10/11/2012

"L'urgentiste anonyme"

"Nouvel appel, c’est le troisième accident de la route de la soirée. En ces nuits de pluie on sait que le risque est plus grand, que nous aurons plus de travail. Il nous est précisé qu’un scootériste est gravement blessé suite à une collision avec une voiture.

 

Sirène alternée et feu bleu, je fonce avec mon véhicule jaune fluorescent à travers la ville. L’important est d’arriver sur les lieux, pas de faire la course avec les secondes, donc je reste prudent. Ne pas avoir d’accident est ma priorité lors de ces conduites en urgence. Le toubib assis à mes côtés prend des informations par téléphone auprès du 117. Une patrouille de police est déjà sur place, elle sécurise les lieux et donne des informations utiles. La Brigade de sécurité routière a elle aussi été requise.

 

Nous y arrivons. En bas de la rue je devine tour à tour le feu bleu des gendarmes, des badauds trop curieux, une voiture accidentée, un deux-roues endommagé couché sur le flanc, un corps étendu, deux policiers qui tentent tant bien que mal de lui porter secours.

 

L’ambulance nous suivait, nous aurons ainsi tout sur place rapidement. C’est l’avantage du cardiomobile, une unité d’urgence indispensable pour tenter de sauver des vies.

 

Le stresse de la conduite laisse place aux gestes appris, aux réflex connus, au travail en équipe, au calme pour ne pas faire d’erreur. Le médecin prend les choses en main, avec sobriété, avec sérénité même. Il le faut, pour ne pas perdre de temps, pour ne pas perdre une vie. 

 

C’est un vilain trauma même si pas une goute de sang n’est visible. Le corps du blessé est secoué par des spasmes après être resté inanimé plusieurs minutes. Les policiers lui maintiennent les jambes et les bras. Etat de choc, réactions d’un système nerveux qui ne maitrise plus les gestes face à des douleurs inconnues. Première piqure pour le calmer, sinon nous n’arriverons pas à poser une perf, ni à l'intuber au moyen de la canule oro-pharyngée. Pour l'instant, je le ventile au moyen d'un masque avec Ambu. 

 

Tout est important pour nous, du bilan du médecin aux circonstances de l’accident, le lieu du choc, le point de chute, les dégâts sur le scooter, les dommages sur les vêtements du blessé ou sur son casque. On ne reconstitue pas un accident, on en constate les conséquences pour agir au plus près des nécessités. L’urgence ne laisse pas de répit, pas de seconde chance.

 

Quarante minutes d’un protocole qui se doit de s’adapter à l’imprévu, aux circonstances, aux besoins. Chacun sait ce qu’il doit faire, des gestes appris et répétés. Stabiliser un patient pour en assurer le transport au service des urgences. Ce soir encore nous y arriverons, sans certitude d’avoir sauvé une vie, juste celle d’avoir rendu réalisable cette possibilité.

 

Je suis infirmier, ambulancier spécialisé dans la médecine d’urgence, je suis conducteur du cardiomobile, je suis un urgentiste qui travaille au carrefour de la détresse humaine et qui aime la vie."

 

Walter Schlechten, un habitant de la Croix-de-Rozon. 

Commentaires

Beau témoignage, merci!

Écrit par : Michèle Roullet | 10/11/2012

Très beau témoignage d'un des services publics qui fonctionne le mieux dans notre société, que ce soit dans nos villes, sur nos monts indépendants et au fond de nos vallées.

Rien ne va de soi.

Merci pour l'eau chaude et froide qui arrive à nos robinets, merci pour le chauffage de nos immeubles, merci pour nos trottoirs propres (malgré les vélos et les motos qui y circulent librement), merci pour les trains qui arrivent à l'heure, merci pour le réseau de transports publics urbains, merci pour nos fournisseurs d'électricité, merci aux assurances sociales, merci à l'Hospice général, merci à nos hôpitaux, merci pour nos systèmes de communication, etc.

Il en va rarement de même à l'étranger, ne l'oublions jamais.

Écrit par : jaw | 11/11/2012

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