04/06/2012

Journal La Cité, no 18 du 25 mai 2012 et « Comment la police genevoise trouble l’ordre politique »

Article très intéressant paru dans le bimensuel précité, il m'interpelle.

En première lecture, j'y devine un billet rédigé par une journaliste qui avait décidé de prendre du recul, une analyse honnête sur le conflit qui oppose depuis plusieurs années le Conseil d'Etat et les syndicats de polices.

Des sources diverses et des prises de positions qui permettent de dessiner le tableau des relations engagées entre un employeur et les représentants des personnels policiers.

Un historique important qui détermine la nature des relations antagonistes qui nourrissent aujourd'hui encore les débats.

Seule ombre au tableau, l'investigatrice se perd et s'éloigne de son analyse initiale, pourtant la première à ma connaissance qui cherchait à comprendre sur quelles bases s'étaient construites les relations entre le Conseil d'Etat et les syndicats de polices. Elle ne va pas au bout des choses et ne découvre ni les explications causales, ni les comportements, les attitudes et les préjugés qui encore aujourd'hui nourrissent ce conflit. Dommage, elle n'était pas si loin des réponses.  

Par contre, elle dessine un rapprochement analytique qui lie les syndicats de polices et le MCG, comme une évidence, comme un leitmotiv, comme si la véritable thématique de son article était en finalité celle-ci. Dommage encore, car en liant le politique au syndicalisme elle fait fausse route.

Si convergences ils y a, elles portent sur une amélioration de la sécurité et le nombre nécessaire de policiers, voire des personnels administratif, mais les discours ne sont pas les mêmes.

Le premier, politique, se veut provoquant et réactif, populiste parfois mais correspondant probablement au ras-le-bol de la population genevoise, et de nos policiers. Trop de cambriolages, trop de vols, trop de délits impunis, trop de récidive, trop d'insécurité. Une démarche politicienne et électoraliste, certes mais une démarche qui n'implique que le parti qui revendique ce discours. Libre à lui de viser son électorat, de s'identifier à un métier, aux besoins des hommes et des femmes qui le pratiquent, mais le lien s'arrête là.  

Le deuxième, syndicaliste, se veut participatif toujours, impulsif quelquefois, réactif parfois mais créatif souvent car allant dans le sens des préoccupations des policiers. Les représentants des personnels policiers ne demandent, et ceci depuis des mois, voire même des années, à n'être considérés que comme des partenaires et les représentants légitimes des employés de police. Toute modification législative qui impacte les conditions de travail des policiers (horaires  travail de nuit  congés  vacances  statuts  retraite  plan de carrière  formation - salaires  indemnités) se doit d'être partagée, discutée et validées à l'issu d'un débat constructif. La négociation devient alors parfois la solution en cas de conflit, mais bien souvent les échanges ouverts et constructifs devraient suffire à eux-mêmes.

Reste à savoir qui surfe sur quoi. Je devine le politique et un MCG qui saisi la balle au bond et rebondi sur des thématiques sécuritaires. Un discours qui certes peut plaire aux policiers, mais un discours n'est pas une politique, ni un choix démocratique issu des idées, des idéaux.

Longtemps les instituteurs et les professeurs ont été défendus par les socialistes, et pourtant là personne n'y trouvait à redire alors que tout le personnel du DIP ne vote pas pour le PS.

Un amalgame des thématiques dangereux car il crée le lien, un lien qui n'existe pas fondamentalement, statutairement, syndicalement. Seul le rapprochement entre quelques élus du MCG et leur profession peut venir nourrir un tel raccourci, mais c'est oublier bien vite que d'autres policiers sont engagés dans différents partis politiques. Une diversité politique qui est une richesse car elle autorise le débat pluridisciplinaire des idées et ouvre des perspectives pour l'avenir.

Deux questions manquent à cet article, tout comme leurs réponses :

  • Pour quelles raisons les syndicats de polices font-ils peur aux pouvoirs politiques, ces peurs sont-elles fondées ou simplement issues d'une méconnaissance des volontés d'engagement des représentants syndicaux qui, en première instance, ne recherchent que le dialogue qu'on lui refuse ?

 

  • Pour quelles raisons autant de policiers se lancent en politique depuis six ans, qu'est ce qui motive ces employés d'Etat, fonctionnaires d'autorité, à vouloir devenir actif en politique en lieu est place de rester réactif dans un système étatique qui ne les reconnaît plus et qui ne trouve pas les solutions aux problèmes sociétaux et sécuritaires ?


Ces questions feront l'objet d'un autre blog, d'une réflexion plus profonde, d'une analyse personnelle mais si vous avez déjà des réponses c'est que vous aussi vous êtes habités par les mêmes doutes que nos policiers !  

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

 

Commentaires

Si je puis me permettre, Minet, il y a bien un danger, dans le rapprochement d'un parti politique, par ailleurs souvent extrême dans ses positions, avec les représentants syndicaux d'une profession. A fortiori lorsque la profession est armée, chargée du maintien de l'ordre et détentrice d'une forte capacité de blocage, dont elle ne se prive pas d'user à l'occasion.
On a vu à moult reprises dans l'histoire des mouvements syndicaux spécifiques, utilisés par des mouvements politiques de gauche ou de droite. Les syndicats de camionneurs contre Pinochet au Chili, les syndicats de cheminots dans la résistance française, etc.
De même, il y a bien un problème dans le fait que la majeure partie des enseignants soient de gauche, donc représentants en gros d'une MOITIE de la société, car il est évident qu'en marge d'un programme officiel, ils ont un accès facilité aux cires plus ou moins malléables de TOUTES nos chères têtes blondes.
Tout est affaire de proportions. L'endoctrinement dans nos cycles et collèges (ou écoles primaires) n'a rien à voir à ce qu'il a pu être chez les Hitlerjugend ou chez les Komsomol de Staline. Je ne m'attends pas non plus à un putsch de nos gendarmes, montant à la Tour Baudet l'arme au poing, même sous la houlette de qui l'on sait, insatisfait de sa non-élection. Je connais effectivement suffisamment de policiers républicains pour écarter définitivement ce fantasme. Mais il y a endoctrinement dans nos écoles, c'est certain, de même qu'il y a utilisation du pouvoir de blocage (et d'information) de la police au profit d'une force politique partisane. Je sais, vous savez, nous savons que des informations confidentielles ont été transmises au leader du MCG par des policiers, qui les a utilisées. Parfois avant même que la hiérarchie ne soit informée. Le leader en question s'est d'ailleurs vanté de pouvoir utiliser ce biais (si par malheur il était élu) pour contraindre le CE à lui confier la police, sous peine de ridiculiser systématiquement sa responsable en cas contraire. Cela n'est pas tolérable. Ou alors c'est que je ne comprends rien au mode de fonctionnement d'une chaîne de commandement républicaine et au secret de fonction.
Pour le reste, si j'étais conseiller d'Etat, évidemment que je chercherais à entendre les suggestions et les récriminations des policiers. Sans pour autant y donner forcément suite automatiquement. Ce n'est pas à la police de dicter sa conduite à l'Etat, même en matière de sécurité. Sinon l'on vivrait sous un régime d'état policier, ce que personne ne souhaite réellement. De même que ce n'est pas aux enseignants de définir seuls les programmes scolaires. Ceux-ci doivent correspondre à ce dont la société a besoin et peut payer, à ce que les parents attendent pour leurs enfants et à ce que les pédagogues estiment supportable par les mouflets. Entre autres. La résultante sera forcément un compromis.
Si les policiers ont le sentiment de n'être pas du tout entendus, c'est effectivement un échec. En même temps, il faut comprendre que Genève ne sera plus jamais le village qu'elle a été et qu'elle a dorénavant durablement des problèmes de grande ville, dans un monde en profonds bouleversements. Mais les policiers et leurs syndicats doivent se rendre compte qu'il y aura forcément des arbitrages et que le résultat sera forcément une résultante.
La situation me fait un peu penser à celle des taxis qui se plaignent régulièrement de n'être pas entendus. Ce qui est sans doute le cas. En tant que professionnels, ils ont un avis, des propositions sur la manière de gérer les transports urbains. Mais aussi des intérêts financiers à défendre, à priori contradictoires avec ceux de leur clientèle, représentée de fait par les autorités. Chacun voit midi à sa porte, défend son steak, mais l'intérêt commun, c'est que les choses fonctionnent. Le bon compromis est celui qui permet à chacun de sortir la tête haute et au système de continuer à fonctionner au mieux. Pour cela, chacun doit apprendre à lâcher du lest. Tout le contraire de ce que prétend faire le candidat MCG, entre parenthèse, qui n'a d'ailleurs jamais, de toute sa vie, prouvé de quelconques talents de gestionnaire ou de négociateur. Si le job de Conseiller d'Etat consistait à courir aux fesses des malfrats pour les plaquer et leur passer les bracelets, sans doute que Stauffer ferait merveille, encore que sa condition physique actuelle serait sans doute à revisiter. Mais Conseiller d'Etat ce n'est pas cela. Syndicaliste non plus. Et la République n'a nul besoin d'avoir un représentant des syndicats au Conseil d'Etat. D'aucun syndicat d'ailleurs, qu'ils soient patronaux, enseignants, policiers, immobiliers ou autres...

Écrit par : Philippe Souaille | 04/06/2012

Monsieur Souaille sur ce coup là je suis d'accod avec vous. Les policiers ne sont pas là pour faire de la politique même par personne interposée. S'ils doivent être respectés et défendus dans leurs activités ils n'en restent pas moins des serviteurs de l'ordre publique. Si certains parmi eux semblent avoir trop d'hormones à utiliser alors qu'ils en fasse usage dans leurs missions et non pas dans des revendications incessantes. Entrer dans la police c'est un choix et pas une obligation. J'espère que leur prochain magistrat saura être le chef dont il ont besoin. La psychologie à ses limites.

Écrit par : norbertmaendly | 05/06/2012

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