19/03/2012

"Ziki, Brigadier de la Cour au grand coeur"

Quand on est arrivé ce soir « Chez Maria », je ne t'ai pas remarqué seul à une table, je crois même que je ne t'aurais pas reconnu. Pourtant tu étais bien là, sans ton satané respirateur, avec une mine des beaux jours portée par une santé qui s'améliore un peu visiblement.

 

C'est toi qui es venu à nous. Je mangeais avec mes deux demoiselles quand tu t'es joint à notre table, ton verre de rouge à la main. On attendait notre boueuse, celle qu'on aime, servie au "Café de l'Union" avec une petite viande séchée du pays.

 

T'as refilé un billet de dix francs à la gosse, comme ça, juste pour lui faire plaisir, comme un papy avec ses petits enfants. Tu as trinqué avec nous et commandant la même chose et tu nous as offert ton grand cœur.

 

Toi le bourru, le grognard, le cocardier, le rouspéteur, tu nous as gratifiés d'un grand sourire. Puis tu nous as parlé du passé, de tes années au service de la République. Tes paroles étaient accompagnées d'un regard malicieux, tel celui d'un enfant qui raconte une histoire coquine.

 

Tes années à toi ce sont 1964 à 1994, des souvenirs du siècle passé que tu nous as clamés avec les mots d'aujourd'hui. Faut dire que tu as occupé un poste clef, presque honorifique, où la rigueur était de mise avec un soupçon d'entregent. Brigadier de la Cour tu as été, Brigadier des murs du Palais de Justice tu resteras.

 

Le procès de l'étrangleur à la cravate restera d'ailleurs pour toi le plus grand des débats. Ce Tunisien reconnu coupable de cinq assassinats avait été condamné en 1991 à la réclusion à vie lors d'un procès sans précédant pour Genève.

 

Des lois, des juges, des avocats et des hommes tu en as côtoyés. S'il y en a un que tu n'aimes pas c'est le Warlu, beau parleur qui te dérange, qui t'incommode, qui te regardait de haut. Il n'avait pas la prestance des autres, de ceux que tu admirais, de ceux avec qui tu taillais la bavette avec un bon verre. Certains avaient leur table réservée à l'année dans les bistros de la place du Bourg-de-Four, des seigneurs, des complices de la bonne table. Dominique Poncet était ton ami, Michel Halpérin ton confident.

 

Il y a aussi cette anecdote avec Barillon, où tu lui as fait remarquer que sa bavette blanche n'était plus immaculée et que cela ne se portait pas ainsi. Ta franchise coutumière a payé, il en a changé sur-le-champ, sans esclandre.

 

Et puis il y avait la politique, des hommes d'honneur que tu estimais, les Ruffieux, Dupont, Donzé, tous Conseillers d'Etat.

 

Et puis il y avait Monsieur le Chef de la Police, Jean-Robert, l'unique, le seul tu diras.

 

Et puis il y avait le foot, UGS et le FC Police.

 

Et puis il y avait les Vieux-Gren, ceux d'avant, ceux pour qui l'Amitié voulait tout dire.

 

Et puis il y a le temps qui passe et ce Brigadier de la Cour qui ouvre son cœur, comme ça, à quelques jours du printemps, juste pour parler, juste pour partager, juste par amitié.

 

Quel beau cadeau que cette amitié offerte mon Ziki, un moment de vie partagé autour d'un bon verre et des centaines de souvenirs, de ceux que je ne peux imager avec toi, de ceux que je découvre avec toi, de ceux que je comprends si bien, surtout quand tu nous dis que si c'était à refaire tu ne changerais rien, tu referais le plus beau métier du monde.

 

Honneur à toi Brigadier de la Cour.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

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14/03/2012

"L'injustice"

 

Elle est arrivée sans prévenir, dans la nuit, au détour d'un tunnel.

 

Elle ne les a probablement pas réveillés, préférant les surprendre dans leur sommeil.

 

Elle ne les a pas choisis, elle frappe à l'aveugle car elle n'a pas de limite.

 

Elle est toujours lâche car elle atteint souvent les plus faibles.

 

Après son passage, se déploient la colère, les larmes, la tristesse, le deuil, la révolte souvent.

 

Elle, c'est l'injustice, la même qui enlève la vie aux innocents, la même qui brise un amour infini, la même qui distille les tempêtes, les catastrophes, la maladie et la mort.

 

Elle est souvent monstrueuse, mais lorsqu'elle emporte des enfants innocents, des anges qui n'attendaient que de croquer une vie qu'ils commençaient à peine de découvrir, l'injustice ne porte plus de nom car je n'en connais aucun assez fort pour qualifier l'horreur d'une telle souffrance.

 

Rien ne remplacera l'absence, rien ne viendra condamner l'inacceptable, resteront l'amour et les souvenirs, resteront les larmes et le chagrin.

 

L'injustice elle poursuivra sa route aveuglément, accompagnant le destin, celui-là même qui tente de nous amener aux portes du bonheur.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

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04/03/2012

Lettre d'amour à mon père !

Il y a des épreuves dans la vie qui éloignent les gens, il y a des épreuves dans la vie qui rapprochent les familles.

 

Cette nuit va être courte pour nous tous car il y a un mois maman nous quittait, libérée d'un combat inégal face à la maladie, même armée du soutien du staff médical, même armée du courage d'une femme d'honneur, même armée de l'amour de ses proches.

 

Le plus vaillant des soldats tu auras été papa, discret et fidèle, disponible et serviable, doux et attentionné, solitaire et amoureux. De nous tous c'est toi qui portait l'espoir impossible de la guérison, tu voulais y croire, tu t'y raccrochais je pense, tu le souhaitais du plus profond de ton être j'en suis certain.

 

Aujourd'hui tu es là, tu souffres, tes nuits sont courtes et longs sont tes silences, mais tu es présent, si proche d'elle alors qu'elle s'éloigne tous les jours un peu plus de nous. Tu lui rends visite matin et soir, tu lui parles, tu échanges, tu partages ces instants intimes mais tu restes en attente de réponses qui ne viendront pas, qui ne viendront plus.

 

Ce que je peux te dire papa, c'est que maman nous a quitté en te tenant la main, comme pour te passer le témoin de la famille. Cette main tu as su la lui offrir dans ses derniers instants, paisiblement, calmement, lucidement, l'accompagner avec l'amour d'une vie, avec le courage de ne pas la laisser seule, de respecter une promesse déposée il y a fort longtemps probablement.

 

Toi aussi tu as fait preuve d'un courage incroyable papa, et ce matin encore, en ajustant sa tombe, en décorant ce monument éphémère, en t'occupant d'elle comme l'on soigne un malade à son chevet, tu lui apportes tout l'amour qu'un époux, qu'un mari, qu'un homme peut donner à une femme. La séparation est encore plus douloureuse quand l'amour est le ciment du couple et rien n'efface le manque.

 

A mon tour, après avoir eu la chance durant ces derniers mois de le dire à maman, je veux te dire papa que je t'aime, que l'on est très fier de toi, que tu es très courageux et qu'il n'est pas interdit de partager ses larmes, car le chagrin est avant tout une preuve d'amour, pas de faiblesse.

 

« On t'aime papa, courage »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

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02/03/2012

Le jeune loup, le chacal et la lionne !

Il était une fois un mulet roi à bout de souffle, victime d'une allergie maligne. Il résistait tant bien que mal aux allergènes mais du se résigner à quitter la ménagerie, ses souffrance n'étant pas celles des autres.

 

Dans ce grand Cirque des Cols Blancs, l'éviction d'un animal charismatique se devait d'être corrigée et un remplacement dans les meilleurs délais envisagé. Nul obligation de reprendre un mulet, mais le choix se devait d'être représentatif des besoins.

 

Un casting fut donc organisé mais la longue liste des prétendants s'étiola rapidement comme neige au soleil. Trois carnassiers restèrent pourtant en course pour la cage dorée vacante.

 

  • Un jeune loup au poil lustré, au verbe intelligent et à l'œil vif, ambitieux et malin, patient et observateur, indépendant mais s'ingérant souvent dans les débats de la meute.

 

  • Un chacal au poil gominé, isolé depuis quelques années dans une cage frustrante, trop étroite pour son égo de carnivore, râleur et contestataire, fort en gueule mais autoritaire, solitaire mais solidaire, sachant parfois énerver la meute.

 

  • Une lionne au poil sociable, pas méchante pour un sous mais pas un sous pour être méchante, qui donne tout à ses petits et aux plus faibles, laissant les grands se débrouiller entre eux, préférant jouer de mots et des idéaux que sortir ses griffes, sachant néanmoins asséner le coup de patte pour calmer la meute.

 

Le directeur du Cirque des Cols Blancs hésita, encore et encore, et décida que les spectateurs voteraient en juin, lors de la prochaine représentation. En attendant, les clowns feront patienter la population, car en l'état le rire est bien souvent le dernier remède aux maux de notre société.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

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29/02/2012

"Genève bouge"



"Genève bouge", ce qui pourrait être un slogan accrocheur pour le renouveau de notre canton n'est en fait qu'un constat d'échecs.

Échec d'une législature pour un pouvoir exécutif qui se devait d'être guidé par la collégialité, avec un éclatement de sa structure, de ses repères, de ses valeurs probablement à travers un plan quadriennal qui ne sera pas tenu, ni reconnu. Des problèmes institutionnels et humains qui auront pris le dessus sur les objectifs réels et politiques attendus.

Échec d'un Parlement qui a vu ses contre-pouvoirs exploser avec une redistribution des cartes qu'il n'avait pas envisagé. Une métamorphose du schéma politique classique qui n'aura pas permis au pouvoir législatif de travailler sereinement, les alliances d'un jour n'étant plus celles du lendemain, tant le positionnement de chacun des acteurs s'est dispersé, tout comme les idéaux parfois.

Échec d'une Constituante qui à trop vouloir revisiter les écrits fondamentaux  va se retrouver avec un projet qui s'est éloigné des aspirations et des besoins de la République, des Institutions et de l'humain, à travers des valeurs, des croyances, des visions du monde qui ne correspondent pas aux besoins identitaires de notre population.

Échec pour un canton qui à force d'oublier d'en devenir égoïste se perd dans un projet d'une région Franco-Valdo-Genevoise où nos partenaires ne sont pas impliqués avec les mêmes besoins, avec les mêmes volontés, avec les mêmes enjeux, avec le même esprit.

A qui perd gagne Genève s'enlise dans la médiocrité, voulant sauver une image universelle sans se rendre compte que chaque jour elle perd un peu plus de son identité.

L'Esprit de Genève n'est pas mort, mais il doit retrouver son souffle très rapidement au risque de s'éteindre définitivement, tel sera le pari inévitable de la prochaine législature.

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10/02/2012

"Maman, lettre d'adieu"

 

Maman.

 

Perdus au milieu des larmes, nous sommes heureux.

 

Heureux de te savoir libérée d'une maladie cruelle, que tu as combattue avec courage.

Heureux de te savoir délivrée de souffrances, que tu as supportées avec courage.

Heureux de te savoir en paix face à tes peurs, que tu viens de dompter avec courage.

 

Perdus au milieu des larmes, nous sommes heureux.

 

Heureux de t'avoir accompagnée, avec amour, jusqu'au bout du chemin.

Heureux d'avoir partagé des mots d'amour, tout le long de ce chemin.

Heureux d'avoir reçu ton amour, du début, à la fin de ce chemin.

 

Perdus au milieu des larmes, nous sommes heureux.

 

Heureux d'avoir eu la chance de nous dire je t'aime.

Heureux d'avoir eu le bonheur d'écrire je t'aime.

Heureux d'avoir pu t'accompagner car on t'aime.

 

Perdus au milieu des larmes, nous sommes heureux.

 

Heureux de tenir nos promesses, déposées par amour.

Heureux de prendre soins des tiens, avec amour.

Heureux de te garder en nos cœurs, preuve d'amour.

 

Perdus au milieu des larmes, nous sommes heureux.

 

Heureux car tu as quitté ceux que tu aimes, pour retrouver ceux que tu avais illuminés.

Heureux car tu t'es envolée vers les cieux, pour devenir une étoile illuminée.

Heureux car tu veilles sur nous, telle une flamme qui nous montre ce chemin illuminé.

 

Perdus au milieu des larmes, nous sommes heureux.

 

Heureux car ta beauté, ton charme, tes rires, tes sourires, tes manies, tes faiblesses, ta force et ton courage nous accompagnent sur le chemin qui se présente à nous, car l'amour lui, est éternel.

 

"Tu nous as donné la vie, tu nous as offert la tienne, on t'aime Maman"

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

(Lettre lue ce matin, lors de la cérémonie d'adieu)

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06/02/2012

Un amour infini est né !

 

Dimanche matin, cinq heures moins le quart, la femme que j'aime me réveille.

 

-   Ton père vient d'appeler, il cherche à te joindre sur ton portable mais n'y arrive pas, il dit que ta maman ne va pas bien.

 

Je sursaute et vérifie mon téléphone que j'avais pourtant laissé à mes côtés. Un appel en absence effectivement,  il y a deux minutes, mais émanant du Natel de Maman. Pris d'une angoisse profonde je rappelle immédiatement ce numéro. Alors que la sonnerie retenti, je pense à elle, me dit qu'elle est mal, qu'elle n'arrive pas à joindre mon père, qu'elle m'appelle. Sa dernière nuit avait été pénible, elle doit souffrir à nouveau. C'est mon père justement qui décroche. Sa voix est calme mais rauque, je le devine un peu perdu.

 

-         Maman va très mal, elle a fait une hémorragie cette nuit, peux-tu venir ?

-         J'arrive, mais où êtes-vous ?

-         A Beau-Séjour, où maman est hospitalisée.

-         J'arrive tout de suite papa.

-         Ne te met pas sur le toit, c'est verglacé.

-         Non, non, mais je viens tout de suite.

-         Tu devras rentrer par les urgences, derrière le bâtiment car la porte d'entrée principale est fermée la nuit. Il y a un interphone tu verras.

-         Je vois très bien où c'est, j'arrive.

 

Ils sont à Beau-Séjour. Elle y est entrée il y a trois jours en attente d'une radiothérapie, dernier acte possible face à l'avancée de la maladie. Alors que j'enfile un pantalon, un t-shirt, un pull, les idées se bousculent en moi. Je les ai quittés hier soir peu avant la fin des visites, elle était angoissée, elle appréhendait la nuit mais comme tous les soirs depuis dix jours. Je me revois l'embrasser et lui dire à demain. Je me revois lui faire un signe de la main.

 

Clefs en main je cherche mon porte-monnaie. Ma douce et tendre me devine affolé, elle comprend que quelque chose en va pas, me dis qu'il est posé au salon et m'embrasse avec passion, elle me demande encore de la tenir informée. Je devine sa grande compassion sur son visage.

 

Je l'embrasse et sans trop savoir pourquoi la remercie sincèrement de m'avoir réveillé, d'avoir entendu le téléphone, mais au fond de moi je sais qu'elle vient de me laisser une chance de voir ma mère une dernière fois. Des semaines que je dis à mon père de m'appeler si problème il y a, et cette nuit je n'ai pas entendu le vibreur de mon portable, un comble.

 

Personne sur la route, mais elle est dangereuse alors je reste prudent, même si en moi un tic-tac biologique me dit de ne pas perdre de temps.

 

Voiture garée, je sonne à l'interphone. Le gardien de nuit me répond et ouvre la porte à l'énoncée de mon nom de famille, comme s'il attendait mon arrivée. Je prends l'ascenseur et machinalement j'appuie au deuxième, où se trouve sa chambre. Je regarde si un autre étage annonce des salles de soins, un bloc opératoire, en vain. La porte s'ouvre enfin sur l'étage. Mon père est là, seul dans le hall, assis sur une chaise. Il se retourne et me regarde. Ses traits sont tirés et il est livide.

 

-         Maman est partie.

-         Partie, mais ....  Décédée ?

-         Oui, il y a quelques minutes, je suis désolé Walter.

 

Le silence qui régnait dans les couloirs à mon arrivée m'envahit soudainement, un bourdonnement me gagne et mes jambes se dérobent. Je dois m'asseoir, je m'affaisse dans un siège.

 

Je ne saurais aujourd'hui vous décrire les instants qui ont suivis, je ne saurais aujourd'hui vous offrir les ressentis partagés, je ne saurais aujourd'hui vous emmener avec moi dans ce voyage partagé en famille, je ne sais même pas si j'en ai envie.

 

Je vous dirais simplement que je l'ai embrassée longuement, que je l'ai veillée durant cinq heures, que j'ai partagé avec elle quelques musiques au pied de son lit, que j'ai dit à mon père que je l'aimais, que j'ai pleuré, que depuis une brûlure indéfinissable me serre l'estomac, que j'ai beau me dire que c'est une délivrance pour elle, mais rien, non rien ne vient adoucir ma peine, ma tristesse, mes sanglots.

 

A toi ma sœur en larmes, je t'offre mon amour, mon courage, mon cœur et mes bras.

 

A toi mon père, toi qui a été si digne et aimant avec elle, qui l'a accompagnée jusqu'à la fin avec tout l'amour du monde, je t'offre mon amour, mon écoute et surtout mon épaule pour que tes larmes s'y déposent.

 

A toi maman, je te promets que je vais m'occuper d'eux, que je vais garder en moi tes sourires, tes je t'aime, la douceur de ta peau et la sérénité de ton visage. Je vais surtout te dire merci, merci d'avoir été là, merci d'avoir lutté avec courage, merci de m'avoir montré le chemin de l'amour, de celui d'une mère qui sera resté protecteur jusqu'au bout pour sa famille. Tu nous as donné la vie, tu nous as offert la tienne.

 

Repose en paix, car je te sais maintenant libérée et, depuis cette nuit, une étoile de plus brille au ciel, car un ange hier matin y a rejoint les lumières éternelles, car ni l'amour, ni le courage n'auront suffi à vaincre la maladie.

 

« On t'aime à l'infini Maman »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

 

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22/01/2012

"Face à la souffrance, j'aimerais que l'amour rende le courage éternel"

 

La maladie depuis peu a un visage, celui de la souffrance, et tel un miroir il nous renvoie en pleine face nos peurs, nos craintes, nos émotions, nos sentiments.

 

Il y a des jours où le courage d'une mère ne suffit plus, où l'abnégation d'un père ressemble à du désespoir, où les larmes d'une sœur sont une peu de vie qui s'échappe, où ma colère contre cette maladie n'est qu'un combat inégal pour sauver l'être aimé.

 

Il y a des nuits où les insomnies d'une mère réveillent les maux endormis, où les attentions d'un père ravivent les craintes dissimulées, où la souffrance d'une sœur attise la peur de l'éloignement, où ma franchise des mots nous rapproche d'un départ annoncé de l'être aimé et de ses souffrances.

 

Il y a des heures où la bienveillance d'une mère nous enseigne l'humilité face à la mort, où la communion d'un père est le reflet d'un amour éternel, où les mots d'une petite sœur tissent le lien de la famille, où ma peur de perdre une maman m'inonde le regard et l'esprit.

 

Il y a des minutes où un sourire d'une mère efface nos larmes mais pas les angoisses qu'elle porte dans son regard, où les mots rassurants d'un père autorisent à croire au lendemain mais pas à demain, où les espoirs d'une sœur rallument la flamme de la raison qui nous replongent aussitôt face à la réalité.

 

Il y a des secondes où, tout comme eux, j'ai peur de cet avenir si proche, mes craintes sont grandes face aux épreuves qui s'annoncent, mes émotions me brûlent les yeux et mes sentiments resserrent mon cœur, car mon amour est grand pour eux et ma fierté, d'être un fils aimé et reconnaissant le la vie donnée, telle une offrande, est éternelle !

 

« On t'aime maman, courage pour mardi »

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

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15/01/2012

Tout est parti d'un comportement inapproprié !

« Je me souviens de m'être demandé ce que je faisais là, de m'être dis que je n'avais plus l'âge pour et que si cela n'avait pas été pour faire plaisir à mon amie et participer à ce concours de danse, jamais je ne me serais retrouvé en ce lieu.

 

Ce n'était pas la musique qui me dérangeait ce soir là, j'ai par le passé déjà fréquenté assidument cette discothèque, mais la clientèle, trop jeune, turbulente et excitée.

 

J'avais décidé de faire avec, juste une heure ou deux, histoire que ma belle ne soit pas déçue, ni ses deux sœurs qui nous accompagnaient pour ce concours. Faut dire que ce soir là j'étais un peu le King, trois belles filles à mes côtés. Puis, je me souviens aussi de ça :

 

  • On va aux toilettes, tu nous attends là mon cœur.
  • Aucun problème, je vais vous chercher à boire.

 

Les minutes passent et les filles ne reviennent pas des commodités. Je scrute au loin, je les cherche, je les devine enfin. Mon amie est visiblement furieuse.

 

  • Tu ne sais pas ce qui vient de nous arriver dans les toilettes.
  • Euh, non.
  • Un sale type, un petit con en plus, est venu pisser chez nous sans gêne. Je lui ai demandé de sortir, lui indiquant qu'il était chez les filles ici.
  • Et ...
  • Eh bien ce pauvre type m'a saisie par les cheveux, m'a tirer la tête en arrière et m'a traitée de salle pute, en m'intimant l'ordre de fermer ma gueule.
  • Tu plaisantes, il est où ce sale con.
  • Je ne sais pas, il est resté aux chiottes je crois ..  J'ai voulu lui mettre une gifle à ce morveux mais je n'ai pas osé.
  • Bouges pas, je vais aller le voir.
  • Il est là, il arrive, c'est lui (elle me le désigne du doigt).
  • T'es là la pute.. Et toi mec, t'as quoi toi à me regarder comme ça, un problème.
  • C'est toi visiblement le problème, de quel droit tu insultes ma copine.

 

Aucune réponse ne viendra. Soudainement le petit caïd de la soirée me saisi le cou de sa main droite et serre. Je pratique comme par réflexe une clef de poignet et croyant me libérer de cette étreinte. Fausse impression d'un combat égal, je reçois alors un énorme coup de poing d'un grand mec qui se trouvait derrière le petit caïd, puis un coup de pied dans le dos d'un autre que je n'avais pas deviné derrière nous. Au sol, un troisième, un black je me souviens, m'assène à son tour un énorme coup de pied au visage.

 

Je vois les étoiles, je ne comprends pas ce qui m'arrive, les coups pleuvent de partout. Je me relève et je me place devant les trois sœurs qui hurlent, ne voulant pas qu'elles prennent un coup. J'allonge une droite au caïd qui revenait vers moi menaçant, mais c'est la seule que j'aurais rendue car c'est de suite une bousculade géante qui nous entraîne vers la sortie. Un videur, puis deux, puis trois sont intervenus. Ils nous sortent des cette cohue, pour nous protéger mais je ne le comprendrai que plus-tard.

 

Tous les témoins sont là, m'expliquant que se sont cinq français m'ont agressé comme des brutes. Je demande que l'on appelle la police mais pas d'ambulance, même si j'ai le visage en sang. Mon t-shirt est déchiré et que je sens bien que j'ai ramassé.

 

Les videurs m'annoncent que les types on quitté la salle, l'un d'eux aurait une 205 grise immatriculée dans le 74. J'apprends alors très vite qu'ils viennent de Cluse, que là-bas ils font la loi tous les soirs, et qu'ici ils ont déjà menacé un videur avec une arme à feu il y a deux semaines.

 

La police arrive, plusieurs patrouilles même. J'explique, de donne des signalements, d'autres témoins s'annoncent spontanément. J'enlève encore mon t-shirt souillé de sang. Je suis là, comme un con, à torse nu dans la rue, quai Ernest-Ansermet, où les policiers ont mis en place un barrage filtrant, à la recherche de la 205 grise, en vain.

 

C'était en 1991, j'avais 24 ans. Un vendredi soir comme les autres pour moi, une sortie où je m'étais rendu à Jackfill avec ma copine et ses deux sœurs, juste pour participer à un concours de danse. Je n'étais pas retourné dans cette discothèque depuis deux ans au moins, ma vie était ailleurs.

 

J'étais un jeune flic en congé avec une tête au carré, suite à une mauvaise rencontre. J'étais là au mauvais moment, au mauvais endroit, en colère contre les éléments, en colère contre moi de n'avoir pas su, de n'avoir pas pu.

 

Ce soir là, j'ai voulu défendre l'honneur de mon amie, mais ce soir là je suis tombé sur cinq courageux qui m'ont éclaté la tête. Je n'ai jamais retrouvé ces gens, ai-je même cherché, je ne le crois pas, mais par contre je me souviens de tout. »

 

Réalité ou fiction, je vous laisse choisir, mais cette histoire peut arriver à tout le monde, je vous le promets.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

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12/01/2012

Une journée de réflexions !

"On ne motive pas les hommes avec des discours mais en respectant leurs aspirations profondes"

A. Riboud.

 

"L'autorité contraint à l'obéissance, mais la raison y persuade"

Cardinal de Richelieu.

 

"Un ministère qu'on soutient est un ministère qui tombe"

Talleyrand.

 

"En politique il faut guérir les maux, jamais les venger"

Napoléon III.

 

"En politique, il faut donner ce qu'on n'a pas, et promettre ce qu'on ne peut pas donner"

Louis XI.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

 

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02/01/2012

"L'épreuve à la lueur d'un espoir"

 

« Je n'arrive plus à dormir, la lourdeur de la nuit me pèse. Ces six derniers mois ont été une épreuve terrible, je ne la souhaite à personne. Depuis le jour où j'ai pris connaissance de ma maladie, que les mots cancer et soins palliatifs ont été prononcés, j'ai traversé plusieurs états d'esprit.

 

Du doute d'un diagnostique au scepticisme de la gravité d'un mal, c'est l'espoir qui m'a accompagnée.

 

Des effets secondaires d'une chimiothérapie aux modifications physiques de mon corps, c'est l'incompréhension qui m'a habitée.

 

Des résultats d'analyses aux scanners qui ne dissimulent rien, c'est l'introspection de mes doutes qui me tenait éveillée.

 

Des opérations palliatives envisagées à l'assistance oxygénée, c'est la résilience qui s'est manifestée.

 

De la diminution de mes forces aux difficultés de concentration, c'est la peur qui me gagne aujourd'hui.

 

Peur de tomber, de chuter, de perdre du poids, d'être atteinte par une infection, de me blesser, de saigner, de mal respirer, de m'étouffer, peur qu'il m'arrive quelque chose subitement avec la crainte d'être une nouvelle fois hospitalisée.

 

La fausse sérénité qui m'habitait n'est plus là, les doutes, les craintes et la peur sont devenues mes compagnes d'infortune. Il y a des instants où nous n'avons plus besoin de nous écouter, notre corps nous parle de lui-même.

 

Je dois me libérer de ces atteintes négatives, mais je ne sais pas comment faire car elles ne sont pas dues directement à la maladie, mais du fait de mes appréhensions elles-mêmes nourries par l'inconnue du lendemain.

 

Un lendemain que j'envisage, car en six mois j'ai traversé respectivement les anniversaires de ma fille, de mon fils, de mon époux, puis un noël sans cadeau de la vie et un nouvel an sans vœux de bonne année, remplacés par des paroles douces et des mots d'apaisement.

 

Ces moments partagés restent des richesses que je préserve dans mon cœur comme des pierres précieuses, auxquelles j'espère secrètement y ajouter bientôt le rubis merveilleux de l'anniversaire des 17 ans de ma petite-fille et, qui sait, le diamant paisible de ma 67 ème année, des joyaux tous illuminés par la lueur d'espoir qui demeure. »

 

"On t'aime maman, courage"

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

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11/12/2011

Lettre au Père Noël !

Cher Père Noël,

Je sais que tu as énormément de travail, les fêtes approchent et tu dois probablement déjà être débordé par les demandes des autres enfants, sachant que nous gardons tous une âme d'enfant au plus profond de nos chagrins.

Tu sais, cette année je ne voulais pas t'écrire, car tu n'as pas donné suite à ma lettre de l'année dernière. Pourtant je t'ai attendu, j'ai observé le ciel, j'ai espéré en vain. Pour finir, je me suis dit que ma missive ne t'était peut-être par parvenue, ce qui est dommage car je ne demandais rien pour moi, juste quelques petites choses pour que nous vivions dans un monde meilleur.

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Mais voilà, cette fin d'année est un peu spéciale, car même si l'amour est présent en nos cœurs, la tristesse nous gagne, ouvrant parfois le chemin des larmes.

Comme tu le sais, nous n'avons qu'une maman, et comme pour tous les enfants du monde ma maman est la plus extraordinaire, elle est belle, elle est courageuse, elle est digne. Mais malheureusement elle est aussi malade, une vilaine pathologie que tu connais bien et qui attaque ses cellules, un cancer qui ne devrait jamais exister tant les souffrances partagées sont grandes. Certes elle reçoit tout l'amour de sa famille, de notre père, de nous ses enfants, de ses proches, de ses amis qui sont aussi les nôtres. L'aide des médecins semble parfois insuffisante, car si éloignée de nos attentes, de nos espoirs, mais elle demeure notre seul lien avec le corps médical.

C'est pour ça que je t'écris cette année, pour que tu penses aussi aux malades qui, à l'approche de ces fêtes, ont le cœur triste car atteins dans leur santé. Tu sais, j'échangerais tous les cadeaux du monde pour que maman retrouve des forces et gagne son combat contre la maladie, mais je ne pense pas que tu puisses réaliser ce vœux, il est trop grand, il est presque impossible, même si avec l'amour on peut souvent faire des miracles.

Alors n'oublies pas tous les malades du monde, apporte leur une lueur d'espoir, une lumière d'amour, le présent de la vie, comme auprès de leurs familles, de leurs proches, de leurs amis.

Je ne sais pas si cette année tu pourras exhausser mon vœux, mais si tu ne le fais pas pour ma maman, fais le pour les autres qui sont en attente de ce miracle de Noël.

Minet, un petit garçon de La Croix-de-Rozon.

 

 

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03/12/2011

"L'anathème d'une maladie à travers l'espoir et l'amour"

 

« Ces dernières semaines ont été difficiles, aux bonnes nouvelles se sont succédées les mauvaises. Le temps avance, la maladie aussi. C'est vraiment dommage, car mes meilleures ennemies avaient diminué de moitié. Alors qu'elles se résorbaient, mon espoir lui réapparaissait, il se lisait dans mes yeux, mes sourires, dans le regard de mes proches aussi.

 

Il n'y a pourtant pas de protocole établi, pas de plan de guerre, pas de stratégie exacte car chaque jour est un combat nouveau, avec ses surprises, ses inconvénients, ses risques aussi.

 

Ecartée en premier lieu, la radiothérapie était redevenue une hypothèse, une solution, une aide. Pourtant abrasive et dangereuse, elle est sans scrupule pour les cellules et les tissus. J'ai dû faire un grand travail sur moi pour me préparer à cette thérapie, car nulle n'est prête à souffrir pour guérir. Alors que mes choix étaient respectés, alors que mes espoirs étaient replacés, alors que ma volonté était encouragée, alors que j'y étais enfin disposée, ce traitement n'aura plus lieu.

 

Epreuve pénible que celle de revenir en arrière, de régresser, de comprendre que mon corps n'était pas prêt lui à subir une telle agression. La maladie est plus forte que toutes les volontés, et même si je ne baisse encore pas les bras, la résignation m'attaque à son tour sournoisement.

 

Je ne veux pas céder à celle-ci, pas encore, pas maintenant, mais il y a des épreuves dans la vie qui nous rapprochent de la mort. Une infection de trop, une réaction de plus, un diagnostique incertain et le mot est dit, il est prononcé. Reste à l'expurger, à l'assimiler, à le maîtriser, à le comprendre. Un nouveau parcours commence pour moi, pour mes proches aussi, celui de se préparer, d'anticiper, d'organiser, d'admettre mais sans se soumettre.

 

Je me rends bien compte que tout le personnel hospitalier m'accompagne, se sont des gens magnifiques, de belles personnes qui tout en gardant une distance pour se protéger savent nous approcher, nous parler, nous écouter aussi.

 

Je me rends bien compte que mon époux vit avec des peurs et des craintes insurmontables en l'état, je m'aperçois aussi que nous n'avons probablement jamais été aussi proches à travers cette épreuve. Envisager de ne jamais se séparer, de se retrouver, de s'accompagner dans le temps est une belle preuve d'amour, mais il a le droit de vivre, je le lui ai dit.

 

Je me rends aussi compte que mes enfants souffrent, même s'ils sont là, aimants, touchants, encourageants, ils prennent sur eux pour m'offrir leurs forces, leurs espoirs aussi. Ils ont l'amour d'une mère pour eux, en eux et ils ont l'amour d'un père qu'il faudra accompagner. Ils ont du courage car moi aussi je pense que le plus difficile après est pour ceux qui restent.

 

C'est aussi pour ma famille que je ne baisse donc pas les bras ce matin, que je me bats contre cette infection, contre la maladie aussi, pour reprendre des forces et m'offrir la chance d'un traitement supplémentaire. Vivre au jour le jour a ceci de bon que chaque aurore est une nouvelle victoire, car l'aube d'un espoir, de la naissance d'un sourire, d'une caresse, d'un je t'aime, d'un moment de partage et d'amour. »

"On t'aime maman, courage"

 


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15/11/2011

Empathie, dans la peau d'un flic.

« Ce matin encore je me suis réveillé avec de forts sentiments. Ils m'habitent depuis des mois, comme s'ils avaient élu domicile, juste pour me troubler. Ils sont indéfinissables globalement car constitués d'un mélange de ressentis.

 

J'y trouve de l'incompréhension car je ne saisi pas sur quel chemin nous nous engageons. Nous étions censés emprunter une voie nouvelle, je ne la devine pas et aucun signal d'orientation ne vient aiguiller ma route.

 

J'y trouve de la colère car je me rends compte qu'il n'est pas possible de se reposer sur les idées des autres, de ceux notamment qui ne connaissent pas le sujet, qui ne pratiquent pas, qui observent sans apprendre, qui regardent sans comprendre, qui décident sans la lucidité nécessaire.

 

J'y trouve de la tristesse car ceux qui paient le prix de cette situation sont des innocents, des inconnus mais des proches aussi, des gens qui n'ont pas demandé à vivre dans une société aussi rude, même si la crise est là, le bien-vivre ici doit rester un pilier sociétal.

 

J'y trouve de la peur car lucide de la situation, où même nous ne sommes plus protégés, car en danger permanent face à l'inconnu et la non maîtrise du sujet, pour la population, pour nos familles, pour notre intégrité aussi.

 

J'y trouve du dégoût car à force de ne pas être écouté, l'impuissance de nos émotions prouve que nous ne sommes qu'une souche négligeable de la population aux yeux des observateurs, des soldats de la paix juste là pour obéir, sans réfléchir au sens de leur mission, sans analyser les résultats de leurs interventions, sans réaction face au manque d'attractivité des politiques menées.

 

J'y trouve de la terreur face aux horreurs constatées, commises pas des hommes sans scrupule, sans valeur, sans pitié, sans avenir souvent mais sans barrière égallement.

 

J'y trouve de la fureur car les promesses d'hier ne sont pas tenues, le respect attendu et les changements espérés ne sont que des mots qui demeurent lettres mortes.

 

Tous les matins je me confronte donc à la coupure avec mes émotions, car à l'aube je n'y trouve ni joie, ni surprise, ni tranquillité, éléments au combien importants à vivre au travers de nos émotions, juste pour partir travailler sereinement, sans craindre pour l'autre, sans craindre pour mon collègue, sans craindre de ne pas être à la hauteur des attentes de notre société face à la gangrène qui ronge nos rues.

 

Je suis gendarme, je suis policier, je suis flic, je suis argoulet, je suis indigné. »

 


Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

 

 

03/11/2011

"Laurent dit Perquouette, l'homme blessé."

« Hier tu étais là, assis devant moi, tes béquilles posées à tes côtés. Ton visage était  boursouflé, ta peau couleur écarlate, tes yeux lourds et abattus, ton regard éteint, tes cheveux secs et ton haleine fétide, mais sur le fond, tu n'as pas véritablement changé physiquement.

 

La preuve, je t'ai de suite reconnu la semaine dernière quand je t'ai retrouvé paumé au milieu des toxicomanes de la place, toi qui ne touche pas aux produits. Certes tu es devenu un alcoolique, certes ta vie et tes nuits sont guidées par la divine bouteille, mais comme tu le dis si bien, la drogue c'est de la merde. Mais voilà, c'est au centre de ces gens dépendants que tu trouves encore un semblant de vie sociale, au milieu de menteurs, des voleurs, des arnaqueurs, des amis d'un jour, des ennemis d'une nuit.

 

Quand je te regarde, il me revient des souvenirs d'enfance, des souvenirs d'adolescence, des souvenirs professionnels aussi au moment où tu occupais si souvent nos services. Et pourtant, toi et moi le savons bien, au lus profond de ton être c'est un enfant malheureux qui sommeille encore.

 

Nous avons quelque points communs, fils de flics, enfants d'Onex, fans du SFC, et une certaine fierté d'être un gamin de Genève. Si nous n'avons pas eu les mêmes chances dans la vie, ni la même éducation, ni les mêmes parcours, ni les mêmes faveurs, ni les mêmes embûches, nous sommes restés des amis qui se respectent mutuellement car nous avons encore bien des valeurs en commun.

 

Je sais que pour toi, car tu me l'as souvent dis, je suis un exemple, un modèle, mais sache Laurent qu'à mes yeux tu as bien plus de mérites que moi, car à travers tous les obstacles qui sont venus broyer ta vie, ta famille, tu arrives encore à survivre, à ressortir la tête de l'eau. En t'offrant ce café hier, et une écoute attentive, c'était pour mieux de donner un coup de pied au cul, une baffe salvatrice à la vie de merde dans laquelle tu sombres, pour que tu te réveilles par orgueil, par haine de l'injustice sociale, par amitié aussi.

 

Handicapé lourdement d'une jambe, alcoolique, colérique, instable, bagarreur, rentier AI, sdf depuis peu, sans famille, sans ami, sans richesse, ce matin au moment où je t'ai revu, tu m'as dit que tout ce qu'il te restait c'était ta carte d'assurance maladie, telle une bouée qui te rattache encore à la vie.

 

Ce soir, tu es à nouveau perdu, désespéré, révolté, enivré. Tu traînes ta patte douloureuse car un vaurien t'a volé tes cannes anglaises la nuit dernière, alors que tu t'étais endormi en rue au travers de volutes alcooliques. Ce soir tu vas à nouveau dormir dans une allée ou dans un parking car tu refuses d'aller à l'Armée du Salut, un miroir trop moche d'une vie qui ne te plaît pas. Ce soir tu vas probablement souhaiter la mort à tous tes ennemis, mais aussi que la vie s'arrête pour toi avant l'aube, car tu es fatigué, tu es en bout de course, presque en fin de vie.

 

Mais la vie n'est pas aussi moche que tu veux bien le croire Perquouette, la vie est une joie, pas pour ce qu'elle nous apporte, mais bien pour ce que l'on peut amener aux autres, et tu as encore beaucoup à donner, à offrir. Il y a surtout tout cet amour que tu n'as jamais reçu et que tu rêves encore de partager.

 

Alors si tu veux que demain je t'aide en te donnant un deuxième coup de pied au cul, et plus encore, chasse tes démons, sors des ténèbres, montre à la société que tu en as l'envie, le besoin, que tu veux enfin mettre un pas devant l'autre pour avancer, sans avoir besoin de te retourner honteusement sur un passé que tu cherches irrémédiablement toutes les nuits à oublier dans l'alcool, la violence et la peur du lendemain. »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.