28/07/2011

"NorthWar -18"

«Le grand jeu final est lancé, je suis à la dernière étape, si près du graal. Les conditions de cette ultime mise en scène ne sont pas bonnes ce soir, qu'importe. Il pleut, le ciel est sombre et il fait nuit noire. Je marche droit et d'un pas décidé. Rangers, pantalon noir, veste de chasse grise sur un pull en laine bleu marine, une casquette de baseball vissée sur la tête. Le casque d'assaut, c'est pour les trouillons. Dans mon sac à dos, deux grenades explosives et cinq chargeurs complets pour ma HK que je porte en bandoulière. A la ceinture, un P228 et un colt Smith & Wesson 629. Dans les poches de mon gilet, des chargeurs de rechange pour le Sig-Sauer et de la mun 44 Magnum pour mon chouchou. Je ne connais pas le nombre de cartouches dont je dispose, mais il y en aura assez, c'est certain. J'avais le choix des armes, mais on ne change pas une équipe qui gagne. A nous quatre on va enfin passer le palier supérieur. Je dégaine, main droite le S&W, main gauche le Sig.

 

Ce soir je ne reviendrai pas en arrière. Des semaines que je prépare cette expédition, point par point, rue par rue, cible par cible avec un seul objectif, gagner la partie. Je ne veux pas rester sur un échec, je dors mal après, donc j'ai mis tous les atouts de mon côté.

 

L'adversaire, je le connais bien. Des zombies qui dealent dans nos rues, qui hantent nos nuits, nos cauchemars. Ils traînent aux coins des bâtiments, derrière les voitures, dans les immeubles, ils sont partout. Impossible pour moi de les confondre avec des passants ou des touristes. Ils sont mes cibles, mon seul objectif, et je dois faire « match point » ce soir. Le carnage va commencer, deux rues et pas un gibier en vue, pas normal. Ma tête tourne de gauche à droite, suivant mon regard, en vain. Ne jamais reculer, mais par contre anticiper, car sinon c'est toi qui risque d'être touché.

 

Bruit à gauche ; cible visible ; deux coups feu libre avec le Sig ; dealer abattu. J'avance et lui mets une troisième balle dans la tête. La luminosité issue des déflagrations illumine mon regard. Mes mains se crispent, elles ne doivent pas, je dois rester cool, concentré mais cool.

 

J'avance et depuis cet instant les cibles se présentent une à une, tout comme elles tombent une à une. Je suis d'une précision dingue ce soir, je suis fier de moi. Tous ces entraînements auront enfin servi. J'ai divisé mon champ de vision en deux. Sur ma gauche le Sig est redoutable, sur ma droite, mon S&W efficace. Pas de tir croisé, sauf si plusieurs cibles arrivent du même côté. Ce qui est sûr, je n'oublie jamais d'achever le zombie d'une balle dans la tête, pas de point en plus pour ça, mais juste la certitude qu'il a été éliminé.

 

Je compte aussi mes coups pour les changements de chargeurs et la recharge. C'est un travail de précision, raison pour laquelle je dois rester très concentré, ce qui fait que je n'entends rien, ni les cris des passants, ni les invectives des dealers. Il n'y a que mon pouls qui résonne dans mon torse, alors que les chiffres se bousculent dans ma tête. Tous mes muscles se tétanisent, l'adrénaline arrive, le plaisir aussi.

 

Le terrain de jeu a soigneusement été choisi. Des rues que je connais bien, ainsi pas de mauvaise surprise. C'est un tout, dans la vie c'est comme au jeu, pas de hasard, juste être méticuleux, précis et décidé.

 

C'est incroyable comme après une vingtaine de cadavres l'on n'y voit plus des zombies dealers mais des proies, telles des animaux enragés qu'il faut abattre tout simplement.

 

Et un de plus, et un autre. Méfiants, mes ennemis se font plus rares, je passe donc à la HK, bien plus précise pour des tirs à 30 mètres ou sur une cible dissimulée partiellement. Des lâches, plus aucun courageux pour venir m'affronter, j'avance encore et encore. J'ai presque gagné, je jubile déjà, un petit sourire me gagne. Il ne faut pas, pas encore, pas maintenant car je risque de tout perdre, ma concentration et une vie. Je sais bien que je vais me faire abattre, le joueur le plus courageux, ou le plus fou, ne gagnera jamais contre les institutions. La machine est plus forte que l'homme.

 

La fin est proche, je viens d'en abattre trois nouveaux qui se trouvaient dans une voiture. C'est propre, sans bavure. Le plaisir est immense même si les yeux me brûlent un peu sous l'intensité des assauts répétitifs. Je suis dans ma réalité, dans mon monde, dans une vie où tout se passe comme je l'avais prévu. Difficile de faire la part entre le virtuel et la réalité, l'adrénaline a ceci de bon, c'est qu'elle supprime les sentiments qui nous rendent faible, tels que la honte, le remord, la peur, la crainte, la bonne conscience.

 

Peu importe, je dois remplir ma mission cette nuit et abattre le plus possible de zombies dealers, car le graal de la liberté se trouve au bout de la rue, et de mes armes. »

Question : Faut-il interdire les jeux vidéos violents aux mineurs ?

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

10:46 Publié dans Culture, Fiction, Jeux de mots, Médias | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Et bin la censure marche de plus en plus fort sur les blogs de la TG :o(((

Écrit par : Loredana | 28/07/2011

Les commentaires sont fermés.