10/07/2011

"Tu me manques"

«Réveillé depuis cinq heure du matin,  je n'ai dormi que trois heures. J'ai la tête lourde. Mon corps me brûle, il frissonne. Mon pouls lui s'est accéléré une fois de plus, car mon sang cherche du produit. Tel un torrent, il draine les alluvions résiduelles qui pourraient encore être emportées, assimilées, consommées.

 

Seul au centre de cette rotonde, avec mes vingt balles en poches, je cherche une pointe. Je n'arrive pas à tenir debout. Le tremblement de mes jambes est si intense que mes muscles n'arrivent plus à se contracter. Mes pas sont incertains, tout comme le sera ma journée, éternel recommencement d'une aube où le produit est devenu l'unique but d'exister, de survivre.

 

Pablo arrive à son tour, il n'a rien sur lui, ni produit, ni argent. Il va devoir attendre l'ouverture de la Navigation pour y recevoir son traitement. J'ai mal pour lui, mais je ne partage plus. Ici c'est marche ou crève, chacun pour soi. Chienne de vie, vie de merde oui.

 

Je vois mon reflet dans la vitre souillée de l'abribus. J'ai une salle gueule, je fais dix ans de plus. Y a pas de miracle, je ne suis pas rongé que de l'intérieur. Ma vision se trouble avec le souvenir fugace d'une image d'un jeune ado, sportif, sain. Pablo me bouscule, retour à la réalité.

 

Dire que j'ai commencé à l'âge de dix-sept ans par une prise d'héroïne partagée, comme ça, pour rire, pour planer, pour tester, pour y toucher, pour faire comme mes potes. Je fumais bien quelques joints avant, mais là une injection aura suffi pour que le démon de la poudre me gagne, m'habite, me hante jour et nuit depuis dix ans. Ne sortez pas de mouchoir à mon enterrement prochain, je n'étais pas un enfant pauvre d'un quartier défavorisé, juste un petit con à l'argent facile et au caractère rebelle. Faire chier à mon vieux était devenu à l'époque l'unique amusement d'une vie sans objectifs, sans fond, sans fin car né avec une cuillère en argent dans la main. Il n'y avait que le sport qui me procurait une sensation de liberté, d'exister, de m'affirmer. Tout ça est loin, trop loin, presque effacé de ma mémoire gangrénée. J'ai horreur de ces rares moments de lucidité, ils me font dire que je ne suis devenu qu'une merde.

 

Putain, je crois bien que je n'ai jamais eu aussi mal au ventre que ce matin, j'ai dû inhaler une saloperie hier soir, mauvais souvenir de cette dernière prise échangée contre un IPhone-4 volé une heure avant au Mac Do. Faut dire que le produit est tellement coupé que je ne sais pas toujours ce que je prends. Heureusement, un dragon est moins dangereux qu'une injection, même si l'effet semble plus rapide car la fumée monte à la tête immédiatement, pour partir dans le sang avec ces sentiments de soulagement, de légèreté, avant de retomber dans la douleur. Mais la seringue demeure dans la pratique, dans la mémoire du toxico, elle reste ma  maîtresse car elle me possède, m'obsède. Elle me marque, me pique ou me transperce, mais avec elle je partage mon sang, à la vie à la mort.

 

Adil arrive à son tour, je comprends qu'il est chargé. C'est le roi de l'arnaque, mais il me faut cette pointe, maintenant, pas dans une heure. Je lui donne mes vingt points et un Dormicum, il me remet un paquet. Départ dans la cabine téléphonique du lieu, pas le temps d'attendre l'ouverture du Quai9. Ici, même si des passants sont omniprésents, il y a deux arrêts de bus juste devant, plus personne ne réagit, ne me dit rien depuis bien longtemps.

 

Préparatifs et rituel habituels avec le matériel, le produit, les gestes se font sans réfléchir, je dois juste faire attention de ne pas perdre de la poudre car je tremble. En moins de quarante secondes c'est fait, et en moins de trente seconde l'effet est là, salvateur, presque régénérant.

 

Flache, brume, brouillard, ma vue se trouble et mon cerveau brûle déjà. Cette chaleur indescriptible, qui vient de l'intérieur, est comparable à aucune autre. Elle traverse mes veines à travers mon sang dans lequel le produit a pris place, première classe pour un grand voyage en passant du cœur au cerveau. Durant un moment je n'entends plus, je ne distingue plus, je ne réfléchi plus, je plane sans encore appréhender la descente obligatoire, car peu à peu l'effet diminuera, le corps aura alors totalement assimilé la dose.

 

La descente en enfer commencera par des picotements, la nuque, le bras gauche puis la jambe. Après, c'est le froid qui glacera mon corps en entier et un frisson solennel viendra donner le signal que l'effet arrive à sa fin. Il me faudra alors déjà retrouver du produit ou me rendre à mon tour à la Navigation pour y attendre de recevoir mon traitement. La méthadone ce n'est pas le paradis, mais ça aide à tenir, à ne pas que trainer en rue avec comme unique but la défonce perpétuelle, sans vie sociale, sans repère.

 

On aimerait tous arrêter, la drogue, les médocs, l'alcool, la métha, mais les démons de la poudre sont bien plus forts que moi. Ils me guettent à chaque coin de rue, à chaque rencontre. La tentation devient alors si grande que mes résistances lâchent.  Je retombe alors irrémédiablement, plus vite, plus haut et en étant plus faible encore.

 

Dans ce milieu, bien souvent la mort devient notre seule alliée pour toute délivrance, mais rarement on choisi l'endroit où l'on va faire un ultime voyage, ni avec quel poison on va souffrir.

 

Un jour, une nuit, tel un chien malade tapi dans un coin pour rendre son dernier souffle, c'est seul que je vais crever, comme un animal enragé qui aura juste réussi à fuir la société à travers ses démons. »

 

La drogue c'est de la merde, n'y touchez jamais ! 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

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27/06/2011

Si t'as pas un sous, à Genève tu ne bouges plus !

 

Je n'aime pas la Genève de demain, celle que l'on devine à travers divers projets.

 

Ville très chère et canton onéreux où il y fait encore bon vivre, l'on va se retrouver demain déjà devant la doctrine du tout pognon, dans une société de consommation outrancière elle-même rackettée par les taxes, les impôts et la suppression de jouir de la gratuité de l'espace public.

 

Dans trois ans à peine, j'imagine un réveil brutal pour les genevois :

 

Quittant mon logement, dont le loyer vient encore d'augmenter de 8 %, tout en laissant mon épouse malade, dont le montant total de son assurance maladie est devenu insupportable même avec une franchise à CHF 3000.-, j'hésite entre mon vélo électrique, sur lequel j'ai dû y apposer la vignette annuelle 2015 à CHF 365.-, vous savez celle instaurée pour financer la fin du nucléaire avec un franc symbolique par jour, ou mon scooter dont l'essence est à CHF 2.75 le litre.

 

Dans les deux cas, une fois arrivé à la Gare de Cornavin, il me faudra m'acquitter de la taxe parking-ouvert mais surveillé par vidéo surveillance. Il faut dire que CHF 8.- la journée pour un vélo électrique ou CHF 13.- pour le scooter, je regrette presque de ne pas emprunter les TPFVL (Transports Publics Franco-Valdo-Genevois). Certes, avec ceux-ci je mets 48 minutes, ce qui est long entre le Bus puis le Tram, même si l'abonnement annuel « Famille » de CHF 3400.- est déductible des impôts.

 

Pas simple mais je crois que je vais me laisser tenter par ma bécane avec ce grand soleil. Avant de mettre mon casque je prépare la monnaie. Non pas pour le parking, mais pour la traversée du pont du Mont-Blanc, devenue payante l'année dernière,  juste pour financer la future traversée de la rade. C'est CHF 4.50 qu'il me faudra par passage, soit CHF 9.- la journée, juste pour aller bosser sur l'autre rive et en revenir.

 

Rond-Point de Rive, soudain un besoin pressant. Je me dois de rapidement trouver une place de stationnement, pour laquelle je vais resquiller, car faut pas pousser, je ne vais pas débourser CHF 8.- pour déposer mon deux-roues juste trois minutes afin de me soulager. Déjà qu'il va falloir que j'incruste CHF 3.- dans les nouvelles sanisettes publiques juste pour uriner, c'est un pipi doré que je vais lâcher.   

 

Ouf, c'est fait et je n'ai pas été verbalisé par la Fondation Genevoise des Parkings, société privée mandatée par l'Etat pour cette tâche ingrate, engendrer un impôt déguisé. J'ai échappé à CHF 40.- d'amende, ce qu'une vilaine diarrhée n'aurait pas remboursé.

 

Je suis enfin arrivé à la Gare et mon engin est rangé. Mon porte-monnaie lui est déjà vide et ce après mon premier déplacement de la journée.

 

Deux litres d'essence : CHF 5.50

Sanisettes fermées ; CHF 3.-

Traversée du pont du MB ; CHF 4.50

Parking-surveillé ; CHF  13.-

Un café dans la nouvelle Gare CFF ; CHF 4.40

 

Total de ce réveil pécuniaire CHF  30.40

Je comprends enfin pour quelles raisons le guide du motard 2015 affirme : « pour vivre à Genève, il faut CHF 100.- par jour et par personne, ceci sans excès »

« Genève, un monde en soi, et en argent »

Minet le resquilleur !

06/05/2011

"Le Mensonge" (4 et fin)

 «Le plus long a été de faire disparaître les corps et les traces de sang, les deux jours du week-end prévus pour cette besogne n'auront pas suffi.

 

Une lettre aux différents collèges des enfants pour annoncer ma mutation urgente et le départ de ma famille dans un autre pays avait été envoyée durant mes actes préparatoires et prémédités. Cette excuse m'a laissé du temps pour finir au mieux ma tâche criminelle et le panneau « A vendre » disposé sur le portail dès le dimanche soir laissait comprendre que la maison était dorénavant vide, sans vie.  

 

Un passage à Genève, pour quitter la France et surtout retirer l'argent accumulé et déposé dans une banque privée, ainsi que le faux passeport acheté à Marseille il y a sept mois, qui était destiné à une nouvelle arnaque qui ne s'est pas faite, facilite ma fuite et ce voyage. Un vol Last-minute pour un séjour balnéaire lors des fêtes de Pâques, rien d'étonnant même pour un voyageur solitaire.

 

Alors que l'hôtesse de l'air me demande si tout va bien, je termine ce récit.  

 

Une solitude assimilée à une délivrance, même si j'ai l'impression de me noyer un peu dans ma fuite. Je range mon matériel d'écriture, nous allons atterrir en Egypte. »

 

* * *

 

 

« La police égyptienne informe qu'un accident de plongée s'est produit en Mer Rouge. Un plongeur français s'est noyé au large de Sharm El Sheikh lors d'une plongée non accompagnée.

 

Le corps n'a pas été retrouvé mais l'inconnu identifié au moyen de son passeport retrouvé sur le bateau à la dérive. Les recherches se poursuivent afin de localiser le corps mais les chances d'y parvenir sont faibles. »

 

Minet.

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04/05/2011

"Le Mensonge" (3)

«Ce n'est pas d'avoir lésé mes clients, ni d'avoir usé de différentes identités, ni d'avoir construit un château de carte avec l'argent des autres, ni d'avoir fuit et échappé à la justice aussi longtemps, ni de signer des faux, ni de tricher, de voler ou de nuire qui me coûtaient, mais c'est bien la honte d'avoir trahi ma propre famille qui me rongeait.

 

Une femme adorable, qui à 48 ans écoutait encore en riant mes histoires d'agent secret. Deux fils, 19 et 22 ans, à l'image de leur père, grands, sportifs dans l'âme, vifs d'esprit, cultivés et ayant encore soif d'apprendre, voire d'imaginer, d'inventer, un peu rêveurs comme leurs deux sœurs de 13 et 16 ans, belles et innocentes car amoureuses de ce père pourtant si souvent absent.

 

Ce qui est surprenant, c'est que je n'ai eu aucun mal à leur enlever la vie, avec violence mais par amour, ce qu'aucun Procureur de la République ne croira jamais. Evidemment, j'ai tout fait pour qu'ils ne souffrent pas, qu'ils ne traversent pas cette même souffrance que je dissimulais pour ne pas la partager.

 

Les somnifères dissous dans la carafe de sirop du soir, partagée lors du dernier repas, ont été efficaces. C'est en effet dans un sommeil profond et éternel que je les ai retrouvés dans leurs chambres respectives.

 

Il m'aura fallu attendre trois heures du matin pour pénétrer dans la première pièce,  celle de Julie. Il n'y a pas de logique dans les actes violents, mais je voulais commencer par la cadette de mes filles. Il n'y a que pour elle où j'ai placé un cousin sur son visage, elle l'ange de la maison.

 

La froideur du métal de mon 22 long rifle est venue glacer ma main qui tenait cette arme, mais comme mon geste se devait d'être froid et franc, j'y ai vu comme une aide pour passer à l'acte. La première détonation a été surprenante, sourde mais sec, tel un claquement de cuir, un coup asséné en pleine tempe. Cette première détonation me fit sursauter sans pourtant éveiller la maison. Le deuxième coup, au centre du crâne et à travers ce cousin maculé de sang.

 

Les quelques leçons de tir prises deux semaines avant m'ont largement été suffisantes pour accomplir mon acte décisif. Ce même rituel que j'ai répété tour à tour sur Martine, Paul et Charles. Lui qui devait se marier dans un an, il ne connaîtra ainsi jamais la honte du déshonneur.

 

Puis vint le tour de mon épouse, la seule à qui j'ai adressé un dernier mot, un seul ; « Pardon ». Pas une larme et aucun regret, juste du sang sur les mains et cinq assassinats sur la conscience, cette même conscience qui venait d'être libérée d'un fardeau, celui du mensonge. »

 

(A suivre)

 

Minet.

21:02 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

03/05/2011

"Le Mensonge" (2)

«C'est ce même espoir qui m'a abandonné il y a un mois, plus précisément ce jour où tous mes mondes se sont écroulés face aux réalités de ma vie.

 

Telle une avalanche, les éléments mis à jour ont tout emporté, de mes illusions dorées à mes démons cachés. Eux, par contre, sont revenus à la surface, à la lueur de l'aube de mes erreurs du passé.

 

Un monde qui disparaît ne pouvait qu'engloutir ma famille dans un naufrage collectif. Mais devais-je me sauver des eaux, de ce tourbillon qui emportait aussi mes sombres vérités ?

 

Moi, dit Charles Henri de Lucens, 50 ans, un homme sans fierté, sans avenir et qui depuis une semaine n'a plus de passé. D'aucuns me croyaient commercial, d'autres pensaient que j'étais médecin pour une ONG, certains supposaient que j'œuvrais dans le tourisme. Il faut dire que mes absences longues, nombreuses et répétées n'étaient pas de nature à apporter quelque  indice plus précis.

 

Une vie un peu secrète, nourrie de ce même secret que je n'ai jamais partagé avec ma famille, mes proches, mes rares amis, mes voisins discrets ou ces collègues que je n'ai jamais eu.

 

Sociétés écrans, bilans superficiels et résumés à leurs plus simples écritures, avec un éloignement des raisons sociales réfléchi, tout ceci était une aubaine, tel un voile opaque sur une vie professionnelle pourtant si proche du néant.

 

Et pourtant, j'ai tenu quinze années ainsi, dans le mensonge. C'est l'assassinat horrible de ma famille, dans le sang et la chair, qui m'aura fait renaître face à mes propres réalités. Une vie où j'ai abusé des autres, de leur argent, par escroquerie, par vanité, par appât du gain, et pour tenter de gagner quoi ? Une certaine reconnaissance sociale.

 

Alors que je recommande un Gin-Tonic, nous survolons la Méditerranée. Je prends conscience au même moment que ma vie n'a jamais véritablement décollé, mais qu'elle va  indéniablement se terminer par un atterrissage forcé judiciaire, voir un crash humain.»

 

(A suivre)

 

Minet.

20:37 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

02/05/2011

"Le Mensonge" (1)

« Siège 14E, vol WK 496, Genève-Sharm El Sheikh. Nous survolons le sud de l'Italie, le long de la côte adriatique. Je viens de finir mon plateau repas, avalé avec une faim de loup qui ne me quitte plus. Il faut dire que je dévore la vie depuis trois semaines, comme si tuer cinq personnes de sa famille nourrissait sa propre existence d'un venin nouveau, mais éphémère.

 

J'observe les autres passagers. Mis à part deux hommes style patibulaire, des militaires lituaniens en permission probablement, tous ont l'air paisibles, normaux. Mais où se trouve la normalité dans notre existence si monotone, je me le demande.

 

Des familles ou des petits couples qui partent au soleil pour les fêtes de Pâques, ou comment fêter la mort du christ tout en fuyant la crise. Est-ce cela la normalité occidentale ?

 

La fuite et la mort, encore, elles ne me quittent plus, elles me suivent, elles m'habitent, elles dictent mes gestes, mes choix, mes actions mais surtout mes réflexions morbides. Avoir du sang sur les mains, celui de ses propres enfants et de leur mère, n'est pas aussi dur que cela à porter, sachant que le plus difficile est de ne rien regretter. Mais avais-je le choix ?

 

La réponse à cette question est terrible et résonne au plus profond de ma conscience ; Oui, je l'avais ce choix, mais je n'ai pas su, je n'ai pas voulu l'affronter.

 

Comment aurais-je pu me présenter à eux et tout leur avouer ?

 

Démarche impossible, on ne met pas quinze ans de mensonges sur table aussi simplement, sans en mesurer les conséquences, pour eux, pour moi. Ils n'auraient pas compris, ils auraient souffert de cette situation nouvelle, impossible, improbable, impensable.

 

La ruine des vérités supposées ne laisse jamais de place à l'espoir ! »

 

(A suivre)

 

Minet.

22:04 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

04/04/2011

"Ce matin je vais crever, seul au monde"

«Ce qui devait arriver arriva, je viens de chuter. Me voilà dans une position bien inconfortable, seul au milieu de cette grande pente, blanche et lisse mais brillante et glissante comme de la glace. En contrebas je devine ce gouffre que j'avais repéré, et que nous cherchons tous à éviter. Si je continue ma descente incontrôlée c'est bien là que je risque de terminer, et en ce lieu c'est certain, jamais l'on ne me retrouvera, perdu pour toujours dans ces abîmes.

 

C'est terrible cette grande sensation de solitude qui nous gagne très vite, loin de nos semblables ont est plus le même. On réfléchi vite, mais comme il y a si peu de solutions, on se résigne, on compte alors sur les autres, mais sur qui. Le service sanitaire et de secours n'intervient que sur appel, mais pour ça il faut qu'un autre usager ou un proche l'avise. Dans l'attente, on reste recroquevillé sur soi-même, comme déraciné et pour se protéger de cette humidité glacée des lieux. On garde les yeux rivés sur ce gouffre tout en priant qu'un autre écoulement ne vienne nous précipiter vers le bas.

 

Personne ne sait que je suis là, ma présence n'était pas préméditée, simplement la résultante d'un besoin urgent de sensations. C'est comme une drogue, on ne peut pas se retenir. Il y a bien quelques passages sur les hauteurs, mais souvent ils restent au dessus, me surclassent sans me voir, sans remarquer ma présence. On pourrait même croire qu'ils m'évitent.

 

Tout au sommet je devine bien l'enseigne principale sur le toit de cette station, Gerberit. Elle résonne comme une évidence, moi un habitué des lieux, été comme hiver, sauf que l'accident d'aujourd'hui n'était pas prévu. J'étais pourtant bien préparé pour l'ouverture, mais je me suis désolidarisé de mon attache, je suis hors piste et là en grand danger. Il n'y a que mon ami Bulbe qui doit se rendre compte de ma disparition soudaine, et encore.

 

Je me résigne, je me raidi, je sais que je vais finir ici, dans cette cuvette, sur ce sol d'un blanc porcelaine, seul au monde. Pas grave, j'ai bien vécu, avec tous mes potes on en a vu de choses, et on a bien voyagé aussi. Faut pas se plaindre, la souffrance n'est rien face à la mort certaine qui m'attend, face au danger qui vient des hauteurs qui me surplombent. C'est un peu comme une course extrême, mais Red Bull ne sera probablement de la partie cette fois, car ce n'est qu'une question de minutes, de secondes, la chasse sera tirée et moi, pauvre poil pubien, perdu dans ces chiottes publiques de Plainpalais, ce matin je vais crever. »

23/03/2011

"Marcello"

« Il est là, en face de moi, tel un être perdu, rongé par un mal que l'alcool tente de noyer. Des larmes quittent ses yeux mais aucune parole ne vient répondre à mes questions, à ses interrogations. Il a bu toute la nuit mais ne sait plus quelle heure nous vivons. C'est terrible, je le connais depuis 5 ans, c'est un ami, un collègue, un tonton pour nous, il est notre chef mais aussi le meneur, celui qui nous accueil le matin et nous guide toute la journée. Il a souvent raison, il est de bon conseil mais il est aussi souvent absent. Des absences liées à la maladie, mais également à ce cerveau qui se perd dans un brouillard épais, constitué de volutes alcooliques.

 

Ce n'est pas la première fois que je prends sur moi pour dialoguer un peu avec lui à son retour de vadrouille, sans tourner autour du pot. La dernière fois, il m'a promis qu'il allait faire une cure, jus de tomate. Avec un sourire complice, j'ai osé le croire tout en sachant qu'il ne s'y tiendrait pas, qu'il ne résisterait pas, plus.

 

Pourtant, ce matin il est différent, presque lucide sur son état général. J'ai presque envie de dire qu'il se voit crever et qu'il sait aussi qu'il est trop tard pour revenir en arrière. C'est le bout du chemin, une route cabossée par les malheurs de la vie, le vin et la bière, par le petit jaune et le vilain rouge. Il met pourtant un point d'honneur à ne jamais mélanger, mais la quantité elle ne l'arrête jamais.

 

Il est impossible pour moi de le laisser ainsi, mais il m'est aussi impossible de trouver de l'aide pour lui, car c'est une démarche personnelle qu'il doit entreprendre avec toute sa volonté, et le peu de lucidité qu'il lui reste. Pourtant on aimerait bien qu'il le fasse, qu'il arrive enfin à se sortir de cette maladie qui brûle son corps de l'intérieur, mais si visible à l'extérieur. C'est un ami, mais c'est un homme seul face à ses démons.

 

Ce matin là, je m'en souviens, nous avons partagé trois cafés et un sourire pour terminer. Je lui ai parlé comme on parle à ceux que l'on aime, pour qui l'on souffre à travers leurs maux. Il m'a répondu avec une tape sur l'épaule et un « ça va aller mon Minet ».

 

C'est dans ma petite voiture rouge que je l'ai raccompagné chez lui, de peur qu'il ne se perde dans le premier bistrot du coin.

 

Nous avons travaillé encore un an ensemble, puis nos routes se sont séparées.

 

Lui, il est mort comme il a vécu, il s'est écroulé dans un troquet alors qu'il y noyait ses fantômes.

 

Moi, je pense souvent à lui, à toi, Marcello mon ami, mais je n'oublie jamais de boire un verre en ton souvenir, et à ces quelques moments intimes partagés dans ces instants sombres de la maladie. Cette maladie c'est l'alcoolisme, elle tue, elle brise des vies et des familles, elle diminue l'homme et le ronge par dépendance.

 

Cette maladie, c'est de la merde, alors si vous avez un ami, un collègue, un proche qui ne sait pas s'arrêter, tendez lui la main, et écoutez le quelques minutes, le libérant ainsi un peu de ses démons qui pourtant reviendront sans prévenir pour l'emporter. »

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon !

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09/03/2011

Le souffle de la vie permet de se ressourcer, parfois !

« Je suis en congé depuis hier, j'en profite, je me ressource. Le football est une des mes vitamines. Le sport est nécessaire pour éliminer le stress accumulé durant le dernier service. Il y a eu cette bagarre de ménage, où l'homme s'était muni d'un couteau à notre arrivée, se retournant contre nous et oubliant que c'est à sa femme qu'il en voulait. Désarmé, menotté, il a fini au poste et nous avec une belle frayeur. Le pire, ce qui me reste à l'esprit en plus de la brillance de la lame du couteau de cuisine, se sont les cris et les insultes de son épouse. Sauf que ceux-ci n'étaient pas dirigés contre son mari, mais contre nous, les gendarmes, car nous arrêtions son homme.

C'est là ou la question stupide se pose souvent : « pourquoi avoir pris tant de risque pour sauver cette dame et maîtriser son mari, pour si peu de reconnaissance. Notre intervention était-elle nécessaire, ne devrions-nous pas les laisser régler leurs comptes entre eux, et ramasser les pots cassés ? ». La lucidité de la réflexion reprend vite le dessus. On a fait notre job, on a probablement sauvé cette dame qui ne s'en rend sûrement encore pas compte aujourd'hui.

Donc j'arrive au stade, un peu en avance. Faut dire que jouer avec le FC Police dans ce championnat corporatif est un plaisir pour moi, je le savoure. Pouvoir évoluer aux côtés de joueurs de deuxième ligue est une richesse dans ma petite carrière de footballeur.

Je vais patienter au soleil, devant l'entrée de la taverne de ce centre sportif, il y fait bon et la forêt voisine nous apporte les senteurs de la campagne. Les yeux fermés, j'inonde mon visage de lumière, c'est doux et agréable. On oublie tout, on recharge les batteries.

Brutalement je suis sorti de ce repos mérité et de ma méditation solaire. Une femme hurle un peu plus loin, dans une langue que je ne comprends pas. Ces cris là je les connais, se sont ceux de la douleur, du désespoir. L'esprit flic reprend immédiatement le dessus, je me lève d'un bond pour aller voir ce qui se passe. Je m'approche et je vois trois personnes agenouillées dans l'herbe, deux hommes, un jeune et un vieux ainsi qu'une femme. Elle est prostrée, comme pour une prière, mais hurle en direction du ciel, les bras dans cette même direction. Des larmes coulent sur son visage, dont l'expression est indéfinissable.

Au centre, allongé sur le dos, un bébé. Mon sang ne fait qu'un tour, je deviens probablement livide. Je ne comprends pas, je ne saisi pas. Le visage de l'enfant est bleuté et ses grands yeux bruns ronds comme des billes, mais perdus dans le vide, inertes comme le corps de l'enfant.

Je dois aider, trouver une solution, mais il n'est même pas besoin d'y réfléchir, le flic prend vite la place du footballeur. Je m'annonce comme policier et demande ce qui s'est passé. Alors que les cris de la femme augmentent, le père, en larmes aussi me montre du doigt un petit étang situé à dix mètres. Le petit s'y est noyé, laissé sans surveillance quelques instants, il a rampé dans l'herbe avant de basculer dans l'eau verdâtre.

Je m'exprime alors à mon tour, je prends les choses en main, sans véritablement savoir pourquoi ni dans quel ordre, mais tout me vient en tête comme si j'avais déjà vécu cette scène, ce qui n'est pas le cas. J'ordonne au jeune homme d'aller au restaurant, de faire le 144, de demander le Cardiomobile et de préciser qu'il faut un pédiatre pour un bébé noyé. L'adolescent part en courant, affolé mais décidé par sa mission.

Je suis là, agenouillé devant ce petit corps, mais je ne vois plus l'enfant, le nourrisson, je ne vois que les gestes appris bien des années avant pour faire le bouche et nez à un petit, et les consignes qui allaient avec. Placer la tête de l'enfant en arrière, ne gonfler que nos joues, commencer par trois coups rapides puis devenir régulier. Je jeune homme est de retour, il me confirme que l'ambulance arrive, mais me demande aussi qui je suis. Je lui dis que je suis gendarme et l'invite à faire un petit massage cardiaque au bébé, avec deux doigts. Il me dit qu'il a vu ça au secourisme, mais qu'il ne sait plus, qu'il n'ose pas. Je lui montre en deux mouvements, il voit, il comprend, il commence.

Je prends mon souffle, et je me dis qu'il n'y a rien d'autre à faire que de ventiler le bébé. Étonnamment je reste calme, régulier, attentif au thorax durant ces insufflations. Le stress des deux minutes qui viennent de s'écouler, entre les premiers cris de la femme et notre intervention, laisse place à l'espoir. La femme me dit déjà merci car elle voit les poumons de son enfant bouger, mais je sais que ce n'est qu'un mouvement artificiel, qu'il n'est pas encore revenu, mais le regard de cette mère qui place tant d'espoir en nos gestes nous donne une force incroyable, celle de vouloir réussir.

Le temps est long, très long. Il est vrai que nous sommes en campagne, et que l'ambulance ne peut pas apparaître tel un miracle que nous attendons tous. J'ai stoppé deux fois la ventilation artificielle, en vain, le nourrisson ne bouge toujours pas. Si j'ai l'impression que son visage est moins bleu, ses lèvres elles sont presque noires, un mauvais signe. Nous poursuivons, entre ne rien faire et agir le choix est vite fait, et cette ambulance qui n'arrive pas, même si au loin je perçois sa sirène.

Ils sont là, enfin, comme si ces quelques minutes avaient duré une éternité, comme si nous nous étions retrouvés dans un trou noir ou plus rien ne comptait. Oubliés mes soucis, oubliés mes rendez-vous, oubliés le congé ressourçant et le football. Je connais l'un des infirmiers, croisé sur d'autres interventions. Il saisi la situation, nos regards sont déjà un échange d'informations.

Instinctivement je résume tous les éléments que j'ai enregistrés naturellement, professionnellement.  L'heure de la noyade, deux minutes avant l'appel au 144. Je désigne les parents et l'étang. J'explique les actes opérés, la ventilation et le massage. Que le visage s'est rosé un peu mais que la couleur des lèvres a viré au noir. Que les yeux de l'enfant n'ont pas bougé, que ce regard perdu est le même qu'il y a quelques minutes.

Les ambulanciers et le médecin me remercient, tout comme pour le jeune homme qui nous a aidé. Mais lui il est livide, transparent, me pose des questions comme si j'étais médecin. Je n'ai pas ces réponses vitales, mais je me veux rassurant et je lui dis que le bébé est entre de bonnes mains, qu'ils vont aller à l'hôpital pour la suite et que tout ira mieux, alors que je sais qu'aucune certitude ne peut valider mes dires. Je le remercie du fond du cœur, je lui dis même qu'il a été très courageux. Il me dit merci Monsieur et s'en va. Je ne connais même pas son prénom. Aujourd'hui, il est probablement marié et père de famille. Il doit aussi se souvenir de cet événement, car il y a des actes qui ne s'effacent jamais de la mémoire, tout comme je me souviens m'être retrouvé dans un gouffre après cette intervention, vidé de tout, perdu dans mes pensées, impossible pour moi de jouer au foot après un tel événement.

C'est comme le prénom de ce bébé, j'ignore tout de lui, sauf qu'il est décédé trois heures plus tard aux Urgences. Les ambulanciers m'ont téléphoné en soirée pour m'annoncer la chose. Ils m'ont remercié de tout et m'ont invité à les rejoindre pour un débriefing. Je refuse gentiment, je prends sur moi en expliquant que je suis avec ma copine et ça va aller.

Je viens de mentir, car au fond de moi je sais que tout ne va pas aller. Les larmes coulent sans cesse sur mon visage, je n'arrive pas à les stopper. Depuis deux heures j'ai le cœur qui bat à 200. Je garde mes yeux grands ouverts et je raconte encore et encore la scène à ma douce. J'ai aussi ce visage bleu qui ne me quitte plus, il est là, en face de moi, presque palpable. Je cherche des réponses. Qui, quoi, pourquoi, comment ?

Ma copine cherche des mots pour me convaincre que j'ai bien agi, que je ne pouvais rien faire d'autre, mais elle ne les trouve pas, elle ne les trouvera pas, moi non plus.

J'ai revu le visage bleuté de ce bébé, une dizaine de fois durant deux ans. Dans la rue, dans des poussettes, sur des visages de nourrissons qui eux étaient bien vivants, mais qui portaient le masque de mon fantôme.  

Je me souviendrai toute ma vie de cette intervention, je pense souvent à ce bébé, tout en étant convaincu que je n'avais rien d'autre à faire en plus que ce que nous avons pratiqué, en vain. Nous ne sommes que des hommes, on ne peut pas gagner tous les combats, même si parfois on aimerait pouvoir choisir, et laisser vivre un nourrisson un peu plus longtemps. »

 

Ce texte est peut-être une fiction, il sort de l'imagination emphatique d'un lecteur qui se demande comment il aurait réagi à la place de la du jeune homme, et à la place du policier en congé.

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

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06/03/2011

A la poursuite du temps perdu !

« Il est quatre heures du matin, le silence règne sur la radio de la voiture, juste couvert par la bande FM. La patrouille est longue même si les réquisitions ont été nombreuses. Ce petit moment de calme, on l'apprécie, il vient couper la nuit, il aide aussi à penser à autre chose. Tiens, demain il faudra que je poste mon bulletin de vote pour dimanche prochain, et ne pas oublier d'aller chercher la petite à mon réveil, même si depuis quelques années je ne dors plus beaucoup en descente de nuit.

 

Soudain l'annonce tombe, une voiture rouge prend la fuite sur un contrôle, elle est chassée par mes collègues. Des patrouilles sont demandées en renfort. Pas grand monde pour répondre, depuis minuit tous les postes étaient déjà bloqués sur des affaires NCPP. Nous sommes deux à donner suite. La direction de fuite est claire, précise, la frontière. Il faut réfléchir, vite et bien. Le chemin le plus court, le parcours qui nous permettra d'avoir une chance de coincer le fuyard. Il roule à plus de 100 km/h en ville, tel un fou, les feux rouges ne sont pas un obstacle pour lui, pour nous oui. La prudence doit venir nourrir la fougue dans cette intervention, il suffi parfois d'une demi-seconde, de cinq centimètres à gauche ou à droite, et c'est l'incident, pire l'accident.

 

Mon coéquipier est lui sublimé par la course en urgence et à la fois pétrifié à l'approche de chaque croisement, un risque de plus. Pendant quelques minutes il place sa sécurité entre mes mains, mais il a confiance, il voit que je maîtrise, le parcours, les courbes empruntées, les carrefours traversés avec prudence, avant d'accélérer, droit sur l'objectif qu'il sollicite aussi, le fuyard.

 

Ma concentration est telle que je ne peux penser à rien d'autre que la route et à mes choix, instinctifs, décisifs. Oubliée la fatigue de la nuit, l'adrénaline fait sont effet. Je n'ai pas le droit à l'erreur, pour moi, pour lui, pour eux. Le « jeune » répond tant bien que mal à la radio, il donne notre position, que je dois néanmoins rectifier de la voix car il ne connaît pas le nom de toutes les rues.

 

Et puis il y a le fuyard, lui il ne ralenti pas, il a même augmenté sa vitesse en arrivant sur un grand axe. Nos collègues sont toujours derrière, mais ils perdent du terrain, la lucidité de ne pas aller au-delà des limites a des contraintes, celles de ralentir, de prévenir, d'anticiper, ce que le gredin ne fait pas, ne fait plus, il fonce. Il a déjà percuté une autre voiture qui passait normalement un carrefour ainsi que deux autos en stationnement, mais rien ne l'arrête, donc on se doit d'y remédier, avant qu'il ne tue quelqu'un.

 

Je me rapproche des douanes, je sens bien que nous allons le croiser dans quelques secondes, dans deux ou trois intersections. Je donne un petit coup de plus sur la pédale, si proche du but, sur cette longue ligne droite ou il n'y a personne. La radio précise que le véhicule a été volé dans la journée, sur un parking du salon de l'auto. Raison de plus pour ne pas le laisser fuir.

 

Virage à gauche, puis à droite, et là il y a cette lumière qui arrive sur la droite, à la hauteur d'un Stop, et .............. 

 

J'ouvre les yeux, je ne sais pas ce qui s'est passé, je me souviens d'un bruit sourd, d'une voiture blanche qui arrivait sur ma droite, vers un Stop, et puis plus rien. Immédiatement je me rends compte que l'avant droit de notre véhicule est enfoncé, mais je me rends aussi compte que nous ne sommes plus dans le même sens de marche que lors de l'incident, un tête-à-queue probablement. Sur ma droite, mon collègue n'a rien mais n'arrive pas à ouvrir sa portière. Devant nous, sur ma gauche, la voiture blanche est là, figée, elle me fait face. Une ambulance est arrêtée à ses côtés et le médecin s'entretient avec la conductrice. Elle est vivante, je suis soudainement soulagé, sans savoir pourquoi, mais  je ne me suis pas encore aperçu que moi je ne sens plus ma jambe gauche, et que trois pompiers tentent de me sortir de là. Le bruit d'une autre sirène vient bousculer mes pensées, je perds connaissance.

 

Je ne saurai jamais pour quelles raisons cet accident s'est produit, je ne l'ai pas voulu ni souhaité. J'étais certain que les autres devaient me voir, feux bleus virevoltant, et m'entendre, sirènes hurlantes brisant le silence de la nuit. J'étais aussi certain que le grand angle de vue que j'avais pris pour bifurquer à droite m'ouvrait suffisamment de champ pour passer. La prudence m'avait guidée dans mes choix, mes actes, mais là elle n'a pas suffit.

 

La charge morale est là, j'ai blessé une personne en tentant d'en arrêter une autre. J'ai été sujet à une enquête administrative et pénale, tel un criminel que je ne suis pas au fond de moi. J'ai simplement voulu faire au mieux mon métier, en ayant conscience des risques encourus, par moi, par mon coéquipier, par les autres usagers de la route, mais surtout par les risques que créait le fuyard, celui que nous n'avons jamais rattrapé.

 

Demain je vais reprendre le boulot, après douze semaines d'arrêt. Ma jambe a été sauvée, la dame victime lors de l'accident est devenue une amie, elle s'en sort bien heureusement. Je reste en attente d'un jugement, comme tout citoyen, mais je reste aussi convaincu que je dois reprendre la route, et poursuivre ma mission, car si nous nous baissons les bras, il n'y aura plus aucune autorité pour défendre démocratiquement notre population, contre ceux qui fondamentalement ne respectent pas les lois, ni la vie d'autrui. » 

 

Ce texte est une fiction, il sort de l'imagination emphatique d'un lecteur qui se demande comment il aurait réagi à la place de la dame, et à la place du policier.

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

22:17 Publié dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

01/03/2011

Je suis là, elle ne me voit pas, alors j'écoute et j'observe !

Je suis là presque depuis son arrivée. Pourtant, si parfois elle me jette encore un regard perdu depuis son bureau, comme pour s'enfuir dans un voyage lointain sur mes terres africaines, elle ne me voit pas, elle ne me voit plus.

Je devais être un compagnon chaleureux, de ceux qui imposent une présence dans une pièce trop grande, qui brisent la solitude des grandes réflexions, avec mes couleurs ocres sur le fond et mon habit de terre battue brûlée par le soleil, qui contrastent solidement. Mes défenses presque blanches illuminent encore la scène, elles donnent l'impression d'aller de l'avant, d'avancer, sans écraser mais en écartant les dangers. Je dois la rassurer ainsi agencé mais en ces temps de sécheresse, les larmes ne remplace pas l'eau source de vie, d'envie, de projet, de lien entre les peuples, entre les hommes.

Tous ses visiteurs me remarquent en entrant, car j'en impose sachant que les hauts murs blancs immaculés ne font qu'accentuer ma beauté et ma lumière.  Même les radiateurs sont blancs, comme si la pureté devait submerger cette pièce. Oh, je ne suis pas seul, il y a deux grandes orchidées qui ornent mon cadre. C'est étrange, encore un contraste, ces plantes n'aiment pas la lumière directe alors que moi je m'en tanne le cuir volontier en souvenir de ma vie réelle, même si la toile en souffre.

Je sais que jamais je ne retournerai au pays. Un jour je ne serai plus le compagnon de façade adéquat. Une autre peinture viendra me remplacer, noircir cette grande pièce ou l'illuminer de couleurs nouvelles.

Moi, je suppose que je retournerai dans une cave, aux côtés d'autres souvenirs de voyages, de ceux qui font rêver un temps, mais que l'on ne jette jamais, car la mémoire des hommes est comme celle d'un pachyderme qui écoute, qui observe, infiniment précieuse pour garder le sens de nos valeurs !

Walter Schlechten - Habitant de La-Croix-de-Rozon.

 

18:05 Publié dans Fiction, Humour | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

10/01/2011

Elections : Souvenirs d'une provocation, petit bilan !

Vous souvenez-vous du candidat virtuel et du programme de Walter Schlechten ?

(texte du 7 octobre 2009, Blog Minet)

http://minet.blog.tdg.ch/archive/2009/10/07/candidat-virt...

A l'époque, sur le ton de la provocation, j'avais voulu à travers quelques lignes vous donner la possibilité de vous faire une idée sur les choix qui sont les miens en politique pour une « Genève autrement  ».

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08:01 Publié dans Culture, Fiction, Genève, Humour, Politique, Région | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

27/12/2010

Lettre au Père Noël

Cher Père Noël

Si je t'écris une deuxième fois, c'est pour te dire que tu as oublié de passer dans ma maison des rêves

Pourtant je t'avais envoyé une première lettre, qui comportait tous mes voeux et mes souhaits

Je ne te demandais rien de bien de compliqué pour quelqu'un comme toi, juste de quoi améliorer le quotidien des miens

Mais visiblement tu as été trop occupé pour passer, pour traverser tous ces nuages, pour trouver le chemin de mon logis

Alors, si tu venais à faire un deuxième tour, je te redonne mes requêtes en espérant que tu puisses y accéder ;

- que l'orgueil disparaisse sur terre !

- que l'avarice disparaisse sur terre !

- que l'envie disparaisse sur terre !

- que la colère disparaisse sur terre !

- que la gourmandise disparaisse sur terre !

- que la luxure disparaisse sur terre !

- que la paresse disparaisse sur terre !

et apporte nous  ;

- la tempérance et le courage, 

- la prodigalité et l'humilité, 

- la charité et la générosité,

- la modestie et l'espérance,

- la justice et la foi !

Et si tu n'arrives pas à revenir cette année, et bien nous les enfants du monde continuerons à croire que l'homme ne va pas détruire cette terre nourricière et qu'il saura attendre encore une année que nos voeux et souhaits se réalisent enfin.

Mais pour nous aider, il faudrait simplement que tu déposes ma requête auprès de tout les hommes qui pratiquent la politique, juste pour qu'ils se souviennent qu'il sont eux aussi responsables de notre avenir, et que le Père Noël n'existe probablement pas !

Minet.

 

 

23:14 Publié dans Fiction, Politique, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook

30/11/2010

Genève, un monde en soie, mais avec les pieds dans le coton hivernal !

Samedi dernier, je m'étais dis "c'est un accident, la voirie n'a rien vu venir, les prévisions météo étaient décalées, les chutes de neige aussi", mais là je ne comprends plus. Depuis hier, 15 cm de neige sont annoncés, et ce soir on se retrouve dans un chaos indescriptible. Je n'ose pas imaginer demain matin, sous le grand manteau blanc.

Déjà ce soir, plus un bus TPG, peu de Tramways, moins de trains et pas de voirie sur nos routes en ville de Genève, et si peu sur le canton. Quelques communes suburbaines s'étaient visiblement préparées, elles, mais ce n'est pas suffisant pour sauver les apparences.

Les habitants de ce canton et les usagers de passage sont en droit d'avoir des explications, émanant du monde politique et des institutions visées. Une nouvelle fois se sont les hommes du SIS et nos policiers qui vont devoir subvenir au plus urgent, dans ce cataclysme urbain.

Genève veut jouer dans la cour des grands, mais Genève n'a visiblement pas, n'a plus les moyens de ses ambitions.

Heureusement, le CEVA va tous nous sauver, en commençant par l'office de la mobilité, qui lui n'a plus aucune excuse devant une telle anarchie dans la gestion des flux et des .. reflux !

Minet, motard, automobiliste et usager TPG médusé !

21:52 Publié dans Associations, Culture, Fiction, Genève, Images, Médias, Nature, Politique, Région | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook

29/09/2010

Première scène de ménage depuis l'arrivée de la cousine Simonetta !

Depuis quelques jours je suivais de près tous les changements qui intervenaient chez mes voisins, la famille C.-F.

En effet, les départs annoncés des cousins Hans-Rudolf et Moritz, le premier pour un repos forcé à l'alpage, le second pour un long voyage en train et en vélo à travers l'Europe, il y avait deux chambres d'amis de libres.

Plusieurs membres de la grande famille se sont inscrits, venant de presque toute la Suisse, car les places sont rares dans ma ville fédérale. Pour finir se sont les clans qui ont décidé, et sans surprise, la cousine Simonetta a été sollicitée à la grande majorité, alors que le deuxième matelas est revenu à Johann.

Ces choix ont fait bien des déçus.

Premièrement car les deux nouveaux avaient déjà une chambre en ville, donc ce sont deux proches qui vont emménager.

Deuxièmement, dans les clans certains espéraient voir arriver deux cousines. Une seule a été retenue, Simonetta. Faut dire que la famille C.-F. rêvait aussi de se retrouver avec cinq femmes en ménage, elles ne seront que quatre.

Et pourtant, en à peine deux jours, mes voisins sont déjà chamboulés de ces deux arrivées. Le plus surprenant c'est que, tel dans une maison de poupées, se sont les fille qui se chamaillent déjà, sans être les cinq espérées.

Il y a la grande Doris qui a voulu changer de chambre, en prendre un plus grande laissée libre, alors que l'on pensait que Simonetta allait en bénéficier du fait de sa grande réussite.

Il y a Eveline qui n'en pouvait plus de faire la justice dans cette famille et qui qui prend en charge le porte-monnaie de la maison.

Il y a Micheline qui à voulu rester étrangère à tout ça et garder sa chambre, faut dire qu'elle voyage beaucoup et n'est pas souvent là. 

Du coup s'est la cousine Simonetta qui se retrouve à devoir faire la police, dès son premier jour.

Tout ceci n'est pas de bonne augure pour la suite, car comme dans toutes les familles nombreuses, la collégialité se doit d'être le fil rouge de la vie communautaire.

Et là, c'est très mal parti, et je n'ose pas imaginer si une cinquième cousine avait emménagé, on aurait alors retrouvé nos souvenirs d'enfance et la cour de récréation où les filles se disputaient pour jouer à la corde à sauter alors que deux garçons se battaient dans un coin sous le regard incrédule d'un troisième.

J'aime bien observer mes voisins, ils sont tristes mais me font souvent rire depuis trois ans, et là il me semble que l'on ne va pas s'ennuyer cet hiver.

 

Minet.