29/06/2014

Et si un mauvais Score au Parlement devenait décisif ?

En ma qualité de simple citoyen et d'électeur, j'observe ces dernières semaines la présence d'un conflit larvé qui hérisse le poil de certains mais qui devient rasant pour d'autres. 

 

Depuis un mois le Groupement des Associations de Police (GAP), qui regroupe les trois syndicats de la police genevoise (UPCP, SPJ, SPSI), est en conflit avec le Conseil d’Etat, plus précisément avec Pierre Maudet, Président du Département de la Sécurité et de l’Economie (DSE).

 

Suite à l’impossibilité d’obtenir toutes les réponses attendues auprès de l’Etat employeur, des actions votées en assemblée générale ont été activées par le GAP. Grève des amendes d’ordre, grève du rasage, travail en tenue civile sont les plus visibles pour le citoyen lambda. Le principal motif de cette contestation est le projet de réévaluation des métiers qui est en route pour l’ensemble de l’Etat, connu sous le nom de SCORE. Le Cartel (syndicat général de la fonction publique) est aussi monté au front et conteste ledit système de réévaluation envisagé. Actuellement, une trêve est amorcée par le Cartel, vacances scolaires obligent il ne dispose plus d’un bras de levier suffisant pour agir. La rentrée de septembre devrait voir rebondir cette position.  

 

Historiquement, ce sont des simulations effectuées fin 2013 qui ont mis le feu aux poudres. Si certains métiers sont réévalués favorablement, surtout auprès des cadres supérieurs, d’autres subissent une attaque frontale impressionnante. Les policiers font partie de ceux-ci. La parution de ces simulations a été la première erreur de ce projet. Malgré la mise en œuvre de montants compensatoires afin de ne pas perdre les droits acquis (seulement sur le salaire de base, pas sur le revenu global), la méfiance est de rigueur.

 

Difficile en effet d’entendre ultérieurement que ces simulations n’étaient qu’une première évaluation, qu’elles resteront bloquées car caduques, sachant que les métiers de police vont être redessinés à travers le projet Police 2015, une réorganisation opérationnelle et structurelle qui est en route depuis deux ans.

 

Cette réorganisation devra se retrouver dans la refonte globale de la future Loi sur la police, soit le PL 11228-A, pourtant actuellement déjà examiné en plénière par le pouvoir législatif.  

 

Trois chantiers menés en parallèle actuellement. A toute évidence ceux-ci n’étaient pourtant pas autonomes et donc, pour aboutir, ils devraient être menés l’un après l’autre, de manière constructive et avec discernement. Malheureusement, les calendriers politiques ne sont pas les mêmes que ceux des ressources managériales. Cette précipitation est une des premières causes des problèmes rencontrés par les antagonistes. Elle a rendu la communication et la transversalité des informations très difficile. Aujourd’hui encore, de part cette auto dépendance, personne ne peut présenter l’un des trois projets de manière factuelle et sous une forme définitive.

 

Un important changement professionnel est une des causes de stresse les plus importantes dans une vie, alors imaginons la position des policiers face à ces trois changements annoncés. J’ose croire que leurs craintes sont légitimes.

 

Le travail d’un Conseiller d’Etat qui reprend un département, parfois qualifié de sinistré par certains observateurs, n’est pas non plus de tout repos. Aller de l’avant avec détermination devient alors une condition indispensable. Demeure alors à entériner les objectifs, la manière, la forme, le comment, tout en tenant compte des échéances politiques (plan quinquennal, élaborations du budget, votations, élections).

 

Au regard de cette rapide analyse, que d’aucuns qualifieront probablement de minimaliste, simpliste ou partisane, il apparaît évident que tous les partenaires, à ce jour antagonistes, se sont engouffrés dans un entonnoir dont la sortie est obstruée par le manque de solutions.

 

Personne ne doit perdre la face si sortie de conflit il doit y avoir, mais dans ce cas précis seul le temps permettra de débloquer la situation car visiblement les solutions qui se devaient d’être envisagées pour quitter ce marasme n’ont pas été réadaptées. De plus, le manque de dialogue actuel et des attaques répétitives n’apporteront pas les solutions attendues.

 

Demeure que, selon mon analyse, le projet Police 2015, soit la réorganisation de la police, doit se poursuivre. Les managers en charges de ce travail doivent pouvoir avancer avec sérénité, en disposant du temps nécessaire, des outils managériaux utiles, des ressources humaine adéquates, de l’appui indispensable du DES et des partenaires sociaux.  

 

Demeure que, selon mon analyse, le PL 11228-A ne doit pas être écrasé par la machine législative. Ce projet a lui aussi besoin de temps, il doit être restructuré, en lien total avec Police 2015, apte à produire sereinement les Règlements complémentaires attendus. Le Parlement a tout loisir de le voter ou de le renvoyer au Conseil d’Etat pour complément. 

 

Demeure que, selon mon analyse, le projet SCORE est mort dans l’œuf. Des maux de jeunesses déjà irréversibles, une approche sociale qui devrait être jugée inadmissible aux yeux des partis de gauche et des coûts, estimés à ce jour entre 30 à 60 millions, qui devraient être jugés inacceptables au regard des partis de droite. Le centre lui ne peut se permettre actuellement de voir s’ouvrir un conflit social d’importance, où il devrait se positionner, alors que les élections municipales s’approchent à grands pas (échéance également contraignante pour les autres partis).

 

Le Conseil d’Etat, via le Parlement, devrait demander un vote de confiance pour la poursuite du projet Score. Si le pouvoir législatif s’exprime avec discernement, chacun avec ses raisons, c’est un abandon dudit projet qui ressortirait de cette consultation.

 

Une solution qui permettrait de faire de substantielles économies car Score à un coût, qui verrait le calme gagner les syndicats et éteindre les flammes d’un conflit social verbalement incendiaire, qui autoriserait une approche différente de la rémunération des employés de la fonction publique, avec par exemple une nouvelle grille salariale bénéficiant de portes d’entrées dans la fonction, d’annuités plus fortes mais qui seraient éventuellement attribuées au mérite.

 

En cette période de Mondial, la balle passe dans le camp des parlementaires, arbitres inattendus mais évidents. Libre à eux de s’exprimer, de faire preuve de cohérence et qui sait, pour une fois, d’anticiper sur une Genfereï de plus, soit le rejet supposé mais déjà annoncé en 2015 du PL SCORE. 

 

Les syndicats de police quand à eux vont probablement passer l'été à travailler sur ces chantiers. Doivent-ils eux aussi, comme le Cartel, observer une trêve estivale, lever leurs merures pour convaincre la députation qu'une sortie de crise est possible ?

Vu sous cet angle, la question reste posée ! 

 

Walter Schlechten, habitant de Perly. 

23:19 Publié dans Associations, Culture, Economie, Genève, Images, Médias, Police, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook

Commentaires

Merci pour cette analyse que je ne trouve pas minimaliste, car elle reprend l'ensemble des éléments déclencheurs de cette protestation de fond. Avancer à brides abattues au grand galop cher au magistrat en charge montre la limite d'un traitement par trop unilatéral de l'ensemble des problématiques liées.

Il est nécessaire de prendre du recul, car les sujets ont de lourdes implications organisationnelles et budgétaires.

Compter que la pause estivale calme les ardeurs revendicatrices est à mon sens un faux calcul.

La crise de confiance entre les parties se renforce sans que "l'arbitrage" nécessaire soit mis en place. Il est aussi vrai que la "ligne rouge" est approchée à petites touches par les protagonistes de tous bords et que cela ne renforce pas l'image d'une gestion saine des projets.

Il est hautement nécessaire de mettre en place une médiation crédible afin que chacun retourne à ces obligations et qu'un dialogue compréhensible s'établisse.

Qui peut être le médiateur ou la médiatrice de ce dossier ?

Il serait recommandable qu'une source externe au monde politique et en particulier au microcosme genevois prenne cette médiation en main afin d'éviter des querelles partisanes.

Écrit par : tempsetlulu | 30/06/2014

Dernièrement un député PLR, qui n'a pas hésité à mentir pour fustiger les actions de la police, comparaît les policiers en civils et pas rasés aux milices tchétchènes. Si tous ce qui est exagéré est insignifiant (comme disait Talleyrand), il y a là, peut-être inconsciemment, l'idée que MAUDET pourrait devenir un petit "Poutine hellvétique" (le double "L" est volontaire). La manière est la même, seul le niveau de pouvoir est encore inférieur, mais s'il parvient à gravir quelques échelons, il se sentira conforter dans cette attitude de "Tsar".

Écrit par : Gérard GAUDET | 30/06/2014

DeMinet le terrain: à qui voulez-vous faire croire que vous êtes un simple citoyen de Perly?
La Police ,non un état dans l'état, mais une corporation devenue une clique au sein de la Fonction Publique.
J'ai le souvenir en tant que membre de l'assemblée des délégués du Cartel Intersyndical d'avoir été "jaugé" par des "collègues"policiers dont on pouvait mesurer l'effort qui leur était demandé de devoir siéger aux côtés d'enseignants , d'infirmières ,d'assistants sociaux,
Aujourd'hui le processus mené à terme, la politisation du corps constitué sorte d'élite autoproclamée dont un nombre de membres non-négligeable siège au sein du parlement tout grade confondu , devient une force politique qui pèse dans ce canton .
Sa dérive idéologique extrême -droitière en fait un véritable danger pour l'avenir démocratique de notre société,
Je ne suis pas le seul à constater que ces milices de guerre civile de basse intensité qui arpentent les rues , n'ont plus rien à voir avec le maintien de la sécurité , mais tentent d'imposer une certaine image de la Genève compatible avec les fantasmes du MCG.
Genève ne deviendra pas Guatemala-City sur Vernier

Écrit par : briand | 30/06/2014

Que préfère-t-on pour faire de substantielles économies à la Princesse?
De la sécurité privée, des agents en arme pour le compte des sociétés privées qui louent leurs services à l'état?

ou

Une police dont le patron est le peuple et ses représentants?

Pour être plus juste vis-à-vis de certaines remarques ou critiques, rappelons que l'opération SCORE était commandée par l'ex-magistrat David Hiller. Monsieur Maudet en a donc hérité.
Il faut noter le grand courage du tout l'exécutif dans son entier, de na pas oser répudier cette scélérate manoeuvre de baisse de salaire de tous les non cadres. Ils sont nombreux.
Si les hauts salaires se sont vu gratifiés d'augmentations importantes pour le même travail et les mêmes responsabilités d'hier, ils ne sont qu'un petit nombre qui n'aura pas une incidence marquante pour le budget global.

Mais Diantre, pourquoi les autres salariés, effectuant le même travail sinon davantage (puisque en contant sous-effectif) avec toujours autant de responsabilités et de conscience qu'hier, seraient-ils tout-à-coup dévalorisés et moins payés?

Un maître d'école du primaire doit se sacrifier pour son boss de directeur qui, plusieurs d'entre eux semble-t-il, ont moins de charges et des compétences inadaptées à la profession (donc pas mesurables).

Par ailleurs, pour répondre à la mauvaise foi de certains qui auraient le même employeur que la police, je dirais ceci:
Si j'étais enseignante, je ne fustigerais pas les actions de la police. Ils rendent le mouvement et tous les contestataires plus visibles et plus audibles. Qui s'en plaindrait d'une mobilisation synergique?
La SSP/VPOD n'avait-elle pas fustigé les TPG autrefois, et relayé dans le Cartel Intersyndical, de n'avoir pas soutenu les enseignants dans leurs revendications, en débrayant par exemple ou en perturbant la circulation par des grèves partielles ou par la paralysie totale?

Je trouve que les policiers ont raison de se défendre pour deux raisons tout à fait admissibles:

1 - avec une baisse de 10% à 30% sur le salaire, certains engagements déjà budgétés ne peuvent plus être honorés. C'est une basse ignoble des petits salaires, alors que ces dernières années, ni le coût de la vie, ni les loyers, ni les cotisations de caisse-maladie, ni le coût de la prévoyance sociale n'ont baissé.
C'est le début d'une marche vers une précarisation rampante.

2 - SCORE est une société de technocrates qui procèdent de manière intellectualiste sans se rendre compte des réalités vécues dans les différents métiers sur la place de travail avec des relations multitypes et continuellement changeantes à cause des départs et des renouvellements fréquents de personnel.
Justement, ce qui semble être la routine, ne l'est que devant sa feuille de papier ou son écran. SCORE ne semble pas prendre en compte les savoirs-faires offerts gratuitement à l'employeur, ces savoirs-faires issus du génie humain et de la personnalité qui ne sont jamais quantifiés pour être appréciés plus formellement, ne sont donc pas comptabilisés.
Chaque intervention de l'agent dans une affaire, d'autant plus sur le terrain physique d'un face à face avec un être humain, l'implication pour le service, respectant règles et éthique, mobilise des ressources que l'agent adapte aux situations. Ce qui est moins banal que de donner des ordres d'en haut de sa hiérarchie.

En bas de l'échelle, on doit assurer avec des compétences en réserves sans qu'elles soient reconnues d'aucune manière.
En haut de l'échelle, on se permet de tout faire faire. S'il y a faute, on la met sur le dos de l'exécutant.
SCORE devrait y avoir pensé, à moins que SCORE aie reçu des directives très strictes.

Mais l'audit de SCORE, avouons le, commandé par un magistrat vert, adepte des économies à réaliser sur le dos des petits, a une mission orientée:

BAISSE DE SALAIRE SANS QU'IL NE SOIT DIT TEL QUEL!
LES HAUTS SALAIRES REHAUSSES NE SONT QU'UN ALIBI DE JUSTICE COMME LA RE-EVALUATION DES COMPETENCES DES SUBORDONNES A LA BAISSE EST UNE CYNIQUE TROMPERIE-ESCROQUERIE JUSTIFICATIVE.

Le jour où nos magistrats auront le courage de mandater TECHNOLOGIA (documentation sur Google), on pourra mieux se fier à ses conclusions qui n'auraient pas manqué d'expliquer sa méthodologie et d'expliciter ses différentes options préconisées. On aurait un rapport lisible et compréhensible pour alimenter un débat intelligent, des solutions humaines sans sacrifier l'utile performance qui s'obtient par la reconnaissance et non pas par l'humiliation.

Cette baisse de salaire est une humiliation qui aura un impact négatif sur les fonctionnaires et qui va les marquer à tort. Sur le long terme, les conséquences psycho-sociales seront calculables mais le mal aura été fait. Avec cela, il faut donc être conscient de la spirale négative qu'on est en train d'enclencher. La sortie vers le bas, rend tout le monde perdant.

Écrit par : Beatrix | 01/07/2014

Peut-on qualifier de "démocratique", l'action menée par le député PDC Vincent Maitre, qui vise à restreindre la liberté de parole des députés policiers ?

http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Les-elus-policiers-autorises-a-voter-sur-eux-10888091

Je note, au passage, que personne ne pipe un mot sur la double appartenance de certains députés de la gauche dans les milieux immobiliers, plus précisément dans ceux de la défense des locataires, l'ASLOCA.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 01/07/2014

http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal/archives/2014/07/20140704-185246.html

Toute ressemblance avec des évènements genevois serait totalement fortuite ...

Écrit par : Gérard GAUDET | 05/07/2014

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