19/07/2012

"Les orphelins de la République"

 

"Bientôt un mois que notre directrice d'école nous a quittés, elle a repris un autre établissement, plus social, moins turbulent, comme si nous n'étions que des cancres. Notre nouveau directeur, lui, on ne l'a pas encore vu. Il vient d'une institution municipale, il a de l'expérience et il est assez jeune, c'est tout ce que l'on sait de lui. Il paraît que ses anciens élèves étaient satisfaits de lui quand il était là, mais qu'ils sont contents qu'il ait bénéficié d'une « promotion », comme quoi.

 

Nous, on est un peu orphelin, on cherche nos repères, on se raccroche à nos valeurs, on traîne dans les couloirs à la recherche du temps perdu. Faut dire que c'est les vacances, et si l'établissement reste ouvert pour les « universités d'été baptisées Phénix », nous on aimerait bien savoir ce qui va se passer à la rentrée des classes.

 

Faut dire que ces derniers mois ce n'étaient pas simples. Tous les profs ne savaient plus sur quel pied danser, ni sur quel pied nous faire valser. Tous étaient en attente des directives pour l'année en cours, tous étaient dans l'expectative d'une révolution de salle des maîtres qui n'est jamais venue, par manque de budget. Ce qui est étonnant dans tout ça, c'est que jamais personne n'a demandé l'avis des parents, et que si les élèves, bons et mauvais, ont été sondés, nul ne sait ce qu'il a été fait des remarques déposées. Pourtant, les premiers concernés c'est nous, les adultes de demain.

 

Il paraît que les classes devraient être remplacées par des silos, soit. Mais on met quoi dans ces silos, l'histoire et la géo du canton, les additions et les sciences naturelles, le dessin et le sport, le français et l'anglais, aucune idée à ce jour.

 

Nous ne sommes que des élèves, nous sommes sur le chemin de la vie, au carrefour de l'apprentissage de la misère humaine, de la valeur de l'argent, des sacrifices nécessaires à la formation, sans pour autant avoir une garantie sur notre profession future. C'est un peu bizarre comme situation, celle de savoir que notre avenir, et celui de notre société, est entre les mains d'experts qui sont si éloignés des bancs d'écoles que l'on se demande comment ils font pour faire preuve d'empathie, pour deviner nos problèmes, pour anticiper nos angoisses, pour dicter le rythme des leçons alors que nous sommes déjà surmenés par les cours supplémentaires imposés.

 

Au fond, je ne sais pas pourquoi je me fais du souci, ce n'est qu'une réforme comme tant d'autres, ce n'est qu'une page de l'histoire des Institutions qui se tourne, où comme souvent le mieux est bien souvent l'ennemi du bien, où comme souvent l'année des hannetons fera la différence.

 

Reste pourtant à découvrir notre nouveau directeur, il va faire le tour des classes et rencontrer les profs, et surtout les élèves. Comme quoi, si nous nous n'allons pas à eux, les adultes viennent un jour à nous. Alors peut-être ne serons-nous plus orphelins de la République, alors peut-être devinerons-nous l'avenir que se présente à nous, alors peut-être nous écouteront-ils."

 

 

«L'encre d'un écolier est plus sacrée que le sang d'un martyr.»

de Mahomet.

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

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