06/02/2012

Un amour infini est né !

 

Dimanche matin, cinq heures moins le quart, la femme que j'aime me réveille.

 

-   Ton père vient d'appeler, il cherche à te joindre sur ton portable mais n'y arrive pas, il dit que ta maman ne va pas bien.

 

Je sursaute et vérifie mon téléphone que j'avais pourtant laissé à mes côtés. Un appel en absence effectivement,  il y a deux minutes, mais émanant du Natel de Maman. Pris d'une angoisse profonde je rappelle immédiatement ce numéro. Alors que la sonnerie retenti, je pense à elle, me dit qu'elle est mal, qu'elle n'arrive pas à joindre mon père, qu'elle m'appelle. Sa dernière nuit avait été pénible, elle doit souffrir à nouveau. C'est mon père justement qui décroche. Sa voix est calme mais rauque, je le devine un peu perdu.

 

-         Maman va très mal, elle a fait une hémorragie cette nuit, peux-tu venir ?

-         J'arrive, mais où êtes-vous ?

-         A Beau-Séjour, où maman est hospitalisée.

-         J'arrive tout de suite papa.

-         Ne te met pas sur le toit, c'est verglacé.

-         Non, non, mais je viens tout de suite.

-         Tu devras rentrer par les urgences, derrière le bâtiment car la porte d'entrée principale est fermée la nuit. Il y a un interphone tu verras.

-         Je vois très bien où c'est, j'arrive.

 

Ils sont à Beau-Séjour. Elle y est entrée il y a trois jours en attente d'une radiothérapie, dernier acte possible face à l'avancée de la maladie. Alors que j'enfile un pantalon, un t-shirt, un pull, les idées se bousculent en moi. Je les ai quittés hier soir peu avant la fin des visites, elle était angoissée, elle appréhendait la nuit mais comme tous les soirs depuis dix jours. Je me revois l'embrasser et lui dire à demain. Je me revois lui faire un signe de la main.

 

Clefs en main je cherche mon porte-monnaie. Ma douce et tendre me devine affolé, elle comprend que quelque chose en va pas, me dis qu'il est posé au salon et m'embrasse avec passion, elle me demande encore de la tenir informée. Je devine sa grande compassion sur son visage.

 

Je l'embrasse et sans trop savoir pourquoi la remercie sincèrement de m'avoir réveillé, d'avoir entendu le téléphone, mais au fond de moi je sais qu'elle vient de me laisser une chance de voir ma mère une dernière fois. Des semaines que je dis à mon père de m'appeler si problème il y a, et cette nuit je n'ai pas entendu le vibreur de mon portable, un comble.

 

Personne sur la route, mais elle est dangereuse alors je reste prudent, même si en moi un tic-tac biologique me dit de ne pas perdre de temps.

 

Voiture garée, je sonne à l'interphone. Le gardien de nuit me répond et ouvre la porte à l'énoncée de mon nom de famille, comme s'il attendait mon arrivée. Je prends l'ascenseur et machinalement j'appuie au deuxième, où se trouve sa chambre. Je regarde si un autre étage annonce des salles de soins, un bloc opératoire, en vain. La porte s'ouvre enfin sur l'étage. Mon père est là, seul dans le hall, assis sur une chaise. Il se retourne et me regarde. Ses traits sont tirés et il est livide.

 

-         Maman est partie.

-         Partie, mais ....  Décédée ?

-         Oui, il y a quelques minutes, je suis désolé Walter.

 

Le silence qui régnait dans les couloirs à mon arrivée m'envahit soudainement, un bourdonnement me gagne et mes jambes se dérobent. Je dois m'asseoir, je m'affaisse dans un siège.

 

Je ne saurais aujourd'hui vous décrire les instants qui ont suivis, je ne saurais aujourd'hui vous offrir les ressentis partagés, je ne saurais aujourd'hui vous emmener avec moi dans ce voyage partagé en famille, je ne sais même pas si j'en ai envie.

 

Je vous dirais simplement que je l'ai embrassée longuement, que je l'ai veillée durant cinq heures, que j'ai partagé avec elle quelques musiques au pied de son lit, que j'ai dit à mon père que je l'aimais, que j'ai pleuré, que depuis une brûlure indéfinissable me serre l'estomac, que j'ai beau me dire que c'est une délivrance pour elle, mais rien, non rien ne vient adoucir ma peine, ma tristesse, mes sanglots.

 

A toi ma sœur en larmes, je t'offre mon amour, mon courage, mon cœur et mes bras.

 

A toi mon père, toi qui a été si digne et aimant avec elle, qui l'a accompagnée jusqu'à la fin avec tout l'amour du monde, je t'offre mon amour, mon écoute et surtout mon épaule pour que tes larmes s'y déposent.

 

A toi maman, je te promets que je vais m'occuper d'eux, que je vais garder en moi tes sourires, tes je t'aime, la douceur de ta peau et la sérénité de ton visage. Je vais surtout te dire merci, merci d'avoir été là, merci d'avoir lutté avec courage, merci de m'avoir montré le chemin de l'amour, de celui d'une mère qui sera resté protecteur jusqu'au bout pour sa famille. Tu nous as donné la vie, tu nous as offert la tienne.

 

Repose en paix, car je te sais maintenant libérée et, depuis cette nuit, une étoile de plus brille au ciel, car un ange hier matin y a rejoint les lumières éternelles, car ni l'amour, ni le courage n'auront suffi à vaincre la maladie.

 

« On t'aime à l'infini Maman »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

 

05:55 Publié dans Femmes, Lettres, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook

Commentaires

De tout coeur avec vous.Nous voudrions éternels les êtres que l'on aime.Ils le sont quelque part. Courage.

Écrit par : mauro poggia | 06/02/2012

Touchantes, émouvantes, lucides. Tels sont les mots qui me viennent à la lecture de ces lignes. Comme un certain président, je crois aussi aux forces de l'esprit et suis persuadé qu'elle vous voit, qu'elle est présente, de là où elle est.

Force et courage, je vous souhaite, pour affronter ces moments douloureux.

A vous, votre famille et vos proches, j'adresse mes sincère condoléances.

Écrit par : Fabiano Forte | 06/02/2012

J'aime assez le dernier vers de ce formidable "Hymne à l'amour" de Piaf :

Dieu réunit ceux qui s'aiment.

Écrit par : Jean Romain | 06/02/2012

"Ma maman, c'est une maman, comme toutes les mamans, mais voilà c'est la mienne"
Solidairement et cordialement avec vous.
p.l.

Écrit par : pierre losio | 06/02/2012

Magnifique texte qui vous honore, mais surtout qui honore la relation de famille qui a prévalu dans ces derniers moments pénibles et difficiles.
La perte d'un être cher est toujours une épreuve mais lorsque l'écrit permet de transmettre un aussi beau message, il est ressenti au-delà de sa propre sphère de famille
Toute ma sympathie à vous et aux vôtres

Écrit par : tempestlulu | 06/02/2012

Ceux et celles qui ont déjà vécu ce passage ne peuvent que se sentir touchés par votre texte.
Et les souvenirs remontent.
On croit y être préparé, on accepte avec sa raison, mais une fois devant le fait accompli, il y a une révolte et une douleur inimaginables.
Vous avez réussi à écrire ce texte, dans ces circonstances, et cela nous permet de partager votre peine.

Écrit par : Calendula | 06/02/2012

Toute ma sympathie, Walter. Un pénible moment à endurer, j'ai passé par là il a a exactement quatre ans.

Courage

Écrit par : Cramia | 06/02/2012

Au-delà du chagrin, avec le temps qui passe, vous sentirez toutes ces choses merveilleuses que votre Maman vous a laissées en héritage. Et vous serez surpris de la sentir toujours si vivante, si proche de vous. Parce qu'une mère ne meurt jamais, elle s'éloigne gentiment et elle continue à vivre à travers tout ce qu'elle vous a transmis et tout cet amour qu'elle vous a communiqué ; éternellement vivante !

Écrit par : djemâa | 06/02/2012

Mes condoléances Minet.

Écrit par : Victor Winteregg | 06/02/2012

Très bel hommage.
Toutes mes condoléances

Écrit par : bidouille | 06/02/2012

Courage. http://www.dailymotion.com/video/xn83x

Écrit par : Djinius | 06/02/2012

Très beau texte.

Vous ne me connaissez pas, mais toutes mes condoléances.

Écrit par : anonyme | 07/02/2012

Condoléances.

Écrit par : Loredana | 07/02/2012

Rien ne peut exprimer ce vide que nos proches laissent,en traversant,pour rejoindre l'infini.Nous sommes désemparés ,parfois révoltés ,mais nous n'avons pas d'autre choix qu'accepter,courage,ton texte est magnifique .Amities Viviane

Écrit par : Ribotel Viviane | 07/02/2012

Je ne peux m'empêcher de penser que tous vos textes sont une belle et durable émanation de votre maman. Condoléances.

Écrit par : CEDH | 08/02/2012

L'âme de votre maman était si belle qu'elle transparaît dans votre regard... Que d'amour dans leurs coeurs qui s'imprègne dans les nôtres. Le mien de coeur souffre pour vous et vous adresse ces quelques mots qui ne sont pas consolation. Mes sincères condoléances.

Écrit par : Lotis | 10/02/2012

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