05/08/2011

"Il est en moi, mais ce poison va m'aider à vivre"

"Je ne l'avais pas oublié, mais en trois semaines je m'étais habituée à lui, il était presque déjà devenu mon allié, même s'il s'était dissout avec le temps. Passées les premières réactions, le choc et les nausées, j'avais dû me résoudre à admettre qu'il allait falloir vivre avec ce poison que l'on m'administre. Ce soir, pour ce deuxième traitement, il est à nouveau là, il pénètre dans mon corps, goutte à goutte, suspendu au dessus de ma tête. Ce qui est terrible, c'est que ce poison, si nocif pour mes cellules, est pourtant mon seul ami face à la maladie qui me ronge.

Telle une cérémonie, cette perfusion va durer 20 heures. Pas de mélange, l'un après l'autre les produits vont se succéder pour donner l'alchimie attendue, recherchée, espérée. Ce n'est pas d'être alitée qui est difficile actuellement, mais de voir que mon corps change, réagi, se transforme et porte maintenant les stigmates de la maladie. La perte de mes cheveux a été une épreuve. Un symbole de féminité qui disparaît. Ils vont repousser comme me le dit mon fils, mais ma sensibilité est atteinte, l'image est troublée, tout comme mon regard par quelque larmes.

Il y a deux mois j'allais bien, je perdais un peu de poids, ce qui ne me déplaisait pas, tout en ayant simplement du mal à avaler certains aliments. Il y a deux mois j'étais en vie, on me donnait bonne mine et j'allais de l'avant.

Depuis un mois, ma vie a changé, elle s'est raccourcie, elle s'est endurcie, elle s'est révoltée. Pourtant, je n'ai pas envie de baisser les bras, pas encore. Ma famille est là, les médecins aussi. Ensemble nous allons avancer, jour après jour, semaine après semaine. Pas de projet, juste l'espoir que demain sera meilleurs qu'aujourd'hui. Pas de rémission, juste vivre avec et parcourir ce chemin de vie pas à pas.

De la force j'en ai, j'en donne et j'en procure, les épreuves seront pénibles, j'en suis consciente, mais il me manque parfois de l'énergie. Ce combat, cette lutte contre la maladie sont épuisants. Le traitement l'est encore plus paradoxalement. J'arrive à me persuader que si je souffre ainsi, mes cellules indésirables elles succombent, une à une, sans proliférer.  

Je ne vais pas me plaindre, je trouve souvent que mes compagnes de chambres sont bien plus malades que moi. Un miroir que je ne veux pas encore affronter, car tel n'est pas mon destin. Je me battrai, je vais lutter, mais je n'irai pas au-delà de mes possibilités. La souffrance humaine à des limites que l'on doit respecter. Mieux vivre je veux bien, vous quitter paisiblement je l'exige. "

Carpe Diem Maman.

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

 

 

 

Commentaires

Walter, comment commencer, quoi dire ? Si ce n'est que de vous apporter le plus de force possible afin de combattre cette maladie et ceci, de la façon la plus immatérielle qu'il soit !

Une chose, reposez-vous, combattre ne veut pas dire ne pas lâcher certaines habitudes, vous êtes surement quelqu'un très préoccupé par les autres, maintenant le message est venu vous souffler à l'oreille, "occupes-toi de toi", "repose toi et oublie un peu ce tourbillon extérieur", les traitements sont fatigants et c'est l'occasion de laisser de se prendre en charge soi-même, ce que vous n'avez peut être pas fait suffisamment. Ces forces existent en vous, il ne suffit que de les laisser monter en vous, les laisser prendre en charge le bon cours des choses, les laisser faire ce que votre conscient n'a peut être pas su faire et la première des forces vient aussi en se lâchant, en se laissant aller, en découvrant ce que vous apporte également cette épreuve, en se nourrissant avec des aliments riches en vie, vivants !

En faisant ce qu'il faut (s'occuper de vous) et en vous abandonnant à ceux qui maintenant ont les remèdes sophistiqués pouvant soigner cette maladie, tout va bien se passer, mais vous allez vous retrouver, dans une nouvelle vie ! ! !

Avec plus de savoir bien vivre !

Écrit par : Corto | 05/08/2011

Excusez la syntaxe, c'est l'émotion

Écrit par : Corto | 05/08/2011

Corto,

Merci pour votre empathie et ce message, j'y devine une grande sincérité. Néanmoins, sachez que ce texte ne me concerne pas personnellement, il est écrit au féminin et est un hommage à ma maman, hospitalisée et qui lutte de tout son coeur contre la maladie.

Minet.

Écrit par : Minet | 05/08/2011

de tout coeur avec toi et ta maman

Écrit par : stephane barthassat | 05/08/2011

Ce texte est très émouvant et force au respect. Tout mon soutien à votre chère Maman qui semble avoir prêté sa belle plume à son fils Walter, le fruit ne tombe jamais très loin de l'arbre, selon l'adage paysan.

Écrit par : djemâa | 05/08/2011

Le chemin, personne ne le connaît. Comment le suivre, personne ne l'imagine avant de l'avoir pris.

Écrit par : hommelibre | 05/08/2011

Dés lors, tous mes voeux de guérison et de prompt rétablissement pour votre Maman.

Écrit par : Corto | 05/08/2011

Avec tous mes voeux pour votre mère, en espérant une issue positive qu'elle mène avec votre belle aide !

Écrit par : Pierre Weiss | 05/08/2011

Merci Stephane,Djemâa,Corto et M. Pierre Weiss pour vos mots, très touché.

Pour Hommelibre, il est faut de croire que personne ne l'imagine, le chemin, car nous le connaissons tous, il est simplement le prolongement de la route de notre vie, au carrefour des séparations et des désillusions, mais guidé par l'amour.

Minet.

Écrit par : Minet | 05/08/2011

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