19/11/2011

La polémique, nouvelle arme des journalistes en mal d'investigation ?

Deux articles récents m'ont interpellé en qualité de citoyen, de lecteur, de blogueur, où visiblement le but recherché à travers l'écriture n'était que celui de la polémique. Aucune investigation, des renseignements pris à la va vite, nul développement du sujet, aucune conclusion, peu d'intérêt donc, mais c'est néanmoins publié et lu.

 

- Le premier rédigé concerne le dernier GHI, un billet intitulé « La police de Cornavin aux abonnés absents ».

 

C'est l'histoire de deux touristes victimes d'un vol à la tire dans le train, qui se rendent au poste de police de la gare de Cornavin et trouvent porte close, accompagnée d'un panneau d'annonce qui précise : « En raison du nombre d'affaires en cours, le poste est fermé. S'il s'agit d'une affaire urgente, veuillez vous diriger vers le poste des Pâquis (voir plan à votre droite) ». Le titre de l'article est en rouge et noir et la photo dudit panneau bien en évidence au centre de la page.

 

Mais après, que pouvons nous lire dans cet écrit. Que cette mesure est exceptionnelle, qu'elle se pratique aussi dans d'autres postes du canton lorsque les nécessités  opérationnelles sont plus importantes que l'accueil au public. Les lésés ont du marcher 300 mètres pour déposer leur plainte au poste des Pâquis. Indignation, goût amer, incroyable, honteux et j'en passe des qualifications qui viennent nourrir ce torchon par son auteur en mal de sensation.

 

On y trouve toute la différence entre un bon et un mauvais journaliste. Le mauvais constate la fermeture du poste, prend une photo et rédige un article bidon avec un titre tapageur après avoir pourtant obtenu une explication simple mais concrète.

 

Le bon constate la fermeture du poste, prend aussi une photo mais cherche à comprendre pour quelles raisons cette situation existe, trouve l'explication, assimile le système appliqué, en analyse les causes, y propose une solution et fait un excellent article d'information générale.

 

- Le deuxième cas concerne la TDG de ce jour, avec un billet intitulé « Succession de Zappelli : le dilemme des socialistes », dans lequel on y trouve un petit encart titré « Un policier choisi Jornot ».

 

Si l'article principal est instructif, complet, objectif, l'encart se veut juste provocateur, incitateur et nourricier d'une polémique.

 

Il traite du dernier article de mon blog intitulé « Procureur général, pourquoi Olivier Jornot sera l'élu ! ». La journaliste se demande si un policier peut livrer un avis politique sur un site internet d'accès public sans déroger à son devoir de réserve. Elle qualifie encore ce billet de plaidoyer en faveur du candidat Olivier Jornot tout en admettant que ce blog est tenu par un citoyen, pas un policier.

 

Interpellé par la journaliste, le DSPE observe que votre serviteur « flirte avec le code », alors que la direction de la police, qui partage cet avis, relève « qu'il ne dévoile pas d'informations sous le sceau du secret professionnel et ne prend pas position sur des affaires de police ».

 

En conclusion, cette gentille pigiste en mal de scoop qui m'a téléphoné hier soir avant parution, ne retire que de notre très longue discussion partagée sur le sujet que le fait que « je chatouille et que deux cadre sont venus me voir pour me demander de changer mon blog ... ».

 

C'est là ou je m'énerve, car sous prétexte de créer la polémique, cette scribouillard en oublie mes mots accordés lors de cet entretien téléphonique et sort ainsi du contexte mes phrases.

 

Donc, afin de remédier à ce manque d'informations, d'investigation, motivé par la recherche d'un scoop, de sensationnel, de fait divers pas divers, d'un scandale ou d'une nouvelle polémique, je vous livre mes réponses accordées ;

 

  1. Je m'exprime sur ce blog en qualité de citoyen, pas de policier.
  2. Je parle de nombreux sujets, même si la sécurité, la police, la justice et la politique sont des thèmes de prédilection.
  3. Lors de la rédaction de mes billets, je n'utilise jamais des informations dont je dispose professionnellement, j'effectue des recherches sur papier ou le net afin de m'assurer que celles utilisées sont publiques.
  4. Mes billets sont rédigés à la maison, le soir et ne m'entravent pas dans mon travail.
  5. Mon blog est apolitique sachant que j'égratigne ou congratule tous les partis de manière générale, selon le thème, l'actualité, les sources et mes ressentis.
  6. Certain de mes écrits ont rencontré un certain succès, d'autre pas, mais il est rare que je laisse indifférents les lecteurs.
  7. Je dérange, je chatouille certes, je critique, de propose, je m'exprime, j'écris, j'émeus parfois, je participe à la vie de la blogosphère et au développement de notre environnement sociétal en utilisant la liberté d'expression, de réflexion, d'idées et d'écriture.
  8. Mes billets ne sont pas que négatifs, car la critique se veut parfois positive. Comme citoyen, n'ai-je pas pris la défense de la Cheffe de la police alors attaquée au sujet de Schengen-Dublin, comme citoyen n'ai-je pas félicité l'ancien président du DI et le Conseil d'Etat pour sa prise de position dans l'affaire Kadhafi, comme citoyen n'ai-je pas encouragé la présidente du DSPE lors de sa campagne électorale.
  9. J'ai trois blogs sur la TDG, le premier « Minet » était un lien important lors de ma présidence à l'UPCP. Alors représentant des gendarmes, ce moyen d'expression a été utilisé avec force et détermination, avec des propos et une écriture différente, un outil de révolte syndicale qui a aussi engendré des réactions politiques et professionnelles vindicatives, procédures réglées depuis, tout en sachant que ce blog est fermé (une seule parution cette année sur le thème du 11 septembre 2001).
  10. Le deuxième est celui qui nous occupe, rédigé par un habitant de La Croix-de-Rozon, avec un regard extérieur, nullement rattaché à la police à travers sa signature, comme tout citoyen pourrait  l'avoir à travers son vécu, ses expériences, sa vision du monde, ses qualités d'habitant et d'électeur.
  11. Le troisième est anonyme et émis sous un pseudo, rédigé sous une autre forme d'écriture, d'observation, d'analyse, une approche différente de la vision du monde, des hommes et de Genève, tel un essai.
  12. Enfin, pour enrayer toute polémique, en aucun cas il ne m'a été demandé par des cadres de la police de changer mon blog, surtout en lien avec mon dernier billet, qui n'est en aucun cas un plaidoyer pour le candidat Jornot mais une analyse politique, même s'il est vrai que deux cadres m'ont approché, à titre personnel probablement, durant cette année pour m'indiquer que mon blog n'était qu'un outil maladroit et préjudiciable à la profession selon eux. J'en ai pris note, ils ont entendu ma réponse et mes écrits perdurent comme avant, en ma qualité de citoyen, pas de policier.

 

En conclusion, même si je venais à m'exprimer en qualité de policier dans un de mes écrits, je le ferais probablement sans critiquer mes chefs, ma hiérarchie, les décisions prises, les affaires en cours, les politiques menées, les personnes élues et/ou mon employeur, respectant ainsi le devoir de réserve nécessaire.

 

Donc, pour en terminer, vous constaterez que la journaliste de la TDG avait de quoi étayer son article, au demeurant intéressant et qui concerne toute la fonction publique et le devoir de réserve, mais visiblement et comme souvent les raccourcis les plus courts sont également les moins riches en informations, ce qui est regrettable.

 

Le travail d'investigation a disparu du journalisme moderne, poussé par les rédactions à produire tout et n'importe quoi. Il est dommage de voir mourir une profession qui demeure l'un des plus beaux métiers d'une démocratie où les libertés d'expression et d'information se doivent d'être garanties.

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

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Commentaires

Vous parlez de Mabut?

Écrit par : fantasy | 19/11/2011

Non, ce n'est pas lui l'auteur de ces billets, peu importe la signature, c'est le contenu qui n'est pas bon, comme pour mon blog parfois ;)

Écrit par : Walter Schlechten | 19/11/2011

Félicitations Walter. Très bonne mise au point. Continue à t'exprimer c'est le droit des citoyens de ce pays.

Écrit par : Ivan Skyvol | 19/11/2011

Bravo Monsieur Schlechten, vous êtes tout simplement admirable et ce billet comme bien d’autres vous honorent !

Vous avez un véritable talent de journaliste, peut-être même le talent d’un vrai journaliste d’investigation, un « fouille-merde » qualificatif que vous vous êtes vous-même attribuer dans votre papier du 18 août dernier.

Pour être journaliste, il n’est pas forcément nécessaire d’être « formaté » dans une école de journalisme.
Edwy Plenel était inspecteur de police à Lyon avant de se lancer dans le journalisme jusqu^à devenir directeur de rédaction au journal « Le Monde » puis cofondateur du média électronique « Mediapart ».
Monsieur Schlechten, ne seriez-vous pas tenté ?

PS – il n’y a aucune ironie dans ce commentaire. Je dis cela parce que souvent j’utilise l’humour, l’irrévérence et parfois même un peu d’agressivité, ça n’est pas le cas ici.
Benoît Marquis

Écrit par : Benoît Marquis | 19/11/2011

M. Marquis,

Merci pour votre mot, il m'aide à continuer à écrire, à déposer, à exister par l'expression simple et sincère.

Pour vous répondre, il m'arrive parfois de rêver de prendre une année sabbatique afin de faire un stage avec M. Decaillet, juste pour apprendre, observer, évoluer, me libérer aussi, mais ce n'est qu'un rêve de liberté qui ne se réalisera pas, en tout cas pas ainsi, car liberté je retrouverai dans 9 ans, pour un autre chemin, une autre vie, d'autres écrits aussi si la vie me l'autorise, en toute liberté.

Meilleurs messages, Minet.

Écrit par : Walter Schlechten | 19/11/2011

Il n’est jamais trop tard pour bien faire M. Schlechten, beaucoup de journalistes ont commencé sur le tard sans formations particulières et ils n’ont pas à envier les plus jeunes.

Ils n’ont pas la déformation de la formation si je puis dire.

Ils n’ont pas non plus à subir les pressions de groupes de presse (autocensure) s'ils pratiquent ce noble art, car s’en est un, dans un média hors de la coupe des publicitaires, corporatistes et chapelles politiques.
Il faut admettre que ce type de média est rare, de plus en plus rare même. Mais il subsistera tant qu’il y aura des hommes libres, ouverts et honnêtes.

Comme dit le « Canard Enchaîné » : la liberté de la presse ne s’use que si on ne s’en sert pas !

Bonne continuation.
Benoît Marquis

Écrit par : Benoît Marquis | 19/11/2011

Monsieur Schlechten,

je ne suis pas toujours 100% d'accord avec vos billets, mais je trouverai que ce serai une perte pour la communauté de ne plus bénéficier de vos éclairages.

Concernant le poit 7 :"j'émeus parfois...". Je me souviens de quelques billets sociétales ou sur un personnage âgé de votre connaissance qui était décédé qui était forts touchants.

Quant à la façon de faire de certains journalistes, je pense qu'effectivement le terme fouilles m...es le sied comme un gant.

Tellement de jolies enquêtes ne sont jamais réalisées, de tabous ne sont pas touchés comme dans le cas de l'immigration délinquante, du remplacement du peuple suisse et de ses religions ancestrales par d'autres pompant les finances de notre Etat en subventions, de l'abandon financier de nos handicapés au profit de personnes en bonne santé, mais qui comme venue d'ailleurs apportent des couleurs et diverses poudres à notre faune, etc...

Écrit par : anonyme | 20/11/2011

@ Minet

Vous sous-estimez les inconvénients liés à l'inaccessibilité au public du poste de la gare Cornavin. Il s'agit tout de même de la gare principale de Genève.

Certes, notre police doit, au vu des ses effectifs limités, se concentrer non plus sur l'essentiel, mais sur le plus essentiel. On ne peut rien lui reprocher. Ce qui ne veut pas dire que l'on ne peut pas reprocher à l'Etat de ne pas faire mieux.

Unique solution : plus de policiers. J'ai déjà fait part de mes observations quant à l'impasse du processus de recrutement actuel, qui ne permet pas de recruter assez de policier, notamment de gendarmes. Les solutions que j'ai proposé vous font doucement marrer. Quelles sont les vôtres ? Votre silence est assourdissant. En tous les cas, le cas en question n'invalide pas l'idée d'une police touristique, dont le recrutement aurait le grand avantage de ne pas faire concurrence au recrutement des gendarmes.

A quand une HES pour les policiers ? La police le vaut bien !

Écrit par : CEDH | 21/11/2011

Attention de ne pas trop dire de vérités sur le blog du "libre" censeur fou !!!

Écrit par : Corto | 21/11/2011

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