19/07/2011

"Roms service"

« Mon nom est Simona, je ne parle pas français mais le romani, même si je communique aussi en italien. Je suis née à Aiud, en Transylvanie il y a 43 ans, mais j'en parais 10 de plus. Mère de deux enfants, je suis mariée à Gheorghe, un vieil homme malade rongé par l'alcool.  

 

Depuis 3 ans nous venons à Genève, 9 mois par an. Nos enfants nous y rejoignent pendant les vacances scolaires. En Roumanie, l'école est devenue « obligatoire » pour les Roms, sachant que la municipalité nous verse une allocation pour tout enfant scolarisé, ceci grâce à une subvention de la communauté européenne. Impossible pour nous de laisser échapper cet argent, même si l'on est conscient que nos petits doivent apprendre au moins à lire et à écrire.

 

Dans la ville de la croix rouge, la mendicité est notre pain quotidien, pas de voleur chez nous, juste quelques musiciens. La première année nous avions utilisé un transport organisé depuis Alba Iulia. Mais, une fois arrivés en Suisse, la dîme que nous devions reverser au transporteur était trop lourde. Donner la moitié de nos gains durant trois mois, il ne nous restait pas de quoi subvenir à nos propres besoins. Depuis nous prenons une ligne régulière de bus, 1800 kilomètres en 2 jours, mais une fois ici nous ne devons plus rien à personne. Il y a bien des clans qui tentent de nous soutirer de l'argent, mais nous nous tenons éloignés de ces gens. Ce sont des voleurs et leurs lois ne sont pas les nôtres.  

 

A Genève, le plus difficile c'est de trouver où dormir et à manger.

 

Les nuits sont fraîches, même en été. Alors on s'organise, on trouve de quoi se faire un lit de fortune, quelques vêtements usagers dans les boîtes jaunes Emmaus et on s'installe. On dort en groupe, en fratrie, pour se tenir chaud. Depuis 4 mois nous devons tous les jours débarrasser notre campement de fortune car la police et la voirie ont organisé des ramassages.

 

Pour les repas il y a bien quelque œuvres caritatives mais ces lieux si rares sont pris d'assaut par d'autres nécessiteux. Des clochards, des toxicomanes, des requérants d'asile, des femmes abandonnées, des vieux sans ressource ou des jeunes à la rue, il y a de tout et de toutes les nationalités. On arrive encore à y recevoir un repas, mais souvent il faut jouer des coudes pour réussir à y entrer. Il y a bien un gérant d'une supérette qui nous donne les invendus en fin de journée, il n'aime pas jeter, mais son patron ne doit jamais l'apprendre. Comme nos hommes boivent beaucoup de bières, une partie de nos gains apaise leur soif. Nous on travaille le jour, eux nous protègent la nuit, mais les journées sont longues et incertaines.

 

La mendicité ici fonctionne encore un peu, les gens se promènent toujours avec de l'argent en poche, pas comme en France où la carte bleue est devenue la seule monnaie courante. Il faut juste trouver le bon emplacement, le bon jour et la bonne heure, car rien n'est acquis.

 

Personnellement je préfère offrir un sourire pour demander l'aumône, rien ne sert d'insister ni d'insulter, car bien souvent ceux qui donnent une fois recommenceront. Ces gens là ont la main sur le cœur, mais ici la pitié ne marche pas, elle fait peur, les passants changent de trottoir.

 

Par contre, un petit morceau de violon ou d'accordéon et un merci maladroit provoque une certaine générosité. Reste le problème des autorisations, mais il faut payer CHF 10.- par jour pour jouer d'un instrument, nous ne pouvons pas avancer cette somme. Alors, tout comme pour la mendicité, on s'expose aux amendes des policiers. Parfois, si on part immédiatement, l'agent ne prend pas nos noms, il se contente de nous faire fuir.

 

En Roumanie, s'il y avait du travaille, je devrais travailler aux champs durant plus de 9 heures pour gagner la moitié de ce que je récolte ici en un jour. Le soir arrivé, on compte nos gains et on partage. Chacun doit pourvoir manger, boire et s'acheter des cigarettes, seul luxe encore autorisé.

 

Demain, sauf s'il pleut, je retournerai à l'angle de ma rue, usant de mon plus joli sourire pour gagner un peu ma vie, afin de poursuivre  un chemin pourtant sans avenir, juste pour survivre tout simplement. »

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon.

Commentaires

A ce récit "à la Cosette", s'ajoutent des situations désolantes à Genève, telles lorsque des roms en famille renversent et vident des containers-poubelles pour récupérer quelques trouvailles, ce à la vue de tous. Que faire lorsque des responsables d'associations caritatives déplorent que les containers de récolte de vêtements destinés aux personnes nécessiteuses soient souvent pillés. Et durant l'été, comment aider des enfants qui tendent la main dans les transports publics sous la haute surveillance d'un aîné ? Ce phénomène social nous ramène quasi au Moyen-âge, que font les pays de la communauté européenne pour aider cette population ?

Écrit par : Hugo | 19/07/2011

Depuis quelque temps, vos billets révèlent une grande humanité et je vous en remercie très sincèrement.

Écrit par : Benoît Marquis | 20/07/2011

Comment faire un article si bien écrit en Français si il commence par "« Mon nom est Simona, je ne parle pas français mais le romani,.....". Il sert à discréditer la dignité duRom en les assimilant à des mendiants. Celui qui a écrit cet article n'a jamais mis les pieds chez les Rroms, ne connait pas le romani, et ne fait certainement pas partie d'une association aidant ces gens en difficulté.
J'ose m'adresser à vous pour vous dire qu'il existe des Rroms des études cultivés et instruits, qui ont eu l'opportunité de suivre des études par "baxtalo" (= la chance du destin). J'aide ma communauté en Belgique avec le titre de Docteur en médecine, acqui à l'UCL(Université Catholique de Louvain) de Belgique. De grâce chers amis suisses respectez la dignité humaine des autres moins chanceux que vous. J'ai écris un petit blog joint à mon commentaire, car on demande mon URL. Latcho Drom et pas de schni dans votre vie. Adieu Tout de bon.... Mihail

Écrit par : Mihail Basremaskro | 20/07/2011

Personnellement, je ne devrais pas le dire, mais disons le comme-ça, qu'est ce que c'est de donner une pièce à un mendiant, est-ce que ça écorche les mains ? en ce qui me concerne je préfère donner de cette manière, plutôt que de verser de l'argent aux multi-nationales de la misère qui laissent des millions d'enfants mourir de faim, ces ong qui versent des salaires mirobolants à leurs directeurs, parait-il que la Croix Rouge, ne verse que 1% des donations aux nécessiteux, le 99% reste dans les caisses de l'organisation, sous forme de frais de fonctionnements et la Croix Rouge est la moins couteuse en frais que toute les autres, alors imaginés !
Comment peut-on dans une ville aussi riche, tolérer que des humains vivent aussi mal leur quotidien !

Ceci dit, comme Benoit Marquis, je salue haut et fort la prise de position de Minet !

Écrit par : Corto | 20/07/2011

@ Mihail Basremaskro

"Il sert à discréditer la dignité du Rom en les assimilant à des mendiants."

Je comprends votre critique et c'est vrai que l'on a tendance en Suisse à assimiler rom avec mendiant. En fait, on a aussi tendance à assimilier mendiant avec rom. Et puis on met aussi tout le monde dans le même panier (à salade): gitans, tziganes, yéniches, roms,...

En l'occurrence, certains mendiants à Genève - dont certains étaient roms - ont été fortement "médiatisés" et je pense que je n'ai pas besoin de vous expliquer à quel point la méfiance et les préjugés envers les "roms" - qu'ils soient roms ou non - sont importants chez de nombreux citoyens. Je vois ainsi le billet dont il est question ici comme quelque chose de positif. Certes, on reste dans le cliché selon lequel le rom est médiant, m'enfin, il est tellement rare que l'on cherche à amener un autre point de vue à la méfiance et aux préjugés. C'est pourquoi, j'estime qu'il ne faut pas juger sévèrement l'auteur du billet mais plutôt le féliciter pour son ouverture d'esprit et son courage d'apporter un éclairage différent sur une réalité complexe.

Je ne suis pas rom. Néanmoins je suis issu (du côté de ma maman) d'une longue lignée de gens du voyage. J'ai des souvenirs très vifs de la réalité et des difficultés qui m'ont été rapportés, surtout par mon grand-père, aujourd'hui décédé, qui était un sacré personnage. Une partie de ma famille est encore sur la route, mais de moins en moins et d'ailleurs, je ne les connais pas. Mon grand-père s'est sédentarisé et ma mère a passé une bonne partie de son existence à s'éloigner de son passé duquel elle ne récoltait que méfiance et discrimination. Mon grand-père fut détesté et quasi pourchassé par quasi toute la ville lorsqu'il s'est installé. Quasi toute la ville est venue également à son enterrement, pleurer la perte d'un ami et le départ d'un des leurs. Je n'ai pas eu la chance de connaître autrement que par des discussions de famille leur "existence passé". Je n'ai même jamais mangé de niglo même si je connais la recette. :-) Personne ne croit ma mère quand elle raconte qu'elle est née dans une roulotte. Et personne ne me croit non plus quand je raconte que je viens d'une famille de gitans.

Mon grand-père était un peu le dernier des Mohicans. Et moi, je suis désormais un gadjo. Cela aussi, c'est une réalité du monde des gitans. L'oubli nous guette et c'est bien dommage.

Écrit par : Ngabo | 21/07/2011

Juste pour rappel, nous bloguons sur le blog de Minet, Minet est policier et dans la maison, il ne manque pas de zèle tout azimuts visant à participer à la stigmatisation des communautés Rooms, il n'est pas rare à Genève d'observer 2 ou 3 pandores s'en prendre à des Rooms pour des "prunes" !

Alors j'aimerai bien comprendre la démarche de Minet, genre faites pas que ce nous faisons, le reste on s'en charge et cause toujours !

Écrit par : Corto | 22/07/2011

@Minet très beau texte. Apparemment ça dérange certain(s) que vous soyez policier mais vous êtes avant tout un citoyen comme tout le monde

@Corto Si ce blog vous dérange, ne le consultez pas et allez écrire vos idioties sur d'autres blogs stupides et immatures, il y a le choix...

Écrit par : Cramia | 22/07/2011

Cramia, on peut porter l'uniforme sur le corps, mais certains le porte dans la tête, je pense que si Minet soulève ce point, avec lequel le nombre d'arrestations a fait péter les compteurs, ce n'est pas uniquement pour voir apparaitre des noms d'oiseaux sur son blog !

Mais la réflexion et un fruit murissant sur des arbres bien trop haut pour votre nanisme cérébral ! ! !

Écrit par : Corto | 23/07/2011

Depuis quelque temps, après avoir pourtant régulièrement fermé mes commentaires, je laissais à nouveau ceux-ci ouverts, ayant confiance à leurs auteurs.

Je me dois de constater que certaines personnes ne changent pas et n'arrivent toujour pas à lire un texte sans y coller une profession, un grade ou une fonction, voire des idéologies. Dommage, car moi je tente de faire preuve d'empathie dans mes sujets, à travers ces sujets.

Merci Cramia pour vos mots, et en ce qui concerne Corto, vous demeurez consternant, car à force de stigmatiser l'auteur par sa profession, vous oubliez de lire le contenu de mes textes sur le fond, ce qui vous donnerait une vision différente d'un simple habitant de La Croix-de-Rozon, et de ses écrits.

Écrit par : Minet | 23/07/2011

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