13/07/2011

"Au carrefour de la vie"

« Il est 3 heures du matin, impossible de dormir, ni même de trouver le sommeil. Alors que je suis allongé dans mon lit, mon cœur bat à nonante pulsations minutes depuis plus de deux heures.

 

Les idées noires se bousculent dans ma tête, je ne les maîtrise plus, alors que des idées sombres laissent une larme s'écouler le long de ma joue. Ce n'est ni la première, ni la dernière. Il n'y a aucune honte à pleurer, à se laisser aller, mais je lutte encore.

 

La peur de perdre un être aimé n'a pas de frontière, même si par pudeur je me cache un peu en tournant le dos à mon épouse pour dissimuler cette larme.Pourtant elle a compris la situation. Sa main, délicatement posée sur ma hanche, dépose une caresse douce, légère, affectueuse, aimante et compatissante dans un silence de cathédrale. Elle aussi ne dort pas, elle subi mes tourments mais les comprends, car elle a connu ces instants terribles où l'avenir incertain d'un proche devient une brûlure presque égoïste.

 

 

Vouloir être fort pour qui, pour quoi ? Devant l'injustice de la maladie et les démons qui rongent nos proches, il y a des émotions que l'on ne retient plus. Je me lève et m'en vais pleurer au salon, à la recherche de l'obscurité d'une intimité, solitaire et pudique.

 

Il y a des minutes dans la vie où tout devient relatif, où le sens de nos valeurs est bousculé. L'humain reprend alors toute sa place à travers l'amour porté et la peur de perdre quelqu'un.  On s'en veut un peu d'être aussi faible, alors qu'hier encore nous étions l'épaule sur laquelle se reposer, là nous sommes impuissants. Comment faire pour aider, accompagner, soulager ?

 

Et puis il y a le courage rencontré, celui de la malade, de celle qui pourtant peut tout perdre mais qui se refuse à baisser les bras, pas maintenant, pas comme ça. Un courage digne et emphatique, elle ne veut pas voir ses proches souffrir. Elle pense d'abord aux autres à la place de se plaindre. Ne pas abandonner sa famille, ne pas la laisser dans une situation où tout n'aura pas été réglé.

 

Le courage aussi de mettre des mots sur des symptômes, de prononcer des paroles simples mais lucides sur la maladie, sur le présent, sur le futur. Comment a-t-elle trouvé une telle force intérieure, je me le demande, alors qu'il lui faudra demain déjà commencer la lutte contre ce mal sournois qui la ronge.

 

L'instinct de survie et l'amour porté aux autres lui donne ce courage et cette force. On peut le lire sur son visage, la voir dans son regard. Ne pas se résigner, mais vivre avec la maladie, en faire une compagne d'infortune à la place d'une ennemie, même si la colère gronde et que la souffrance de cette injustice demeure.

 

Si nous nous n'envisageons que le pire, elle, s'est donné comme but de prolongé la vie. Elle nous montre ainsi le chemin à suivre. Aller de l'avant, sans se retourner sur les causes avec des « si » improbables ou des « là » incertains.  

 

Elle, c'est une mère, une femme qui a donné la vie. Elle nous a accompagnés, protégés, adorés, choyés, soignés, lavés, éduqués et conseillés. Elle nous aime tout simplement.

 

Elle c'est aussi la force d'une femme qui ne veut pas partir sans terminer son parcours, car au carrefour de l'amour il y a encore l'espoir d'y rencontrer, avec l'aide de ses proches, un nouveau chemin de vie, une route nouvelle à baliser. »

 

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

"On t'aime maman !"

 

 

 

21:11 Publié dans Femmes, Histoire, Lettres, Résistance, Solidarité, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Beau et poignant témoignage.

Écrit par : Kissa | 13/07/2011

bonjour Minet
je trouve votre texte magnifique.
Ce moment est ..... une nouvelle prise de conscience de l'amour que nous porte et que nous portons à celle qui nous a tout donné.
c'est un moment ou l'on redevient un petit garçon et les larmes nous portent et nous redonnent du courage
quoiqu'on puisse en dire il faut affronter cette peine immense

Écrit par : pralong | 14/07/2011

Votre texte est très émouvant Minet, courage le corps humain a parfois des ressources insoupçonnées !

Il y a quelques temps une Dame âgée que j'aime beaucoup m'a demandé ce que je pense de la mort et de l'Au-delà, alors je lui ai raconté l'histoire de la feuille de chêne :

Une feuille qui avait poussé au bout du plus haut rameau d'un chêne majestueux, avait toujours la sensation d'avoir déjà existé auparavant, de sorte qu'elle était persuadée d'être la réincarnation d'une feuille ayant vécu sur ce rameau il y a une ou même plusieurs années.

Cette feuille demanda aux autres feuilles du chêne :

- Avez-vous la même impression que moi, pensez-vous que nous puissions être des réincarnations de feuilles ayant vécu sur ce chêne il y a une ou plusieurs années ?

- Oui nous avons cette impression mais nous ne pouvons pas l'expliquer, répondirent certaines feuilles situées au bout des rameaux.

- Non, répondirent les autres, et celles situées près du tronc ajoutèrent qu'une telle idée leur semblait absurde.

La feuille posa la même question à une mouche qui s'était posée sur elle et qui lui répondit :

- Je vois que chaque feuille de ce chêne a une forme unique et différente des autres, que chacune a un emplacement bien déterminé, mais je ne vis qu'une saison, je ne sais pas comment étaient les feuilles de ce chêne il y a un an et je ne peux donc pas les comparer avec toi.

La feuille posa alors la question à un moineau qui s'était posé sur le rameau à côté d'elle, et il lui répondit :

- Je ne sais pas si la réincarnation des feuilles de chêne est possible, mais je peux te dire qu'il y a un an je me suis déjà posé sur ce même rameau, et il y avait une feuille qui te ressemblait comme deux gouttes d'eau, sauf qu'elle était située plus près du tronc parce que le rameau qui te porte n'était pas aussi long que maintenant.

La nuit suivante, un hibou réputé dans toute la forêt pour sa sagesse se posa sur le rameau, la feuille le questionna et il lui répondit :

- Les réincarnations existent mais ne sont pas semblables à des perles enfilées sur un collier et traversées par un fil unique qui serait l'âme, elles sont semblables à des dés empilés les uns sur les autres et reliés par des conditions ; ne cherche pas à connaître tes incarnations passées, tu en es le résultat alors vis pleinement ta vie présente et lorsque tu rencontreras ta monade, tu auras la réponse à ta question.

Ne sachant pas ce qu'est un collier de perles, un dé ou une âme et encore moins ce qu'est une monade, mais ne voulant pas importuner le sage hibou par toute une série de questions, la feuille de chêne demeura perplexe.

A la fin de l'été, la feuille constata que son pourtour commençait à sécher, pendant l'automne la partie vivante de son corps diminua de plus en plus et la partie sèche et morte augmenta de plus en plus.

Vers la fin de l'automne, la partie encore vivante de la feuille n'était plus constituée que par la tige qui la rattachait à la branche et par la sève contenue dans cette tige, tout le reste de la feuille était sec et mort, de sorte que la feuille se dit :

- La feuille que j'étais est sèche, désormais je ne suis plus qu'une tige avec un peu de sève dedans !

Au début de l'hiver, même cette tige commença à sécher, la feuille se dit alors :

- La tige que j'étais commence aussi à sécher, désormais je ne suis plus qu'une goutte de sève de feuille, et je ferais mieux de quitter cette tige mourante avant qu'elle ne se détache du rameau !

Et juste avant que la feuille, désormais entièrement sèche et morte, tombe du rameau, sa dernière goutte de sève remonta par la tige et entra dans ce rameau.

A ce moment précis, cette goutte constata qu'elle n'était pas seulement de la sève de feuille, mais aussi celle du rameau, et elle se rappela la vie de toutes les feuilles qu'elle avait incarnées sur ce même rameau pendant les années précédentes.

Elle comprit que seul le rameau qui a porté ces feuilles peut conserver en mémoire la vie de chacune d'entre elles, parce que seul ce rameau a recueilli les dernières gouttes de sève de toutes les feuilles qui ont poussé sur lui, au contraire de ces feuilles elles-mêmes dont aucune n'a reçu directement ces dernières gouttes, bien qu'elles aient reçu la sève du rameau, soit un condensé des informations contenues dans ces dernières gouttes.

Elle comprit aussi ce que voulait dire le sage hibou : sa naissance au bout du rameau puis sa vie de feuille n'avait pu se produire qu'à condition que d'autres feuilles plus anciennes aient vécu sur ce même rameau mais plus près du tronc, car le rameau n'aurait pas pu pousser et lui donner naissance à cet endroit-là, s'il n'avait pas reçu de ces feuilles plus anciennes l'énergie nécessaire à cela.

Elle se dit alors :

- La sève que j'ai reçue du rameau pendant toute ma vie passée de feuille contenait la réponse à ma question, donc si j'avais examiné attentivement ma propre sève au lieu d'interroger les autres feuilles puis la mouche, le moineau et le hibou, j'aurais eu plus vite cette réponse, je ne l'ai pas fait parce qu'en tant que feuille, je me croyais distincte du rameau qui me portait jusqu'à ce que ma mort me contraigne à m'identifier à la sève, mais maintenant je veux en savoir plus !

Ayant compris qu'elle n'était pas seulement sève de feuille ou de rameau mais sève du chêne tout entier, elle revit alors le tronc de ce chêne se développer en 7 parties, puis chacune de ces parties donner naissance à 7 branches, puis chacune de ces branches donner naissance à 7 rameaux, et finalement elle vit des millions de feuilles qui, saison après saison, avaient vécu sur les 343 rameaux de ce chêne plus que centenaire.

L'humanité est analogue à ce chêne, les humains sont analogues à ses feuilles, et je crois que la Dame âgée a apprécié cette histoire.

Écrit par : Fabula | 15/07/2011

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