inspirer pour rendre plus tranchant son spectacle prochain. Ne jamais oublier que l'on peut rire de tout, mais qu'il faut y mettre la manière.

 

Stéphane Guillon y est parvenu, sans compromission politique, sans retenue, laissant le rire prendre le dessus sur la gêne furtive du ressenti. Un humour rare et craint car si loin des banalités.

 

J'en veux pour preuve qu'en fin de spectacle, Guillon nous faisait remarquer que si son spectacle venait à durer nous raterions Eric Zemmour sur la 2. Belle provocation, sans savoir si les deux hommes s'apprécient assez pour un mariage mixte, même si Guillon le fait rire et que Zemmour adore son côté rebel. Selon lui, Guillon c'est un mutin de panurge, un curé de la nouvelle pensée dominante. J'adore l'image.

 

Et comme le dit si bien Eric Naulleau, de qui vient le véritable scandale, du messager de l'humour ou de celui qui est à l'origine de la mauvaise nouvelle.

 

A la sortie de ce spectacle, j'aime à dire qu'il ne faudrait jamais perdre sa liberté d'expression, mais juste son innocence. 

 

Minet

 

06/05/2011

"Le Mensonge" (4 et fin)

 «Le plus long a été de faire disparaître les corps et les traces de sang, les deux jours du week-end prévus pour cette besogne n'auront pas suffi.

 

Une lettre aux différents collèges des enfants pour annoncer ma mutation urgente et le départ de ma famille dans un autre pays avait été envoyée durant mes actes préparatoires et prémédités. Cette excuse m'a laissé du temps pour finir au mieux ma tâche criminelle et le panneau « A vendre » disposé sur le portail dès le dimanche soir laissait comprendre que la maison était dorénavant vide, sans vie.  

 

Un passage à Genève, pour quitter la France et surtout retirer l'argent accumulé et déposé dans une banque privée, ainsi que le faux passeport acheté à Marseille il y a sept mois, qui était destiné à une nouvelle arnaque qui ne s'est pas faite, facilite ma fuite et ce voyage. Un vol Last-minute pour un séjour balnéaire lors des fêtes de Pâques, rien d'étonnant même pour un voyageur solitaire.

 

Alors que l'hôtesse de l'air me demande si tout va bien, je termine ce récit.  

 

Une solitude assimilée à une délivrance, même si j'ai l'impression de me noyer un peu dans ma fuite. Je range mon matériel d'écriture, nous allons atterrir en Egypte. »

 

* * *

 

 

« La police égyptienne informe qu'un accident de plongée s'est produit en Mer Rouge. Un plongeur français s'est noyé au large de Sharm El Sheikh lors d'une plongée non accompagnée.

 

Le corps n'a pas été retrouvé mais l'inconnu identifié au moyen de son passeport retrouvé sur le bateau à la dérive. Les recherches se poursuivent afin de localiser le corps mais les chances d'y parvenir sont faibles. »

 

Minet.

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04/05/2011

"Le Mensonge" (3)

«Ce n'est pas d'avoir lésé mes clients, ni d'avoir usé de différentes identités, ni d'avoir construit un château de carte avec l'argent des autres, ni d'avoir fuit et échappé à la justice aussi longtemps, ni de signer des faux, ni de tricher, de voler ou de nuire qui me coûtaient, mais c'est bien la honte d'avoir trahi ma propre famille qui me rongeait.

 

Une femme adorable, qui à 48 ans écoutait encore en riant mes histoires d'agent secret. Deux fils, 19 et 22 ans, à l'image de leur père, grands, sportifs dans l'âme, vifs d'esprit, cultivés et ayant encore soif d'apprendre, voire d'imaginer, d'inventer, un peu rêveurs comme leurs deux sœurs de 13 et 16 ans, belles et innocentes car amoureuses de ce père pourtant si souvent absent.

 

Ce qui est surprenant, c'est que je n'ai eu aucun mal à leur enlever la vie, avec violence mais par amour, ce qu'aucun Procureur de la République ne croira jamais. Evidemment, j'ai tout fait pour qu'ils ne souffrent pas, qu'ils ne traversent pas cette même souffrance que je dissimulais pour ne pas la partager.

 

Les somnifères dissous dans la carafe de sirop du soir, partagée lors du dernier repas, ont été efficaces. C'est en effet dans un sommeil profond et éternel que je les ai retrouvés dans leurs chambres respectives.

 

Il m'aura fallu attendre trois heures du matin pour pénétrer dans la première pièce,  celle de Julie. Il n'y a pas de logique dans les actes violents, mais je voulais commencer par la cadette de mes filles. Il n'y a que pour elle où j'ai placé un cousin sur son visage, elle l'ange de la maison.

 

La froideur du métal de mon 22 long rifle est venue glacer ma main qui tenait cette arme, mais comme mon geste se devait d'être froid et franc, j'y ai vu comme une aide pour passer à l'acte. La première détonation a été surprenante, sourde mais sec, tel un claquement de cuir, un coup asséné en pleine tempe. Cette première détonation me fit sursauter sans pourtant éveiller la maison. Le deuxième coup, au centre du crâne et à travers ce cousin maculé de sang.

 

Les quelques leçons de tir prises deux semaines avant m'ont largement été suffisantes pour accomplir mon acte décisif. Ce même rituel que j'ai répété tour à tour sur Martine, Paul et Charles. Lui qui devait se marier dans un an, il ne connaîtra ainsi jamais la honte du déshonneur.

 

Puis vint le tour de mon épouse, la seule à qui j'ai adressé un dernier mot, un seul ; « Pardon ». Pas une larme et aucun regret, juste du sang sur les mains et cinq assassinats sur la conscience, cette même conscience qui venait d'être libérée d'un fardeau, celui du mensonge. »

 

(A suivre)

 

Minet.

21:02 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

03/05/2011

"Le Mensonge" (2)

«C'est ce même espoir qui m'a abandonné il y a un mois, plus précisément ce jour où tous mes mondes se sont écroulés face aux réalités de ma vie.

 

Telle une avalanche, les éléments mis à jour ont tout emporté, de mes illusions dorées à mes démons cachés. Eux, par contre, sont revenus à la surface, à la lueur de l'aube de mes erreurs du passé.

 

Un monde qui disparaît ne pouvait qu'engloutir ma famille dans un naufrage collectif. Mais devais-je me sauver des eaux, de ce tourbillon qui emportait aussi mes sombres vérités ?

 

Moi, dit Charles Henri de Lucens, 50 ans, un homme sans fierté, sans avenir et qui depuis une semaine n'a plus de passé. D'aucuns me croyaient commercial, d'autres pensaient que j'étais médecin pour une ONG, certains supposaient que j'œuvrais dans le tourisme. Il faut dire que mes absences longues, nombreuses et répétées n'étaient pas de nature à apporter quelque  indice plus précis.

 

Une vie un peu secrète, nourrie de ce même secret que je n'ai jamais partagé avec ma famille, mes proches, mes rares amis, mes voisins discrets ou ces collègues que je n'ai jamais eu.

 

Sociétés écrans, bilans superficiels et résumés à leurs plus simples écritures, avec un éloignement des raisons sociales réfléchi, tout ceci était une aubaine, tel un voile opaque sur une vie professionnelle pourtant si proche du néant.

 

Et pourtant, j'ai tenu quinze années ainsi, dans le mensonge. C'est l'assassinat horrible de ma famille, dans le sang et la chair, qui m'aura fait renaître face à mes propres réalités. Une vie où j'ai abusé des autres, de leur argent, par escroquerie, par vanité, par appât du gain, et pour tenter de gagner quoi ? Une certaine reconnaissance sociale.

 

Alors que je recommande un Gin-Tonic, nous survolons la Méditerranée. Je prends conscience au même moment que ma vie n'a jamais véritablement décollé, mais qu'elle va  indéniablement se terminer par un atterrissage forcé judiciaire, voir un crash humain.»

 

(A suivre)

 

Minet.

20:37 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

02/05/2011

"Le Mensonge" (1)

« Siège 14E, vol WK 496, Genève-Sharm El Sheikh. Nous survolons le sud de l'Italie, le long de la côte adriatique. Je viens de finir mon plateau repas, avalé avec une faim de loup qui ne me quitte plus. Il faut dire que je dévore la vie depuis trois semaines, comme si tuer cinq personnes de sa famille nourrissait sa propre existence d'un venin nouveau, mais éphémère.

 

J'observe les autres passagers. Mis à part deux hommes style patibulaire, des militaires lituaniens en permission probablement, tous ont l'air paisibles, normaux. Mais où se trouve la normalité dans notre existence si monotone, je me le demande.

 

Des familles ou des petits couples qui partent au soleil pour les fêtes de Pâques, ou comment fêter la mort du christ tout en fuyant la crise. Est-ce cela la normalité occidentale ?

 

La fuite et la mort, encore, elles ne me quittent plus, elles me suivent, elles m'habitent, elles dictent mes gestes, mes choix, mes actions mais surtout mes réflexions morbides. Avoir du sang sur les mains, celui de ses propres enfants et de leur mère, n'est pas aussi dur que cela à porter, sachant que le plus difficile est de ne rien regretter. Mais avais-je le choix ?

 

La réponse à cette question est terrible et résonne au plus profond de ma conscience ; Oui, je l'avais ce choix, mais je n'ai pas su, je n'ai pas voulu l'affronter.

 

Comment aurais-je pu me présenter à eux et tout leur avouer ?

 

Démarche impossible, on ne met pas quinze ans de mensonges sur table aussi simplement, sans en mesurer les conséquences, pour eux, pour moi. Ils n'auraient pas compris, ils auraient souffert de cette situation nouvelle, impossible, improbable, impensable.

 

La ruine des vérités supposées ne laisse jamais de place à l'espoir ! »

 

(A suivre)

 

Minet.

22:04 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

01/05/2011

Tourisme en Egypte, nous avons testé !

C'est au mois de novembre 2010 que nous avions réservé un voyage en Egypte, pour ces vacances de Pâques. Depuis, nous avons suivi les événements, écouté les recommandations du DFAE, observé les comportements des agences de voyage, pour décider enfin il y a six semaines de maintenir ce déplacement.

C'est donc à quatre adultes et une enfant que nous nous sommes rendus à Sharm El Sheikh. Certes, cette région touristique n'avait pas été touchée directement par les événements, même si l'information n'a jamais été très précise à l'époque des faits.

Que dire de cette semaine, de nos attentes et des résultats d'un séjour balnéaire presque ordinaire.

Premièrement nous nous attendions à un accueil bien plus chaleureux, plus soigné touristiquement, plus attentif, juste pour convaincre. Pour avoir déjà séjourné à deux autres reprises dans ce pays magnifique, rien n'a véritablement changé

Toute personne demeure un objet d'analyse, de surveillance, d'interrogation, de suspicion. La présence toujours aussi indiscrète des hommes des services de sécurité de l'Etat n'est pas le meilleur signe de bienvenue. Il y a cette agressivité du regard envers les occidentaux et la femme n'est toujours pas considérée. L'administration est toujours aussi lourde et hiérarchisée à tel point que l'on ne se retrouve jamais devant un responsable qui saura prendre une décision. On devine que d'importants changements sont intervenus, des têtes ont dû tomber et les personnes mises en place pas encore rodées à l'exercice. La présence armée, le long des routes et aux check point, est plus discrète qu'il y a dix ans, mais la marine elle est bien présente le long des côtes. Des hommes en armes gardent aussi les entrées d'hôtels la nuit.

Deuxièmement, on devine un pays qui tourne au ralenti avec des institutions précaires. Difficile voire impossible de faire du change en ville ou à l'hôtel, il faut impérativement si besoin est de faire cette opération à l'aéroport. Difficile voire impossible d'obtenir de véritables réponses sur la sécurité en rue ou lors des transports. Difficile voire impossible d'oublier que nous ne sommes là que pour déposer nos devises et repartir. La preuve en est que la clientèle russophone ou jordanienne est spécialement choyée, mais je ne crois pas que le tourisme égyptien peut se contenter de ces uniques richesses pour assurer l'avenir de sa profession.

La grande différence cette année est qu'un grand nombre de touristes européens qui nous accompagnaient on été déçus, tout comme nous.

Le soleil et la Mer Rouge étaient bien au rendez-vous, mais pas le peuple égyptien visiblement encore noyé dans la tourmente des événements, entre les fantômes d'hier et des incertitudes de demain.

Nous sommes arrivés ce soir à Genève, en ayant tenté de laisser ces quelques mauvais souvenirs au bord de la Mer Rouge, mais avec un goût amer, afin de pouvoir déposer un rayon de soleil en arrivant lundi matin au bureau.

 

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23:42 Publié dans Commerce, Culture, Economie, Loisirs, Monde, Politique, Solidarité, Suisse, Voyages | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook