12/10/2011

La police de proximité, autrement !

Depuis des années j'observe mes amis policiers exercer la police de proximité, selon la doctrine imposée, selon les moyens à disposition, selon les quartiers, selon les objectifs, selon les affinités personnelles, selon les possibilités, selon les liens tissés, selon les courants politiques.

 

Individuellement, à Genève l'îlotier de proximité de gendarmerie bricole, il réinvente, il suggère, il propose, il arrange, il subit aussi. D'homme de liaison il est devenu l'homme de référence, le lien, le seul bien souvent entre la population, les associations, les entreprises, les autorités et la police de quartier. Un homme seul qui trop souvent n'a pas les réponses aux questions déposées. Il a bien son idée sur la question, mais si celle-ci n'est pas partagée par ses collaborateurs, sa hiérarchie ou les priorités politiques du moment, il reste isolé face aux interrogations de ses partenaires en lesquels il s'identifie.

 

Pourtant, à lui seul il dispose d'une vision complète de la situation, du tableau social qui l'entour allant des besoins populaires qu'il récolte, des problèmes relevés et parfois des solutions envisagées par de bonnes volontés.

 

Il observe aussi les doublons inutiles, les réunions futiles, les discussions inabouties, les évaluations minaudées, les rapports lissés, le manque d'engouement de certains, le trop plein d'autres qui s'engagent sans compter.

 

Il remarque l'évolution d'une commune, d'un quartier, d'un parc, d'une rue, d'un immeuble, d'une arcade, d'un squat, d'une cave, d'une association, d'une ethnie, d'une famille, d'un groupe, d'un couple, d'une femme, d'un enfant, d'un vagabond, d'un être désocialisé.

 

La proximité est avant tout un comportement avant d'être une doctrine. Elle est l'affaire de tous en portant un regard nouveau envers l'autre, envers l'inconnu, envers l'étranger, envers le vieux, envers le jeune, envers le riche, envers le pauvre, envers l'isolé, envers l'abandonné, envers l'agressé, envers la victime, envers le lésé, avec le droit d'aider et de stopper, d'agir et de prévenir, de signaler et d'anticiper, de parler et de s'exprimer car sur le fond seul le langage rapproche réellement les hommes au-delà de ses différences.

 

Aujourd'hui, il est temps que le policier îlotier, pédiatre des maladies infantiles de notre société, devienne un spécialiste du lien de proximité, un réel coordinateur, tel un guide placé au carrefour de la misère humaine, de l'insécurité, de l'Etat social et de la population désabusée.

 

La route est encore longue, mais à vous, mes amis îlotiers je vous le dis, ne baissez pas les bras mais ouvrez les à un avenir nouveau que j'espère deviner au loin.

 

Walter Schlechten, habitant de la Croix-de-Rozon.

 

Commentaires

Cher Minet,

Pour effectuer un travail de police de proximité correct, il faut compter 1 agent pour 2'000 à 2'500 habitants. Si l'on prend le poste de gendarmerie de Lancy, il y a actuellement 2 îlotiers pour 14 communes et près de 90'000 habitants, soit 1 agent pour 45'000 habitants.

Actuellement, seules les communes qui ont une police municipale peuvent envisager une police de proximité capable de travailler dans la résolution de problème.

Le projet Phénix au contraire cherche à développer la police de proximité au niveau de la gendarmerie. Je pense qu'il s'agit d'une grave erreur stratégique des autorités politiques genevoises et le futur sécuritaire du canton.

Je peux comprendre que le terme "police de proximité" soit vendeur auprès de la population mais si le canton n'a pas les moyens de doubler l'effectif de la gendarmerie dans le cadre de la mise en application Phénix, le développement d'une réelle police de proximité par la gendarmerie n'a aucune chance d'aboutir.

Néanmoins, je pense qu'il faudrait en tout les cas 1 enquêteur de sécurité publique et 1 îlotier pour 20'000 habitants, cela serait déjà une bonne chose.

En vous souhaitant une excellent journée...

Écrit par : farmer | 13/10/2011

@farmer :
Je suis d'accord avec votre analyse sur les APM, véritables îlotiers de proximité mais dont le cahier des charges est à redéfinir. Par contre, pour revenir à ma note, le développement de la police de proximité à la gendarmerie ne passe pas pour moi simple citoyen par une augmentation drastique des postes d'îlotiers, mais bien par un comportement d'approche nouveau de tous les agents, au quotidien, sans en faire des éducateurs de rue, mais simplement en étant plus accessibles, plus proches de la population. La découpe des secteurs en six quartiers attribués aux chefs de groupes était une bonne chose, entre autre, mais c'est véritablement le conditionnement des agents qui est à revoir, car l'ennemi est ailleurs !
L'îlotier d'un poste de gendarmerie se devrait d'être le coordinateur, il y gagnerait en connaissances réseau tout en gardant un regard différent sur les problèmes sectorielles tout en pouvant y apporter une analyse et une solution avec tous ses partenaires !
Après ... c'est simplement une idée citoyenne.

Écrit par : Minet | 13/10/2011

@Minet
Je pense que les compétences actuelles attribuées aux polices municipales des communes suburbaines de moins de 10'000 habitants n'ayant pas le statut de ville sont adéquates, ne manque que la prérogative en matière de consommation de stupéfiants sur la voie publique.
Concernant les communes avec le statut de Ville, soit + de 10'000 habitants, il serait certainement judicieux de revoir leurs prérogatives à la hausse afin que celles-ci augmentent leur autonomie dans le traitement des infractions constatées.
En dehors de cela, le véritable défi sera de diminuer la partie administrative du travail de policier dont tout le monde se plaint. Une fois que cet objectif aura été atteint (on peut toujours rêver) alors effectivement, votre approche "1 gendarmer = 1 îlotier" pourrait être développée... ou alors reste une augmentation significative des effectifs...
Bien à vous.

Écrit par : farmer | 13/10/2011

Je ne suis véritablement mal exprimé, je n'ai pas dit un gendarme = un îlotier, mais que l'approche globale, le premier contact, la vision du monde des gendarmes et autres PSI et PJ se devait d'être nouvelle, revisitée, redessinée pour sortir du tout sécuritaire. La fonction demeure, seul le comportement change pour une proximité professionnelle nouvelle, innovante et respectueuse de l'autre sans devenir des TSHM !

Merci pour l'échange Farmer !

Écrit par : Minet | 13/10/2011

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