30/09/2011

L'abusé abuseur !

En quinze ans, soit depuis l'introduction de la LaMal, les hausses annuelles cumulées de l'assurance maladie atteignent 121 %, passant en Suisse d'un prime moyenne de CHF 173.- à CHF 382.-, un chiffre incroyable au regard de l'évolution parallèle du coût de la vie.

 

Ce qui ne fonctionne plus dans ce système mutualiste c'est que nous sommes passés d'une "prestation de remboursement" à une "prestation de consommation".

 

Je m'explique.

 

L'assurance maladie demeure un organe de remboursement de prestations, de soins, de médicaments, mais ce qui a fondamentalement changé à travers la hausse perpétuelle et exorbitante de la prime de base, c'est le comportement des assurés.

 

Ceux-ci sont entrés dans la peau du consommateur payeur. Je paie, je paie cher même donc j'utilise. Ceci est encore plus présent dans le cadre des assurances complémentaires.

 

L'assuré stock des médicaments, fait des réserves, gaspille, se fait prescrire des compléments pharmaceutiques ou des actes paramédicaux qui sont remboursés, il consomme, il abuse.

 

L'assuré cherche son bien-être à travers les prestations « offertes », soit remboursées. Il considère ceci comme un retour sur investissement. Il part de la réflexion qu'il paie donc qu'il a droit à ceci, à cela, sachant qu'il est couvert. Il a payé pour y obtenir, pour en bénéficier donc il consomme, il abuse.

 

Avec de tels comportement, la médecine et les soins ne représentent plus une aide, une solution, une prestation, mais deviennent des produits de consommation courants.

 

Ce comportement déviant est aidé par la non maîtrise des coûts usuels de la santé et des médicaments, augmentation des coûts alimentée par les attitudes de certains médecins prescripteurs  et d'une industrie pharmaceutique incapable de produire des génériques moins chers et conditionnés autrement que pour une consommations accrue.

 

J'aime à dire dans ce cas que l'abusé devient abuseur, mais à qui la faute ?

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

 

07:02 Publié dans Commerce, Culture, Economie, Histoire, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Et bien pour ma part, moins je vois de médecins et moins j'avale de chimie médicamenteuse, mieux je me porte. Le fait que les primes augmentent d'année en année ne m'incite absolument pas à faire usage au-delà du nécessaire des prestations médicales parce que je sais que c'est une assurance.

Écrit par : Patrick | 30/09/2011

Vous avez parfaitement raison, bien que, fort heureusement, tous ne se comportent pas comme vous le décrivez. Seule une minorité d'abuseurs font exploser les coûts de la santé.

De ce fait, une caisse unique ne changerait au problème : ceux qui abusent actuellement continueraient, peut-être même encore plus vu que le "droit de consommer du médical" serait couvert par l'Etat. Ou en tout cas resentit comme tel.

J'ai toujours été convaincu qu'il faut supprimer l'obligation de s'assurer, revenir à la situation ante. Que chacun s'assume. Quant aux indigents, ils pourront toujours être pris en charge par l'Etat : cela ne coûtera pas plus que les dizaines de millions qu'il dépense actuellement en subventions pour les primes.

Bien à vous.

Antoine Bertschy

Écrit par : Antoine Bertschy | 30/09/2011

Ce n'est pas souvent que les blogueurs - et d'autres ! - posent les bonnes questions relatives à l'assurance-maladie. L'opinion s'est figée sur les caisses-maladie (Qui, soit-dit en passant, s'appelaient encore sociétés de secours mutuels il n'y a pas si longtemps) et les accusent de tous les maux ! C'est très pratique et ça évite de se poser les bonnes questions et de faire une analyse honnête, telle que la vôtre. Elle correspond d'ailleurs parfaitement à la situation mais que personne ne semble vouloir voir.

Lorsque j'étais jeune secrétaire général de la Fédération des sociétés de secours mutuels de la Suisse romande, il existait en Suisse romande plus de 130 caisses, de quelques centaines de membres à plusieurs milliers. Dans les années septante et quatre-vingts, les gands méchants loups étaient les médecins soupçonnés, accusés (certainement avec raison pour certains d'entre eux) de s'en mettre plein les poches. Le prix des médicaments également étaient montré du doigt. A ce moment-là déjà, les caisses peinaient à dénoncer les abus car les patients ne souhaitaient pas se brouiller avec leur médecin. Ces mêmes patients étaient pourtant sociétaires de leur caisse et à se titre pouvaient participer aux assemblées générales et prendre en mains la gestion de leur caisse. Mais il n'était guère aisé de réunir quelques délégués, car parler de maladie et de coût répugnait sans doute inconsciemment aux assurés.

Maintenant, savoir et déterminer à qui revient la faute de la situation actuelle relève de la bagarre, genre village d'Astérix, chacun pensant que c'est l'autre. Ajoutez à cela une communication assez déplorable des caisses-maladie et un empressement assez mou du parlement pour freiner une machine emballée, même si Didier le Transparent s'évertue à refroidir le système.

Une chose est sûre cependant : les coûts de la santé ne vont pas diminuer. Dire le contraire relève au mieux de l'incompétence, au pire du mensonge. Il ne reste alors qu'à étudier comment mieux répartir les charges qui pèsent sur les épaules des assurés. Il est assez curieux de constater que tout le monde accepte que les cotisations AVS soient prélevées selon le niveau de revenu alors que cela semble parfaitement impossible pour la santé. Malheureusement la volonté politique est complètement absente et l'on procède souvent à des transferts de charges sur les assurés pour "stabiliser" les dépenses de santé.

La formule que vous utilisez "je paie donc j'y ai droit" n'est hélas pas nouvelle, mais avec l'augmentation des cotisations, elle a pris une importance accrue.

Personne ne songe plus à l'esprit mutualiste en se disant, par exemple, que payer des cotisations est un privilège quand on est en bonne santé alors que tout le monde n'a pas cette chance.

J'ai cependant bien peur que ce genre de discours soit aujourd'hui complètement dépassé...

Cordialement.

Écrit par : Michel Sommer | 30/09/2011

Les commentaires sont fermés.