10/07/2010

Brumes scintillantes, acte IV et Fin

"J'ai le plaisir de vous faire partager sur quatre jours une nouvelle policière écrite il y a peu pour un concours. Cette fiction est toute simple, mais tel est le but d'une nouvelle."

Les brumes scintillantes !

Acte IV et Fin.

 

L'urgence devient plus grande devant la monstruosité de cet acte. Il décide de ne plus perdre de temps et retourne à sa voiture pour aviser sa centrale des faits. L'enquête de police criminelle doit débuter sans retard, même si l'inconnu est mort depuis au moins 4 semaines. En effet, nous avons eu un bel été indien début octobre, et la chaleur a du facilité la putréfaction qui a entrainé la désolidarisation du corps et de la tête.

En moins de 30 minutes les "casquettes" sont là, sitôt suivies d'un Brigadier bedonnant, un vieux de la vieille comme l'on dit dans la "Grande Maison". La brigade criminelle a été avisée, mais il faudra du temps avant que deux de ses hommes arrivent, tout comme l'Officier de police. Le substitut du Procureur de la République qui a été nanti des faits attend la suite avant de se déplacer.

Dans l'attente J.-C.-S fait part de ses constations. Il a découvert le corps d'un type qui est décédé dans des circonstances incroyables. Un meurtre, un assassina crapuleux probablement. Il a du se voir mourir, il a du souffrir terriblement. La ou les personnes qui ont fait ça sont inhumaines déclare t'il. Ses collègues le regarde un peu penaud tout en jetant un œil furtif au cadavre encore en contrebas. Pas joli joli pense le plus jeune des argoulets.  

Derrière, le vieux briscard qui détourne son chemin. Il recule, non il descend à proximité du cadavre. Faut dire que le Brigadier n'a pas la réputation d'être un doux, un tendre. C'est donc pas un cadavre qui pue qui va l'impressionner.

Du haut du ravin, tous l'observent. J.-C.S lui lance même une requête pour qu'il ne touche à rien. Le Brigadier relève furtivement la tête et lui lance un regard de braise comme toute réponse. Il se dirige d'un pas décidé sur la gauche du corps et sans hésiter se penche sur la manche droite de la veste du défunt. A son extrémité, dissimulée sous des feuilles, la deuxième main de malheureux, semi décomposée mais qui tient encore un Opinel, lame ouverte, lui-même retenu par une dragonne attachée au poignet. C'est l'extrémité de cette lame que le vieux briscard avait  vu briller de loin. Il saisi ce couteau et relevant une seconde fois la tête invectiva l'inspecteur ;

"Il s'est pendu tout seul ton gaillard. Sa corde qui le retenait assis, il l'a sectionnée lui-même pour se balancer dans le vide. Ce n'est pas un meurtre, encore moins un assassina. Juste un pauvre type qui devait en avoir marre de vivre et qui est venu crever ici. Il en a même fini par perdre définitivement la tête". 

Les regards désapprobateurs des "casquettes" fustigèrent J.-C-S, qui chercha bien vite à se dissimuler derrière son pardessus souillé. Il fini par se retrourner en jurant une dernière fois ; "quelle journée de merde".

J.-C.-S n'en revenait pas, alors qu'il pensait enfin être tombé sur une grosse affaire, il se devait de constater qu'il venait de subir les déductions tortueuses d'un esprit fatigué, malade probablement, le sien.

L'assassin est en nous, il est dans toutes les têtes, tout comme l'esprit meurtrier ou le désespoir, mais de l'inconscience à l'acte, il n'y a bien souvent que quelques brumes matinales.

Minet

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09/07/2010

Brumes scintillantes, acte III

"J'ai le plaisir de vous faire partager sur quatre jours une nouvelle policière écrite il y a peu pour un concours. Cette fiction est toute simple, mais tel est le but d'une nouvelle."

Les brumes scintillantes !

Acte III

 

Il lui faut rapidement retrouver ses esprits. Il doit joindre sa centrale par radio, impossible pourtant. Ces radios portables, c'est comme les préservatifs, c'est toujours quand on en a besoin que l'on en a pas sur soi, comme aimait à le lui répéter son supérieur, et là il a oublié la sienne sur le siège de sa voiture.

La raison le rappelle à l'ordre et les repères professionnels prennent le dessus. Une tête, mais pas de corps. Pourtant il y a cette forte odeur. Un coup d'œil rapide dans le dévers du sous-bois en direction du ruisseau, et il y devine dans la pente la partie manquante. Un jeans surmonté d'une veste rouge, le corps d'un homme visiblement, couché sur le ventre. La main droite, décomposée, est visible à l'extrémité d'une manche.  Logiquement, il n'y a pas de tête au dessus du col de la veste. Malgré les effluves pestilentiels du cadavre, il s'en approche. Les premières investigations sont souvent les plus importantes. Alors qu'il se penche pour mieux voir, il retient brusquement son souffle. Les chevilles, les genoux, la taille et les bras à la hauteur des coudes sont attachés au moyen de cordelettes, pas les poignets. Des liens serrés, avec des nœuds de marin. Une autre corde, très courte, fait le lien entre l'attache de la taille et les genoux, et c'est visiblement la même corde de lin qui a été utilisée.

La déduction est rapide, le constat aussi. Ce type a été pendu attaché et sous l'effet de la putréfaction le corps s'est détaché de la tête pour retomber en contrebas. Sans encore retourner le cadavre, il lui faudra aviser l'officier de service et attendre la criminelle, la médecine légale  et les pompes funèbres avant de toucher au corps. Là, il remarque un autre bout de cordelette, rattachée aux liens de la taille. Elle est sectionnée, un coup net donné par une lame d'un couteau probablement ou d'un objet très tranchant.  Mais où est l'autre bout de cette attache ?

Il relève la tête et observe le crâne figé au dessus du ravin.  Sur la même branche qui retient le nœud de pendu, il y devine une seconde attache. Il lui faut remonter la pente glissante pour observer ceci de plus prêt. Sans tomber il y arrive, aidé de quelques jurons. Au regard de ce deuxième indice, il est évident qu'il tient là la deuxième partie de la corde sectionnée. Et là le schéma change radicalement. Ce type qui se décompose dans l'oubli de tous n'était pas simplement pendu, il était avant tout suspendu. En effet, la nature des liens et la présence de deux cordes de suspension laissent deviner la scène. Ce mec était en position assise, dans le vide, tel un parapentiste, attaché et retenu ainsi par la première corde, alors qu'une seconde avec un nœud de pendu lui avait été passée autour du cou.  

A-t-on torturé ce pauvre gars en l'attachant suspendu dans le vide, pour le faire parler, voire pour le faire taire en sectionnant cette attache, ce qui précipita son corps dans le vide telle l'ouverture de la trappe sous une potence ? 

(la suite demain)

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08/07/2010

Brumes scintillantes, acte II

"J'ai le plaisir de vous faire partager sur quatre jours une nouvelle policière écrite il y a peu pour un concours. Cette fiction est toute simple, mais tel est le but d'une nouvelle."

Les brumes scintillantes !

Acte II

 

Notre inspecteur situe bien le cours d’eau, il a joué au foot étant gamin sur le stade attenant, et bien souvent le ballon a fini sa course dans ce filet d’eau aux émanations repoussantes. Notre limier a du arrêter ce sport il y a quelques années, ses genoux n’ayant plus vingt ans, et bien plus du double même. C’est un aussi à cause de ses ménisques douloureux qu’il a été rattaché au service du Commissariat, à l’Hôtel de Police, populairement nommé Carl-Vogt, du nom du boulevard qu’il domine dans le vieux quartier populaire de la Jonction. Être encore inspecteur, à son âge c’est déjà une tare, deux promotions bloquées suite à ses problèmes d’alcool et aux rapports du médecin conseil de l’Etat. Un vieux toubib surnommé Dr Pilule, un adepte des antibiotiques, pour soigner un rhume, une hernie ou un eczéma.

Comme personne n'était libre au bureau des enquêtes générales en ce lundi matin, il a décidé de se rendre seul sur les lieux. Après vingt longues minutes de trajet, son mal de tête n’est pas passé, mais il est enfin sur place. Il stationne son « container », comme il aime à la surnommer, sur le trottoir étroit du chemin. En s’éloignant de sa voiture il se rend compte qu’il n’a pas déposé la pancarte cartonnée « Police » sur le tableau de bord. Demi-tour pour corriger cet oubli. Il passerait pour un con s’il était amené à devoir récupérer cette épave à la fourrière, les « casquettes » passant souvent dans le secteur pour aller boire l’apéro en campagne. Se faire enlever la voiture par des collègues, tout, mais pas ça.

Revenu à l’affaire, Jean-Claude Saudan, surnommé J.-C.-S, pour Jésus-Christ-Superstar dans la bouche de ses collègues, enjambe la barrière en bois qui délimite le coin du bois. La lisière du ruisseau n'est pas très longue, mais avec le froid de canard qui s’est abattu cette nuit et ce brouillard qui réduit énormément la visibilité, pas simple d’aller de l’avant pour trouver quelque chose. Il glisse même sur la glaise humide. Le cul par terre, c’est un juron grossier qui l’aide à se relever. La boue n’ést pas la meilleure amie de son unique costume deux pièces. Heureusement, son manteau de pluie vert-bouteille a joué son rôle protecteur et son blazer n’est pas souillé. Le joggeur n’étant resté sur place, le civisme à des limites que le froid délimite bien vite, J.-C.-S. va au feeling. De toute façon, c’est probablement une blague des gamins des Eaux-Vives, un morceau de corde, un nœud de pendu et un bout de bois accroché, juste pour rire. Lui ne rigole pas, il est frigorifié, sa tête sonne le glas et l'odeur des eaux usées du ruisseau viennent se mélanger aux relents d'un café trop fort et d’une haleine fétide.  

Mais la chance est avec lui. Il distingue soudainement, à une dizaine de mètres, une corde suspendue dans le vide, avec quelque chose d’accroché à son extrémité. Une "tête de singe" songe-t-il, ridicule, ce n'est qu'un morceau de bois. Mais brusquement il se fige, se raidi et écarquille grand les yeux. Alors qu'il n'est plus qu'a deux mètres, il devine une oreille, puis un crâne issu d’une décomposition. C'est en effet une tête qui se balance au bout de cette corde de lin. Une tête humaine, osseuse, avec encore quelques lambeaux de peau et des cheveux parsemés. 

Afin de ne pas effacer les traces, J.-C.-S contourne l'arbre qui se dresse devant lui. Trois pas sur sa gauche, mais là il se retrouve soudainement face au vent. Un pas de trop c'est certain. Une forte odeur de putréfaction lui agresse les narines. Comme souvent dans ce cas, les yeux piquent et la nausée est immédiate. Cette odeur il la connaît, tous les flics connaissent cette puanteur. Notre enquêteur n'avait pas besoin de ça ce matin, son estomac étant déjà bien chahuté. Trop tard, penché devant un buisson, il se vide de son petit déjeuner, les trois cafés avalés trop vite, avant de s'essuyer du revers de son pardessus. "Matinée de merde" jure-t-il.

(la suite demain)

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07/07/2010

Première note de Minet libre-penseur, une nouvelle policière pour l'été, sous le titre : Les brumes scintillantes.

"J'ai le plaisir de vous faire partager sur quatre jours une nouvelle policière écrite il y a peu pour un concours. Cette fiction est toute simple, mais tel est le but d'une nouvelle."

Les brumes scintillantes !

Acte I

Genève, premier lundi de novembre 1989, onze heures du matin. Il fait froid. Le brouillard qui s’est installé durant la nuit sur la ville n’arrive pas à se lever. Il est à "couper au couteau" comme l’on dit chez nous. Il faut dire que ce phénomène météorologique ne dispose d’aucune porte de sortie naturelle, la cité de Calvin étant coincée entre le lac Léman et un cul de sac montagneux en forme de V. Celui-ci est constitué du Salève,  un gros rocher gris dont le point culminant est à 1380 mètre, le goulet du Rhône dominé par un ouvrage militaire fortifié, construit à flanc de montagne et désaffecté depuis 1956 par l’armée française, Fort l’Écluse, et enfin la longue chaîne du Jura, frontière naturelle entre la Suisse et la France. Et comme souvent à Genève, prendre de la hauteur n’est pas chose facile. Certains, comme Philibert Berthelier, en ont perdu la tête.

C’est un peu comme Jean-Claude Saudan, inspecteur à la police judiciaire, qui ce matin n’arrive pas à sortir de son brouillard synthétisé la veille par un pur malt de 12 ans d’âge, une migraine liée à ses insomnies récurrentes et les deux aspirines avalées avec ses trois premiers cafés du matin. Pourtant, c’est au volant de sa petite Opel Corsa grise, un véhicule  de service sans âge, dont le compteur ne fonctionne plus depuis bien trop longtemps,  tout comme les freins, qu’il va devoir se frayer un chemin dans ces brumes pour se rendre à la réquisition surprenante qui vient de lui être attribuée. 

Une heure avant, un opérateur de la centrale d’urgence police venait de recevoir un appel troublant. Un jogger, un des ces fous furieux qui participent en décembre à la Course de l’Escalade, 12 ème édition cette année, vient de signaler au moyen de la cabine publique située devant la buvette du stade de Frontenex, une vielle bâtisse classée qui garde tout son charme à proximité des nouveaux bâtiments huppés de la région, qu’un "crâne de singe" se balançait au bout d’une corde, dans le sous-bois situé dans le prolongement du chemin de Grange-Canal, le long du ruisseau.

(la suite demain)

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14/12/2009

Lettre au Père-Noël, Sydney, 9 ans !

Cher Père-Noël,

Je m'appelle Sydney, j'aurais dû avoir 9 ans il y a peu. Je te dis aurais car malheureusement j'ai quitter mon papa trop tôt, suite à un empoisonnement du sang. Je n'en veux à personne, c'est ainsi, même si je sais que je manque aux miens tous les jours. Ils me manquent terriblement aussi tu sais.

Depuis 2 ans, je ne t'écris plus, je regarde tout ça de là haut. Je pensais que vivre dans les étoiles était une chose merveilleuse, mais je constate qu'en étant si haut on voit bien mieux toutes les misères du monde. Alors pour cette fin d'année, j'ai pris ma plume pour déposer ma griffe. Je te préviens, car l'on m'a appris à ne pas mentir, j'ai envoyé la même lettre à Dieu. Reste à vous mettre d'accord si vous vous connaissez.

Donc pour Nöel, ayant été très très sage, presque une étoile parfaite, je te communique ma liste de voeux ;

- Stp, que les guerres se terminent sur terre et dans le coeur des hommes.

- Stp, que les enfants du monde entier trouvent à manger tous les jours dans leur maison.

- Stp, que les religions ne fassent qu'une, même si c'est pas toujours le même Dieu.

- Stp, que les hommes arrêtent de se disputer pour des idées, souvent ils ont les mêmes buts mais veulent prendre des chemins différents pour y arriver. 

- Stp, que ces vilaines maladies qui enlèvent la vie injustement, ou la brûlent à petit feu, disparaissent.

- Stp, que tous mes amis reçoivent ce qu'ils ont commandé pour le 24 au soir, même ceux qui ne m'ont pas pleuré à mon départ. 

- Enfin, je veux, stp, que tu prennes soin de mon papa. Je le vois bien souvent trop triste ces derniers mois. Il es très fatigué par son travail. Tu sais, il ne fait pas tout ça pour lui, mais pour les autres, il mérite que des bonnes choses lui arrive dans le coeur.

D'ailleurs, il a rencontré une très jolie dame. Je la trouve charmante et en plus elle aussi parle aux étoiles le soir. Je crois qu'elle a égallement  quelqu'un qui brille à mes côté. Je suis très content pour mon papa qu'ils se soient rencontrés, on dirait même qu'ils sont amoureux, génial. Maman nous avais quitté trop vite. Tu sais, je n'avais que deux ans mais je me souviens qu'elle voulait juste reprendre sa liberté. C'est la vie.

C'est compliqué l'amour et les adultes, mais quand ça marche c'est super cool.

Voilà, c'est un peu beaucoup, mais comme je ne t'ai rien demandé depuis trois ans, je pense que toi et Dieu devriez arriver à réaliser tout ça. Sinon, je serai obligé de vous écrire l'année prochaine. Mais tu sais, j'aurai alors presque 10 ans dans un an, et même au milieu des étoiles, je ne suis pas certain que je croirai encore au Père-Noël et à Dieu !

Sydney, bisous de la galaxie de mon coeur.  

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