21/08/2012

Responsabilité des baigneurs en aval, responsabilités politiques en amont !

 

L'été et les grandes chaleurs sont propices à la baignade.  Que ce soit en piscine, en lac, en fleuve ou en rivière, un danger permanent demeure, celui de la noyade, de l'accident.

 

Bains des Pâquis, Baby Plage, pont Sous-Terre ou pointe de la Jonction, l'eau y est rafraîchissante, l'ambiance y est festive mais l'inconscience y est perceptible.

 

En rentrant ce soir, comme usager de la route j'ai descendu le pont de Sous-Terre. Comme tous les jours, des dizaines de jeunes gens, et des moins jeunes, sautaient ou plongeaient du pont. Comme tous les jours, des dizaines de curieux ou des adeptes du bronzage en ponton regardaient ces plaisanciers agir.

 

Et pourtant, chaque fois que je passe là je regarde au loin ces corps gesticulants être emportés en aval par le courant, tel un jeu, tel un rituel. Je ne peux alors m'empêcher de me dire qu'un jour, une fois de plus, accident il y aura et que ce jour là nos élus, responsables de la sécurité de tous, se déchargeront à nouveau sur un règlement, une mise en garde, une parution dans la FAO prônant la responsabilisation des nageurs.

 

Mais ce soir par exemple, de nombreux jeunes sautaient en amont du pont, ce qui est interdit, et pire encore je devinais les sauts de ceux qui, accrochés à la rambarde en aval, se lançaient dans l'eau, sans visibilité, sans appréhender l'arrivée de leurs copains emportés sous le pont.

 

J'ai même vu trois gamins s'enfiler entre les rails de sécurité, écarter le filet de protection en place, et se laisser tomber à l'eau à travers cette ouverture inappropriée et sans visibilité. Tous les éléments étaient ce soir réunis pour qu'une catastrophe se produise, pour qu'une famille se retrouve plongée dans le malheur, avec un proche disparu ou un enfant polytraumatisé.

 

Pas de policier en vue, pas d'agent de la police municipale en vue, pas de travailleur sociaux hors mur en vue, pas de garde faune en vue. Alors, soit il est autorisé de sauter, de plonger, de nager en aval du pont Sous-Terre, soit c'est interdit, mais si autorisation tacite il y a nos autorités doivent alors sérieusement envisager d'y aménager un poste de secours et d'y placer du personnel formé pour une surveillance qui devient obligatoire dans ces circonstances.

 

Mon père, en 1955, sautait déjà de la passerelle qui a précédé la construction du pont, il aimait à nager jusqu'à la pointe de la Jonction. Les enfants du quartier ont tous connu ce grand frison, cette fraicheur des eaux et ce sentiment d'être libre, comme emporté par la nature.

 

Je ne voudrais pas que ce lieu devienne le sanctuaire des souvenirs pour une génération qui n'a plus peur de rien, qui n'a plus le même sens des valeurs que nous, qui joue innocemment avec sa vie sans prendre conscience que nous ne sommes pas dans un jeu vidéo. Je ne voudrais pas que ces eaux fraîches deviennent la dernière demeure d'un ado qui voulait juste faire comme les autres.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

GHI Pont Sous-Terre.jpg

(Photo : archives GHI)

 

 

 

Commentaires

@Monsieur Schlechten, je suis de votre avis mais peut-être aussi que ces jeunes en recherche d'affirmation de soi aient envie de narguer le monde des adultes .Ce monde d'adultes qui ne sait qu'interdire et prétend sauver la nature en la détruisant ,la blessant comme jamais depuis la fin de la guerre pour octroyer à des plus nantis des espaces réservés afin qu'ils puissent se défouler eux en toutes sécurité mais après avoir fait fuir oiseaux et autres animaux .
Alors pourquoi se priveraient-ils de jouer avec la mort,les médias n'ont plus que ça a raconter. Ils imitent le monde les entourant car ils savent comme les plus âgés que plus personne n'a envie de les écouter.Le virtuel tue à petit feu,le nier serait vraiment de mauvaise foi
On a tous été ados avec des coups de folie juste pour imiter les grands en toutes connaissances de cause comme eux cependant il y avait des hommes des vrais comme votre papa qui n'hésitaient pas eux pour intervenir en cas de besoin.Faut pas oublier les nombreux gosses de parents divorcés ,eux n'en ont strictement rien à faire de l'ordre établi par des adultes qui mentent effrontément.Ces moments de révoltes saisonnières leur servent de base pour le futur qui les transformera surtout pour les plus chanceux en justiciers auxquels tous les prédateurs, profiteurs auront à se méfier

Écrit par : lovsmeralda | 21/08/2012

M. Schlechten,
J'ai un peu de peine avec votre argumentaire lorsque vous dites que tous les enfants l'ont fait depuis des décennies, votre père y compris, et que dans la même phrase vous déplorés que les les jeunes d'aujourd'hui sautent du pont.
Pourquoi est-ce plus dangereux aujourd'hui qu'il y a 10,20,30 ou 40 ans? pourquoi faudrait-t-il réprimer ou, au mieux, encadrer, sécuriser,etc. une activité qui fait partie de puis toujours des passe-temps estivals des genevois?
La signalisation est explicite: interdiction de sauter du pont, baignade en aval du pont authorisée à ses propres risques et périls.
Partant de là, chacun doit savoir ce qu'il veut, peut et ose faire. Ce n'est pas à la ville, au canton ou je ne sais pas quoi de prendre les responsabilités pour nous. Ils nous ont mis en garde, à nous, aux parents des enfants, de prendre nos responsabilités.
Quand je me promène en forêt ou en montagne,il n'y a personne pour vérifier que je ne glisse pas, que je n'emprunte pas un passage trop dangeureux, etc. Pourquoi serait-ce différent pour une baignade en rivière?
Il y aura un jour un accident, tant pis pour lui j'aurais tendance à dire. Dramatique, mais il faut avoir conscience de ses actes. La faute à une société qui déresponsabilise le citoyen à force de tout reglementer, tout interdire. Mais ce n'est pas le rôle des autorités d'empêcher les gens de prendre des risques. Ce serait différent si la ville autorisait explicitement de sauter du pont. dans ce cas, la sécurisation serait de sa responsabilité, mais du moment que c'est interdit... il est aussi interdit de se jeter devant un train, pourtant il y a des gens qui le font, pour autant on ne va pas poster un agent de sécurité tous les 100m de voie.

En tout cas, moi je préfère que la police s'occupe des vrais problèmes, et laissent les gamins faire des bêtises, c'est le problème de leurs parents!

Écrit par : David | 23/08/2012

Chaque quartier possède un espace qui remplit la fonction du pont Sous-Terre. Vous pourrez pondre un billet par jour pendant un an.

Comme votre père l'a fait du temps où les jeux vidéo n'existaient pas, votre argument coule à pic.

Et sauter de ce pont, est moins dangereux que vider une bouteille de pinot aux fêtes de Genève puis de prendre le scooter, alors que des fêtards marchent sur la chaussée.

Écrit par : baratelli | 23/08/2012

Cher Minet,

n'est-ce pas un peu facile?
"...un jour, une fois de plus, accident il y aura et que ce jour là
nos élus, responsables de la sécurité de tous, se déchargeront
à nouveau sur un règlement, une mise en garde, une parution dans
la FAO prônant la responsabilisation des nageurs..."

Les élus sont responsables de mettre en place des conditions cadre pour assurer la sécurité, mais il ne sont pas responsables des gens qui violent les interdits...

Quelle société prônez-vous où la responsabilité individuelle passerait au second rang derrière la responsabilité collective?

Si un malheureux accident venait à se produire, si un jeune devait se noyer, ce serait terrible mais de là à accuser les politiques...le premier responsable c'est le jeune ou les personnes qui l'encadrent (parents etc..).

Je ne partage pas cette vision où les gens ne sont plus responsables de ce qui leur arrive et je n'ai pas envie de me retrouver comme aux Etats-Unis, où par peur d'un procès, les société de ferries engagent une personne pour répéter inlassablement à chaque passager "watch your step" au moment d'embarquer.

Un "politique responsable de la sécurité de tous"

Écrit par : Daniel Zaugg | 23/08/2012

Un bel hommage à la FUDocracie, dans toute sa splendeur.

Je ne partage pas votre avis. Je passe chaque jour sur ce point moi aussi et je suis chaque jour HEUREUX que l'on n'estime pas nécessaire d'y placer des agents de police. Il y a plusieurs avertissements, un panneau d'interdiction, et des journalistes sensationnalistes qui ne manquent pas d'en faire tout un foin lorsque quelqu'un boit la tasse. Laissons l'assistanat total pour nos voisins!

Quand des centaines de personnes se baignent dans un fleuve, se laissent porter par le courant, et que l'on ajoute alcool et chaleur intense, alors c'est la vie: il y aura nécessairement des accidents et des noyés. Vous pouvez y mettre tous les agents que vous voulez, il y aura toujours quelqu'un pour se mettre dans la seule situation ingérable.

La police, je la paie aussi. Alors plutôt que d'aller lui demander de poster des agents formés et armés pour surveiller des baigneurs sous une canicule, je préfère qu'elle aille régler des vrais problèmes impliquant de vrais criminels.

Je vous rejoins toutefois en bout de phrase: la Ville aurait pu proposer à quelques-uns de ces jeunes de les engager comme surveillants, moyennant une petite formation de sauveteur qui aurait de toute manière fait du bien au CV.

Mais là, effectivement, c'est trop en demander. Alors entre tout, et rien, on préfère attendre que quelqu'un se brûle.

Écrit par : Jean Siffle | 23/08/2012

Je rejoins l'essentiel des opinions précédentes et me félicite qu'il y ait encore un peu de place dans cette société pour la responsabilité individuelle.
Quand tout ce qui éventuellement dangereux sera interdit par principe de précaution et que tout le reste sera obligatoire je pense que nous aurons atteint la fin de notre civilisation (peut être encore de mon vivant...) et il sera temps de passer à autre chose. En attendant essayons de garder quelques espaces de liberté et acceptons les risques qui vont avec.
Pour le cas concret qui nous intéresse la seule amélioration possible serait de mieux aménager "l'arrivée" vers la pointe de la jonction pour qu'un nageur en difficulté puisse s'en tirer au mieux. Mais à moins de mettre un policier surnuméraire derrière chaque arbre il y aura toujours des gens dans l'eau !

Écrit par : AlexT | 24/08/2012

Faut-il interdire toutes les activités qui comportent des dangers? De tous temps, les adolescents mâles ont bravé le ou les dangers; certains trépassent, la majorité passe. Les parents tremblent, les autorités louvoient, les passants hochent la tête, mais l'apprentissage de la vie titille souvent la mort. Je ne suis plus d'accord lorsque la vie d'autrui est menacée par le comportement de certains, ce qui ne semble pas être le cas pour ceux qui choisissent le Rhône et sa fraîcheur.

Écrit par : Damien | 24/08/2012

Que de commentaires et de réactions, j'en suis heureux, mais j'y devine trois choses :

- une totale déresponsabilisation des actes, ce que je regrette sachant que j'estime que si des aménagements sont proposés sur les rives du Rhône, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans et d'autres projets sont en attente, il est aussi du devoir de l'Etat d'accompagner ces facilités de conditions cadres en lien avec la sécurité des usagers, voire des comportements collatéraux relevés ;

- une lecture erronée de mes écrits, sachant que je ne demande en aucun cas l’interdiction mais je réclame des mesures adéquates et que je juge nécessaires à la sécurité du plus grand nombre ;

- une lecture fermée où la police, voire le policier, prend une place qui n’est pas la sienne, surtout si l’on sait que d’autres solutions existent.

Pour le reste, je souhaite à David, Baratelli, Daniel, Jean, Alex et Damien à ne jamais devoir être confronté aux familles des victimes, car elles ont une question qui à ce jour reste sans réponse, « Pourquoi » !

W.S.

Écrit par : Walter Schlechten | 25/08/2012

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