09/02/2013

De la fusion à l'érosion il n'y a qu'un temps, même en amour !

 

Il y a quatre ans, j'ai rencontré une jeune femme, très belle mais inaccessible selon moi. Trois morceaux de fromage et un peu d'humour m'ont permis de tisser un lien avec elle. Immédiatement, cette attache a été fusionnelle, émotionnelle, irrationnelle, comme si le temps nous avait rattrapés pour nous unir, comme si le destin nous avait désignés.

 

La communion fut grande, presque indescriptible, comme lorsque vous rencontrez une personne et que vous la considérez comme votre moitié, un morceau de vous mais dans un miroir féminin.

 

Les deux années qui suivirent furent magnifiques, seuls nos sangs n’étaient pas unis ou mélangés, car sinon nous étions en osmose, en harmonie, tout en complicité. L’amour guidait nos pas, nos mots, nos actes et nos sentiments. Il ne laissait pas de place à l’ennemi, à l’ennui, à autrui. Ce même amour nous guidait pour le partager avec une petite fille qui avait sa place dans le coeur de sa maman et qui devait trouver la sienne dans le miens. Rapidement elle entra dans ma vie, rapidement elle entra dans mon coeur, tel l'enfant que je n'avais pas eu, que je regrettais. 

 

Puis vint la routine, puis vint le temps où l’enfant devient adolescent, puis vint le temps où les minutes comptes et les heures passent. Les éléments du triangle infernal s'étaient installés, les rôles furent bouleversés. Tour à tour sauveur, victime ou bourreau, le cycle de la vie nous donna des rôles bien différents. Et comme si cela ne suffisait pas, la mort et le désarroi vinrent se rajouter à la turbulence des sentiments.

 

Ajoutons à ça les turpitudes du monde du travail, les animosités qui détruisent car sournoises, les éléments extérieurs qui pénètrent le couple de l’intérieur, et il n’en fallait pas plus pour que l’amour s’envole. 

 

Trop de larmes pour les autres, pas assez de joie pour nous, trop de misère à partager et pas assez d’amour à échanger. Le couple se meurt, l’enfant roi grandi et s’impose, l’adulte se cache et cherche sa place, l’amour lui disparaît.

 

L’attente, l’espoir, la rébellion et le refus feront le reste par manque de dialogue. La séparation envisagée laisse alors place à l’opportunité, celle qui redonne du goût à la vie, à l’amour.

 

Une rupture n’est pas un échec, l’échec aurait été de ne pas vivre cette histoire. Une fin où la haine remplace l’amour, comme pour mieux se séparer, comme pour mieux éviter les folles explications, comme pour dire que jamais nous nous retrouverons.

 

Je ne garde alors ce soir que les bons souvenirs, des instants merveilleux, des mots lumineux, un amour respectueux, un projet de vie heureux. Je chasse les mauvais moments, les cris et les larmes, je ne garde pas les doutes et les explications manquées, ni les excuses élaborées, car l’échec de cette histoire est constitué par de multiples éléments qui nous ont échappés, qui libres comme l’air sont venus ronger les liens tissés.

 

Ce fut une belle rencontre, une belle histoire, un amour sincère et profond, ce fut irrationnel aussi car intemporel, mais je l’ai vécu, je l’ai partagé, je l’ai aujourd’hui abandonné, pour mieux me reconstruire, pour vivre tout simplement car il n’y a pas plus grande souffrance que celle de la solitude vécue dans un couple. Être seul n’est pas une souffrance, c’est un choix, et il ouvre la porte à l’espoir, l’amitié, l’amour et le partage. De la revoir revivre, heureuse presque, est aussi le signe que le moment était venu de fermer la dernière page de ce beau livre. 

 

Walter Schlechten, ex-habitant de La Croix-de-Rozon. 

 

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03:48 Publié dans Culture, Femmes, Histoire, Images, Lettres, Résistance, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Votre texte ravive bien des souvenirs en moi, comme il le fait sûrement en beaucoup d'autres lecteurs. Lorsque, dans ma jeunesse, j'ai entendu Brassens chanter le texte d'Aragon "Il n'y a pas d'amour heureux", cela a déjà bouleversé ma vision encore quelque peu idyllique du monde. Puis Denis de Rougement, avec son L'amour et l'Occident, et bien d'autres ont ajouté de nombreuses couches à ce début de réflexion, qui se sont au fil du temps superposées comme les couches sédimentaires des géologues, se mélangeant à l'occasion au gré des bouleversements venant des profondeurs, non du magma terrestre, mais des besoins et désirs humains. Ils m'ont révélé notamment la fragilité des plus belles amours et des plus profondes passions devant certaines circonstances de la vie, notamment celles qui touchent qu'entraînent les difficultés du partage le plus difficile, celui de l'amour pour nos enfants.
Si l'on s'en sort vivant finalement, physiquement et psychiquement, ce qui semble être votre cas et le mien, couvert de cicatrices mais riche d'expérience humaine, on peut en effet, comme vous le faites, si je vous ai compris, s'attacher aux beaux moments heureux de l'amour et reformuler Aragon en "Il y a de l'amour heureux".
P.S. Pardonnez-moi d'avoir fait usage de votre confidence intime mais discrète pour m'épancher, avec moins de simplicité et avec des excès de formulation qui me sont propres, non pas sur mon présent, qui semble au-delà des grandes vagues des désespoirs amoureux, mais sur des moments du passé dont vous avez ravivés le souvenir.

Écrit par : Mère-Grand | 09/02/2013

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