29/07/2012

Devoir de réserve et semi-liberté !

 

Curieuse semaine qui vient de se terminer, avec un contraste impressionnant à travers le traitement de l'information, où médiatiquement et politiquement les paroles des uns ont plus d'importance que celles des autres, où celui qui dénonce au-delà de son devoir est lynché alors que celui qui attise la haine est resocialisé.

 

  • Jeudi, 20Minutes titrait : « Inadmissible » dérapage verbale d'un policier.

 

  • Vendredi, Le Matin titrait : Il sort de cellule pour son concert.

 

- Dans le premier billet, on nous explique qu'un agent de la police genevoise, affecté à la centrale d'appel d'urgence, a répondu de manière inadmissible et inappropriée à l'appel d'un citoyen qui venait d'être victime d'une tentative d'agression.

 

En résumé, ces quelques paroles sont retranscrites :

 

« Si vous n'êtes pas content, il ne faut pas élire n'importe qui. (...) Le jour où l'on donnera à la police les moyens d'agir, on agira. En attendant on préfère développer les TPG. Alors, voilà ce qui arrive. »

 

Afin de vous faire une idée plus précise, vous pouvez retrouver l'ensemble de cet échange sur le blog du citoyen victime de la tentative d'agression, M. Alexandre Jöhl, par ailleurs vice-président des jeunes PLR, qui dénonce ces faits.

 

http://paroles.blog.tdg.ch/archive/2012/07/24/t-as-une-ci...

 

- Dans le deuxième article, on nous raconte qu'un rappeur vaudois, Astreet, actuellement en semi-détention à Lausanne pour une affaire datant de 2009, va sortir de prison pour participer à un concert de hip-hop. Il y chantera notamment son titre phare « Sale Schmitt ».

En résumé, voici quelques paroles de ce morceau artistique :

« Le corps d'un flic mort, voilà ce qui hante mes rêves. Je veux tous qu'ils crèvent, moi. J'ai envie de leur faire mal. »

Afin de vous faire une idée plus précise, vous pouvez retrouver le clip de cet artiste sur le lien du journal qui relate ces faits.

http://www.lematin.ch/faits-divers/sort-cellule-concert/s...

 

  • Dans le premier cas, le policier est assujetti au devoir de réserve, tient des propos jugés « inadmissibles » et sera probablement puni. Le politique s'insurge contre le comportement du policier.

 

  • Dans le deuxième cas, le rappeur sort de prison au bénéfice d'une permission, tient des propos qui ne sont pas condamnés et ne sera probablement jamais sanctionné. Le politique se tait, tolère le comportement du rappeur.

 

Nous vivons une époque formidable, vous ne trouvez pas .... Au fait, vous n'auriez pas une cigarette, c'est pour un ami qui veut arrêter de fumer !

Walter SCHLECHTEN, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

Commentaires

Excellent billet. Bravo.

Écrit par : Pascal Décaillet | 29/07/2012

Il y a effectivement de quoi s'interroger sur le fonctionnement de nos institutions. Malheureusement, ce qui détermine la plupart du temps l'action des politiques, ce n'est pas la réalité des faits, mais leur visibilité. Parions que votre dénonciation va amener certains à s'émouvoir.

Écrit par : mauro poggia | 29/07/2012

Je comprends votre désappointement.

Je pense que l'on demande plus à un représentant de l'Etat qu'au citoyen lambda. A tort ou à raison? Je ne sais pas. Le policier au téléphone a émis un sentiment personnel, peut-être en avait-il ras-le-bol de tant d'appel où il sait qu'il n'a pas les moyens d'intervenir. On peut le comprendre, mais il a débordé de sa fonction.


Pour le rappeur, sa chanson devrait lui valoir une accusation d'incitation à la haine ou quelque chose d'approchant. Il se plaint d'avoir été une fois brutalisé par des policiers. Mais on ne sait pas ce qu'il avait fait ni comment cela s'est passé. Quoi qu'il en soit il déborde au combien plus. Sa chanson fait de lui un agresseur, qui plus est qui va répandre cela auprès de jeunes gens. Pas acceptable.

Écrit par : hommelibre | 29/07/2012

faut former l'Association de Soutien aux Autorités Publiques (l'ASAP)
qui en a besoin
pour négocier du côté d'un champ occupé par une soixantaine de caravanes de "gens du voyage"
le 1er article de l'ASAP serait: sachez faire votre boulot.
le 2me article: faites-le.
le 3e: la paye viendra si l'art 1 et 2 sont appliqués.

Écrit par : Yena Mar | 29/07/2012

Avant de lire les commentaires ci-dessus, ce même sentiment: "Je comprends votre désappointement!", m'est venu à l'esprit...

Sûr, que nous sommes bon nombre à partager les mêmes pensées dans l'ambiance de cette société qui se délite...

Pour ce qui est de la première observation, j'ose espérer qu'avec Pierre Maudet au Conseil d'Etat, les priorités de la police seront redéfinies avec un "accent grave" sur la question de la sécurité des personnes et des biens.
Pour l'anecdote, en Valais, dans l'affaire des gitans, il y avait bien des effectifs de police... mais pour protéger des intrus et en passant humilier des citoyens lésés. Alors, il faut bien comprendre, que ce schéma, le citoyen, il en a marre!

Dans le cas du rappeur, il semble - du moins c'est ce que l'on nous claironne -, que la prison, hormis son rôle de protéger la société des malfaisants, a aussi mission de réinsertion. Dès lors que ledit pensionnaire ne montre d'aucune manière une quelconque volonté de rédemption, on ne voit pas pourquoi il bénéficierait d'une permission pour aller troubler l'ordre public. Ce n'est pas acceptable.

Ici, dans les deux cas, on se trouve dans une situation déconcertante où l'"autorité" (on ne sait plus laquelle), a posé volontairement ou non les plaques.

Et ici ce qui fait froid dans le dos:

Les propos d'Eric Werner(*) sur l'insécurité

«On croit volontiers que l’insécurité est toujours et néces­sai­re­ment en elle-même une calamité. Mais c’est là une vue par trop étroi­te du problème. En réalité elle joue un rôle important dans le maintien de la stabilité du système. Elle concourt utilement par exemple à dé­mo­raliser les populations, et par là même aussi à les convaincre de la va­nité qu’il y aurait à vouloir s’opposer au “sens de l’histoire” (tel que le définissent les autorités). On pourrait dire aussi qu’elle a une fonc­tion rééducative. Elle achève de réduire les individus à l’impuissance et de les mettre dans l’incapacité de ne rien entreprendre contre la no­menklatura en place. Bref, c’est un instrument efficace de contrôle so­cial. On lui est redevable de soustraire les autorités aux désa­gré­ments liés à une hypothétique et toujours aléatoire contestation ve­nue de la base. On comprend dès lors le soin tout particulier qu’elles mett­ent à la laisser se développer comme elle le fait. Elles ne disent na­turellement pas qu’elles sont pour l’insécurité (non quand même), mais elles ne s’emploient pas moins à la favoriser discrètement. L’in­sécurité a parallèlement encore une autre fonction péda­go­gi­que: celle d’habituer progressivement les populations à l’ab­sence de droit. La croyance en l’existence du droit n’a en effet de sens que dans un Etat de droit. Dans un Etat qui n’ est pas de droit ou l’est de moins en moins, parce que les autorités elles-mêmes en pren­nent de plus en plus à leur aise avec le droit (quand elles n’en vien­nent pas purement et simplement, comme c’est souvent le cas, à se mettre au-dessus du droit), une telle croyance perd évidemment tou­te raison d’être. A la limite même, elle pourrait passer pour sub­vertige.»


(*) Eric Werner est philosophe et essayiste suisse, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur ès Lettres et ancien professeur de philosophie politique à l’université de Genève. Il est l’un des analystes les plus lucides sur l’époque contemporaine.

Écrit par : petard | 07/08/2012

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