05/08/2011

"Il est en moi, mais ce poison va m'aider à vivre"

"Je ne l'avais pas oublié, mais en trois semaines je m'étais habituée à lui, il était presque déjà devenu mon allié, même s'il s'était dissout avec le temps. Passées les premières réactions, le choc et les nausées, j'avais dû me résoudre à admettre qu'il allait falloir vivre avec ce poison que l'on m'administre. Ce soir, pour ce deuxième traitement, il est à nouveau là, il pénètre dans mon corps, goutte à goutte, suspendu au dessus de ma tête. Ce qui est terrible, c'est que ce poison, si nocif pour mes cellules, est pourtant mon seul ami face à la maladie qui me ronge.

Telle une cérémonie, cette perfusion va durer 20 heures. Pas de mélange, l'un après l'autre les produits vont se succéder pour donner l'alchimie attendue, recherchée, espérée. Ce n'est pas d'être alitée qui est difficile actuellement, mais de voir que mon corps change, réagi, se transforme et porte maintenant les stigmates de la maladie. La perte de mes cheveux a été une épreuve. Un symbole de féminité qui disparaît. Ils vont repousser comme me le dit mon fils, mais ma sensibilité est atteinte, l'image est troublée, tout comme mon regard par quelque larmes.

Il y a deux mois j'allais bien, je perdais un peu de poids, ce qui ne me déplaisait pas, tout en ayant simplement du mal à avaler certains aliments. Il y a deux mois j'étais en vie, on me donnait bonne mine et j'allais de l'avant.

Depuis un mois, ma vie a changé, elle s'est raccourcie, elle s'est endurcie, elle s'est révoltée. Pourtant, je n'ai pas envie de baisser les bras, pas encore. Ma famille est là, les médecins aussi. Ensemble nous allons avancer, jour après jour, semaine après semaine. Pas de projet, juste l'espoir que demain sera meilleurs qu'aujourd'hui. Pas de rémission, juste vivre avec et parcourir ce chemin de vie pas à pas.

De la force j'en ai, j'en donne et j'en procure, les épreuves seront pénibles, j'en suis consciente, mais il me manque parfois de l'énergie. Ce combat, cette lutte contre la maladie sont épuisants. Le traitement l'est encore plus paradoxalement. J'arrive à me persuader que si je souffre ainsi, mes cellules indésirables elles succombent, une à une, sans proliférer.  

Je ne vais pas me plaindre, je trouve souvent que mes compagnes de chambres sont bien plus malades que moi. Un miroir que je ne veux pas encore affronter, car tel n'est pas mon destin. Je me battrai, je vais lutter, mais je n'irai pas au-delà de mes possibilités. La souffrance humaine à des limites que l'on doit respecter. Mieux vivre je veux bien, vous quitter paisiblement je l'exige. "

Carpe Diem Maman.

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

 

 

 

23/07/2011

We are the World, we are the children !

Une chanson que nous connaissons tous, un leitmotiv reconnu et accepté qui nous accompagne depuis mars 1985, date de sortie de ce morceau. Autre siècle, autre temps, mais rarement les consciences humaines avaient su se retrouver, se réunir, s'unir et clamer haut et fort l'injustice et famine avec un tel succès.

 

Depuis, certains ont bien tenté de changer le monde, mais en passant de la globalisation à l'altermondialisation, des nouveaux riches aux pays émergents, des cracks boursiers aux flambées du pétrole, des conflits armés antiterroristes aux révolutions populaires, tous en ont oublié les enfants, l'injustice et la famine.

 

Distribuer 156 milliards d'euros au peuple grec pour aider son économie, mais surtout sauver la monnaie unique, voire l'idéologie d'une communauté européenne, c'est quasiment un geste indécent lorsqu'on sait que depuis dix jours l'ONU, par la voix de son Secrétaire général Ban Ki-moon, exhorte les gouvernements à contribuer à l'appel humanitaire d'urgence pour la Corne de l'Afrique, des besoins estimés à 1,6 milliard de dollars, une goutte d'eau dans un puits de milliards. Et pourtant, à ce jour, il n'y a que la moitié de cette somme qui a été débloquée par les États membres.

 

Venir en aide aux millions de personnes affectées par une sécheresse sans précédent depuis des décennies, c'est simplement respecter le droit international qui impose aux États qui sont en position d'aider de le faire immédiatement, là où des vies sont en jeu.

 

Dans certaines régions de la Corne de l'Afrique, le taux de malnutrition des enfants peut atteindre 30 %. Plus de 11 millions de personnes sont affectées et ont besoin d'une assistance pour rester en vie. La close d'urgence est là, l'argent aussi, mais les priorités des uns ne répondent pas aux besoins des autres.

 

We are the World, we are the children !

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

19/07/2011

"Roms service"

« Mon nom est Simona, je ne parle pas français mais le romani, même si je communique aussi en italien. Je suis née à Aiud, en Transylvanie il y a 43 ans, mais j'en parais 10 de plus. Mère de deux enfants, je suis mariée à Gheorghe, un vieil homme malade rongé par l'alcool.  

 

Depuis 3 ans nous venons à Genève, 9 mois par an. Nos enfants nous y rejoignent pendant les vacances scolaires. En Roumanie, l'école est devenue « obligatoire » pour les Roms, sachant que la municipalité nous verse une allocation pour tout enfant scolarisé, ceci grâce à une subvention de la communauté européenne. Impossible pour nous de laisser échapper cet argent, même si l'on est conscient que nos petits doivent apprendre au moins à lire et à écrire.

 

Dans la ville de la croix rouge, la mendicité est notre pain quotidien, pas de voleur chez nous, juste quelques musiciens. La première année nous avions utilisé un transport organisé depuis Alba Iulia. Mais, une fois arrivés en Suisse, la dîme que nous devions reverser au transporteur était trop lourde. Donner la moitié de nos gains durant trois mois, il ne nous restait pas de quoi subvenir à nos propres besoins. Depuis nous prenons une ligne régulière de bus, 1800 kilomètres en 2 jours, mais une fois ici nous ne devons plus rien à personne. Il y a bien des clans qui tentent de nous soutirer de l'argent, mais nous nous tenons éloignés de ces gens. Ce sont des voleurs et leurs lois ne sont pas les nôtres.  

 

A Genève, le plus difficile c'est de trouver où dormir et à manger.

 

Les nuits sont fraîches, même en été. Alors on s'organise, on trouve de quoi se faire un lit de fortune, quelques vêtements usagers dans les boîtes jaunes Emmaus et on s'installe. On dort en groupe, en fratrie, pour se tenir chaud. Depuis 4 mois nous devons tous les jours débarrasser notre campement de fortune car la police et la voirie ont organisé des ramassages.

 

Pour les repas il y a bien quelque œuvres caritatives mais ces lieux si rares sont pris d'assaut par d'autres nécessiteux. Des clochards, des toxicomanes, des requérants d'asile, des femmes abandonnées, des vieux sans ressource ou des jeunes à la rue, il y a de tout et de toutes les nationalités. On arrive encore à y recevoir un repas, mais souvent il faut jouer des coudes pour réussir à y entrer. Il y a bien un gérant d'une supérette qui nous donne les invendus en fin de journée, il n'aime pas jeter, mais son patron ne doit jamais l'apprendre. Comme nos hommes boivent beaucoup de bières, une partie de nos gains apaise leur soif. Nous on travaille le jour, eux nous protègent la nuit, mais les journées sont longues et incertaines.

 

La mendicité ici fonctionne encore un peu, les gens se promènent toujours avec de l'argent en poche, pas comme en France où la carte bleue est devenue la seule monnaie courante. Il faut juste trouver le bon emplacement, le bon jour et la bonne heure, car rien n'est acquis.

 

Personnellement je préfère offrir un sourire pour demander l'aumône, rien ne sert d'insister ni d'insulter, car bien souvent ceux qui donnent une fois recommenceront. Ces gens là ont la main sur le cœur, mais ici la pitié ne marche pas, elle fait peur, les passants changent de trottoir.

 

Par contre, un petit morceau de violon ou d'accordéon et un merci maladroit provoque une certaine générosité. Reste le problème des autorisations, mais il faut payer CHF 10.- par jour pour jouer d'un instrument, nous ne pouvons pas avancer cette somme. Alors, tout comme pour la mendicité, on s'expose aux amendes des policiers. Parfois, si on part immédiatement, l'agent ne prend pas nos noms, il se contente de nous faire fuir.

 

En Roumanie, s'il y avait du travaille, je devrais travailler aux champs durant plus de 9 heures pour gagner la moitié de ce que je récolte ici en un jour. Le soir arrivé, on compte nos gains et on partage. Chacun doit pourvoir manger, boire et s'acheter des cigarettes, seul luxe encore autorisé.

 

Demain, sauf s'il pleut, je retournerai à l'angle de ma rue, usant de mon plus joli sourire pour gagner un peu ma vie, afin de poursuivre  un chemin pourtant sans avenir, juste pour survivre tout simplement. »

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon.

17/07/2011

"Le miroir brisé"

« Je m'appelle Max, je suis né et j'ai vécu dans le quartier de Saint-Jean, mais actuellement je passe toutes mes journées devant la gare de Cornavin. A 63 ans je n'ai plus aucun revenu, je me suis retrouvé au chômage il y a huit ans, puis à l'aide sociale. Il y a deux ans j'ai eu honte de n'être qu'un assisté, j'ai tout laissé tomber, mais depuis j'ai aussi tout perdu. Une histoire qui peut vous arriver demain, tel un cancer, même si on n'ose y croire au quotidien.

 

Après mon licenciement, mon épouse a supporté un an notre situation familiale, ma dérive financière et mes colères alcoolisées. Elle m'a quitté comme on laisse un fardeau sur le bord du chemin, pour mieux avancer, pour ne pas tomber avec lui, pour survivre probablement. D'entretiens d'embauches à mes débauches alcooliques, impossible pour moi de retrouver un travail. J'ai bien vite compris que je ne serai plus jamais un ouvrier comme les autres, un employé, un salarié. Elle aussi l'avait compris, d'ailleurs je ne voulais pas l'entraîner dans ma chute sociale, je ne l'ai pas retenue.

 

Avec une formation dans un métier en déshérence, le vieux cordonnier que je suis n'a eu aucune chance de réussir une reconversion, surtout à mon âge. La faute à qui, à quoi ?

Des institutions noyées sous les demandes, fossilisées dans les lois et les règlements d'application, par le droit, par la gestion administrative des dossiers, oubliant trop souvent l'humain à la porte de l'office. Le chômage c'est comme une maladie, plus elle est longue, moins il est facile d'en guérir.

 

Les factures, les dettes, les impayés, les poursuites, l'évacuation de mon logement, la saisie de mes biens, le tout accompagné de la maladie, la dépression et enfin l'alcool qui devient si vite votre meilleurs ennemi. Il faut dire qu'une fois en rue, la solitude, le froid, la faim, la honte, la douleur demeurent vos seuls compagnons.

 

Le réseau social est quasi inexistant après. Vos proches et vos amis vous oublient, vous chassent parfois, alors que les organismes d'entraide sont bien plus efficaces pour les requérants d'asile que pour nous, les exclus sédentaires.

 

J'ai bien dormi durant quelques semaine dans un foyer d'accueil ou à l'asile de nuit, mais cette vie communautaire n'est pas saine, elle nous noie dans la masse, elle engendre l'habitude et l'effet miroir qui se doit de nous bousculer disparaît à son tour. L'indépendance d'une couche, dans un parc, dans une cave ou un parking reste une des rares libertés où nous nous donnons le choix, celui de garder un peu d'intimité et de dignité. Manger un peu, trouver de l'argent pour acheter le liquide divin, un brin de toilette alors même que les wc publics disparaissent tour à tour, tel est mon quotidien.

 

Heureusement, ce matin comme tous les jours je ne suis pas seul, d'autres exclus sont là, à notre rendez-vous de l'aube. Il y a José, l'ancien chauffeur poids lourds, Marcel, l'ex ouvrier de chantier, Paul, un écrivain qui n'a jamais publié et Izmir un vieux turc qui a fait tous les petits boulots du monde. Nos parties de cartes nous donnent l'impression que les journées sont moins longues. Elles créent aussi un lien social, aussi éphémère qu'il soit mais tissé autour du partage d'un morceau de pain ou d'une bouteille de gros rouge. Nous sommes de gentils clodos, on ne vole pas, on ne mendie pas, on n'escroque pas, on range nos déchets la journée terminée pour ne pas gêner. Mieux encore, on ne demande plus rien car l'on n'espère plus grand-chose.

 

Demain est un autre jour, mais si vous passez devant la gare et que vous nous y croisez, ne détournez plus la tête, mais regardez nous tel un miroir d'une société où demain c'est peut-être votre reflet que vous y verrez. »

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon.

13/07/2011

"Au carrefour de la vie"

« Il est 3 heures du matin, impossible de dormir, ni même de trouver le sommeil. Alors que je suis allongé dans mon lit, mon cœur bat à nonante pulsations minutes depuis plus de deux heures.

 

Les idées noires se bousculent dans ma tête, je ne les maîtrise plus, alors que des idées sombres laissent une larme s'écouler le long de ma joue. Ce n'est ni la première, ni la dernière. Il n'y a aucune honte à pleurer, à se laisser aller, mais je lutte encore.

 

La peur de perdre un être aimé n'a pas de frontière, même si par pudeur je me cache un peu en tournant le dos à mon épouse pour dissimuler cette larme.Pourtant elle a compris la situation. Sa main, délicatement posée sur ma hanche, dépose une caresse douce, légère, affectueuse, aimante et compatissante dans un silence de cathédrale. Elle aussi ne dort pas, elle subi mes tourments mais les comprends, car elle a connu ces instants terribles où l'avenir incertain d'un proche devient une brûlure presque égoïste.

 

 

Vouloir être fort pour qui, pour quoi ? Devant l'injustice de la maladie et les démons qui rongent nos proches, il y a des émotions que l'on ne retient plus. Je me lève et m'en vais pleurer au salon, à la recherche de l'obscurité d'une intimité, solitaire et pudique.

 

Il y a des minutes dans la vie où tout devient relatif, où le sens de nos valeurs est bousculé. L'humain reprend alors toute sa place à travers l'amour porté et la peur de perdre quelqu'un.  On s'en veut un peu d'être aussi faible, alors qu'hier encore nous étions l'épaule sur laquelle se reposer, là nous sommes impuissants. Comment faire pour aider, accompagner, soulager ?

 

Et puis il y a le courage rencontré, celui de la malade, de celle qui pourtant peut tout perdre mais qui se refuse à baisser les bras, pas maintenant, pas comme ça. Un courage digne et emphatique, elle ne veut pas voir ses proches souffrir. Elle pense d'abord aux autres à la place de se plaindre. Ne pas abandonner sa famille, ne pas la laisser dans une situation où tout n'aura pas été réglé.

 

Le courage aussi de mettre des mots sur des symptômes, de prononcer des paroles simples mais lucides sur la maladie, sur le présent, sur le futur. Comment a-t-elle trouvé une telle force intérieure, je me le demande, alors qu'il lui faudra demain déjà commencer la lutte contre ce mal sournois qui la ronge.

 

L'instinct de survie et l'amour porté aux autres lui donne ce courage et cette force. On peut le lire sur son visage, la voir dans son regard. Ne pas se résigner, mais vivre avec la maladie, en faire une compagne d'infortune à la place d'une ennemie, même si la colère gronde et que la souffrance de cette injustice demeure.

 

Si nous nous n'envisageons que le pire, elle, s'est donné comme but de prolongé la vie. Elle nous montre ainsi le chemin à suivre. Aller de l'avant, sans se retourner sur les causes avec des « si » improbables ou des « là » incertains.  

 

Elle, c'est une mère, une femme qui a donné la vie. Elle nous a accompagnés, protégés, adorés, choyés, soignés, lavés, éduqués et conseillés. Elle nous aime tout simplement.

 

Elle c'est aussi la force d'une femme qui ne veut pas partir sans terminer son parcours, car au carrefour de l'amour il y a encore l'espoir d'y rencontrer, avec l'aide de ses proches, un nouveau chemin de vie, une route nouvelle à baliser. »

 

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

"On t'aime maman !"

 

 

 

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29/06/2011

P.H.E.N.I.X

Pendant que la police arrête d'arrêter et que les évadés s'évadent, les politiciens eux réfléchissent à l'avenir. A défaut d'être proactifs ils demeurent réactifs.

 

C'est donc ce jeudi 30 juin 2011 que le DSPE et sa présidente vont présenter le projet Phénix à la commission judiciaire du Grand Conseil.

 

La réorganisation de la police genevoise ou comment un aigle royal peut renaître de ses cendres avec l'aide de ceux qui lui ont brûlé les ailes.

 

La renaissance, c'était donc si simple qu'aucun élu n'y avait pensé avant, subjugués qu'ils étaient par le sentiment d'insécurité.

 

Ce que je trouve saisissant, c'est que comme toutes les années les grandes communications attendues de la part de nos élus se font toujours à la fin du cycle scolaire, jours des promotions et des départs attendus en vacances.

 

Il faut dire qu'il n'y a rien de plus judicieux car ce calendrier ne laisse pas l'opportunité du débat, du dialogue, des questions, des explications ou voire des réactions. Journalistes, députés, citoyens, étudiants, tous partent en villégiature estivale, laissant ainsi les interrogations et les soucis derrière eux. A la rentrée, les élections fédérales seront le sujet de prédilection et la sécurité des genevois passera encore une fois à la trappe du temps perdu.

 

Restent les policiers, les victimes, les auteurs et dans quelques mois les statistiques. Une renaissance qui risque bien malheureusement de ressembler à une continuité abyssale, à vérifier !

 

Walter Schlechten, habitant de la Croix-de-Rozon.

27/06/2011

Si t'as pas un sous, à Genève tu ne bouges plus !

 

Je n'aime pas la Genève de demain, celle que l'on devine à travers divers projets.

 

Ville très chère et canton onéreux où il y fait encore bon vivre, l'on va se retrouver demain déjà devant la doctrine du tout pognon, dans une société de consommation outrancière elle-même rackettée par les taxes, les impôts et la suppression de jouir de la gratuité de l'espace public.

 

Dans trois ans à peine, j'imagine un réveil brutal pour les genevois :

 

Quittant mon logement, dont le loyer vient encore d'augmenter de 8 %, tout en laissant mon épouse malade, dont le montant total de son assurance maladie est devenu insupportable même avec une franchise à CHF 3000.-, j'hésite entre mon vélo électrique, sur lequel j'ai dû y apposer la vignette annuelle 2015 à CHF 365.-, vous savez celle instaurée pour financer la fin du nucléaire avec un franc symbolique par jour, ou mon scooter dont l'essence est à CHF 2.75 le litre.

 

Dans les deux cas, une fois arrivé à la Gare de Cornavin, il me faudra m'acquitter de la taxe parking-ouvert mais surveillé par vidéo surveillance. Il faut dire que CHF 8.- la journée pour un vélo électrique ou CHF 13.- pour le scooter, je regrette presque de ne pas emprunter les TPFVL (Transports Publics Franco-Valdo-Genevois). Certes, avec ceux-ci je mets 48 minutes, ce qui est long entre le Bus puis le Tram, même si l'abonnement annuel « Famille » de CHF 3400.- est déductible des impôts.

 

Pas simple mais je crois que je vais me laisser tenter par ma bécane avec ce grand soleil. Avant de mettre mon casque je prépare la monnaie. Non pas pour le parking, mais pour la traversée du pont du Mont-Blanc, devenue payante l'année dernière,  juste pour financer la future traversée de la rade. C'est CHF 4.50 qu'il me faudra par passage, soit CHF 9.- la journée, juste pour aller bosser sur l'autre rive et en revenir.

 

Rond-Point de Rive, soudain un besoin pressant. Je me dois de rapidement trouver une place de stationnement, pour laquelle je vais resquiller, car faut pas pousser, je ne vais pas débourser CHF 8.- pour déposer mon deux-roues juste trois minutes afin de me soulager. Déjà qu'il va falloir que j'incruste CHF 3.- dans les nouvelles sanisettes publiques juste pour uriner, c'est un pipi doré que je vais lâcher.   

 

Ouf, c'est fait et je n'ai pas été verbalisé par la Fondation Genevoise des Parkings, société privée mandatée par l'Etat pour cette tâche ingrate, engendrer un impôt déguisé. J'ai échappé à CHF 40.- d'amende, ce qu'une vilaine diarrhée n'aurait pas remboursé.

 

Je suis enfin arrivé à la Gare et mon engin est rangé. Mon porte-monnaie lui est déjà vide et ce après mon premier déplacement de la journée.

 

Deux litres d'essence : CHF 5.50

Sanisettes fermées ; CHF 3.-

Traversée du pont du MB ; CHF 4.50

Parking-surveillé ; CHF  13.-

Un café dans la nouvelle Gare CFF ; CHF 4.40

 

Total de ce réveil pécuniaire CHF  30.40

Je comprends enfin pour quelles raisons le guide du motard 2015 affirme : « pour vivre à Genève, il faut CHF 100.- par jour et par personne, ceci sans excès »

« Genève, un monde en soi, et en argent »

Minet le resquilleur !

24/05/2011

Quand le corporatisme prouve, face à la mort, qu'il est une valeur fondamentale de notre société !

Il y a des soirs où  plus rien n’a d’importance.

 

Il y a des soirs où le sens de la vie devient une priorité.

 

Il y a des soirs où les réalités d’une profession nous rattrapent.

 

Il y a des soirs où la douleur partagée est commune avec mes camarades.

 

Il y a des soirs où je pense à une famille en deuil, à une femme désespérée et en larmes.

 

Il y a des soirs où deux orphelins ne trouveront jamais les réponses à leurs questions.

 

Il y a des soirs où des collègues pleurent en silence ou dans les bras de leur épouse.

 

Il y a des soirs où je me demande si notre société mérite autant de sacrifices.

 

Il y a des soirs où je hais la violence gratuite des hommes et l’injustice.

 

Il y a des soirs où je ne trouve plus le sommeil.

 

Il y a des soirs où je ne comprends plus le sens de ma mission, de mon métier.

 

Il y a des soirs où je n’accepte plus que l’on attaque notre corporatisme que seul nous pouvons comprendre, car à travers notre profession nous nous mettons au service des autres, de notre employeur, de l'Etat et de notre société.

 

C’est ce même corporatisme qui fait que la machine avance encore face aux dysfonctionnements politiques ou judiciaires.

 

C’est ce même corporatisme qui fait que la mort de l’un des nôtres est ressenti comme une blessure personnelle.

 

C’est ce même corporatisme qui fera que demain je vais me rendre au boulot, sans crainte mais avec des doutes certains.

 

C’est ce même corporatisme qui fera que mercredi 25 mai 2011, à 1400, tous les policiers de Suisse marqueront une minute de silence et le salut qui est dû à notre camarde assassiné.

 

C’est ce même corporatisme qui fait que ce soir je suis en pensées avec cette famille que je ne connais pas, avec un canton qui est pourtant la source de mes origines, avec ces collègues que je ne côtoie pas, mais avec qui je partage la même douleur et le même amour d’un métier, celui de policier.

 

 

Minet. 

 

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08/05/2011

Stéphane Guillon, ou la méchanceté au service de la liberté d’expression, et de la vengeance !

Samedi soir, théâtre du Léman, il y avait Dieu, les riches et les pauvres, DSK et BHL, les handicapés, les détenus de prison, les japonais irradiés, les morts et les vivants, il y avait surtout Stéphane Guillon et Nicolas Sarkozy.

 

Un duel à distance gagné haut la main par l'humoriste. Certes, la vengeance, à travers un spectacle nommé Liberté Surveillée, est un plat qui se mange froid, mais là le show était chaud.

 

Pas de langue de bois, ou si peu, et des attaques précises comme une décision ministérielle. On peut ne pas aimer son ennemi, mais de s'attaquer à la liberté d'expression, par des moyens de pression, n'aura pas été la plus maligne des décisions du Petit Nicolas. L'effet boomerang n'aura pas été long à attendre.

 

Le public, conquis par la victimisation de l'humoriste et comblé par sa prestation, a lui aussi vite choisi  son camp, même si une ou deux galéjades sont restées douteuses, dans l'ensemble personne ne souhaitait couper le micro du provocateur.

 

Un genre d'humour qui manque en Suisse, à Genève, où la Revue pourrait s'en inspirer pour rendre plus tranchant son spectacle prochain. Ne jamais oublier que l'on peut rire de tout, mais qu'il faut y mettre la manière.

 

Stéphane Guillon y est parvenu, sans compromission politique, sans retenue, laissant le rire prendre le dessus sur la gêne furtive du ressenti. Un humour rare et craint car si loin des banalités.

 

J'en veux pour preuve qu'en fin de spectacle, Guillon nous faisait remarquer que si son spectacle venait à durer nous raterions Eric Zemmour sur la 2. Belle provocation, sans savoir si les deux hommes s'apprécient assez pour un mariage mixte, même si Guillon le fait rire et que Zemmour adore son côté rebel. Selon lui, Guillon c'est un mutin de panurge, un curé de la nouvelle pensée dominante. J'adore l'image.

 

Et comme le dit si bien Eric Naulleau, de qui vient le véritable scandale, du messager de l'humour ou de celui qui est à l'origine de la mauvaise nouvelle.

 

A la sortie de ce spectacle, j'aime à dire qu'il ne faudrait jamais perdre sa liberté d'expression, mais juste son innocence. 

 

Minet

 

01/05/2011

Tourisme en Egypte, nous avons testé !

C'est au mois de novembre 2010 que nous avions réservé un voyage en Egypte, pour ces vacances de Pâques. Depuis, nous avons suivi les événements, écouté les recommandations du DFAE, observé les comportements des agences de voyage, pour décider enfin il y a six semaines de maintenir ce déplacement.

C'est donc à quatre adultes et une enfant que nous nous sommes rendus à Sharm El Sheikh. Certes, cette région touristique n'avait pas été touchée directement par les événements, même si l'information n'a jamais été très précise à l'époque des faits.

Que dire de cette semaine, de nos attentes et des résultats d'un séjour balnéaire presque ordinaire.

Premièrement nous nous attendions à un accueil bien plus chaleureux, plus soigné touristiquement, plus attentif, juste pour convaincre. Pour avoir déjà séjourné à deux autres reprises dans ce pays magnifique, rien n'a véritablement changé

Toute personne demeure un objet d'analyse, de surveillance, d'interrogation, de suspicion. La présence toujours aussi indiscrète des hommes des services de sécurité de l'Etat n'est pas le meilleur signe de bienvenue. Il y a cette agressivité du regard envers les occidentaux et la femme n'est toujours pas considérée. L'administration est toujours aussi lourde et hiérarchisée à tel point que l'on ne se retrouve jamais devant un responsable qui saura prendre une décision. On devine que d'importants changements sont intervenus, des têtes ont dû tomber et les personnes mises en place pas encore rodées à l'exercice. La présence armée, le long des routes et aux check point, est plus discrète qu'il y a dix ans, mais la marine elle est bien présente le long des côtes. Des hommes en armes gardent aussi les entrées d'hôtels la nuit.

Deuxièmement, on devine un pays qui tourne au ralenti avec des institutions précaires. Difficile voire impossible de faire du change en ville ou à l'hôtel, il faut impérativement si besoin est de faire cette opération à l'aéroport. Difficile voire impossible d'obtenir de véritables réponses sur la sécurité en rue ou lors des transports. Difficile voire impossible d'oublier que nous ne sommes là que pour déposer nos devises et repartir. La preuve en est que la clientèle russophone ou jordanienne est spécialement choyée, mais je ne crois pas que le tourisme égyptien peut se contenter de ces uniques richesses pour assurer l'avenir de sa profession.

La grande différence cette année est qu'un grand nombre de touristes européens qui nous accompagnaient on été déçus, tout comme nous.

Le soleil et la Mer Rouge étaient bien au rendez-vous, mais pas le peuple égyptien visiblement encore noyé dans la tourmente des événements, entre les fantômes d'hier et des incertitudes de demain.

Nous sommes arrivés ce soir à Genève, en ayant tenté de laisser ces quelques mauvais souvenirs au bord de la Mer Rouge, mais avec un goût amer, afin de pouvoir déposer un rayon de soleil en arrivant lundi matin au bureau.

 

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06/04/2011

Ville de Genève, dix candidats pour cinq choix !

J'ai une chance énorme, celle de ne pas habiter Genève Ville. A Croix-de-Rozon, sur la commune de Bardonnex, nos élus en place vont être réélus sans aucun doute. Ils s'investissent pleinement, avec satisfaction et pour le bien de notre population.

 

Par contre, en Ville de Genève, vous vous retrouvez avec dix candidats pour cinq sièges. Qui choisir, pour quelles raisons, pour quel avenir ?

 

Petite analyse d'un suburbain :

 

Rémy Pagani, Ensemble à Gauche ;

 

N'a pas la prestance ni les compétences des idées, homme de gauche ne sait pas s'ouvrir aux choses nouvelles, est resté bloqué au vingtième siècle, sans vision d'avenir, ni pour la population genevoise, ni pour la gauche.

 

Sandrine Salerno, Parti Socialiste ;

 

Dit tout et son contraire dans la même année, issue de la gauche caviar n'arrive pas à revenir aux véritables valeurs du socialisme, oublie un peu d'être proche des gens, joue un peu trop sur la fibre féminine en politique.

 

Sami Kanaan, Parti Socialiste ;

 

Homme de gauche, fermé et utopique, mais fidèle à ses valeurs. Pourrait devenir l'étendard du parti socialiste genevois, mais n'a qu'un défaut, il est un homme. Il verra donc sa route barrée par la femme socialiste, et par l'effet Fukushima qui pourrait propulser une élue verte en politique.

 

Esther Alder, Les Verts ;

 

Inconsistante, fragile mais sensible, l'écologie dans toute sa faiblesse, mais une image qui va parfaitement bien s'accoupler avec l'effet Fukushima. Sera probablement élue contre toute attente, mais au détriment de qui, là est la véritable question de son élection.

 

Michel Chevrolet, Parti Démocrate-chrétien ;

 

Souffre de son image d'homme public, souffre de son image tout court. Homme de cœur mais fin stratège, anime les véritables valeurs du PDC mais n'est pas entré en politique par la bonne porte. Pourrait créer la surprise dans un schéma trois de gauche deux de droite, qui sait, y a pas le feu au lac, et il a le temps pour lui car la politique n'est-elle pas tout sauf un long fleuve tranquille.

 

Pierre Maudet, Parti Libéral-Radical ;

 

Ne devrait pas souffrir de la fusion contre nature de son parti à Genève. Véritable homme de politique, arrive probablement à un stade important et devra revoir ses objectifs personnels et politiques dans 4 ans. Au bénéfice d'un bilan très positif, pourrait rebondir à la culture.

 

Florence Kraft-Babel, Parti Libéral-Radical ;

 

Sera victime du succès attendu de Pierre Maudet, des non résultats d'Isabel Rochat et de son manque de charisme. Hésitante tout en tenant un discours libéral très fermé, n'apporte pas l'image d'une ouverture d'esprit suffisante pour un exécutif, un peu à la méthode de Pierre Weiss qui s'enferme dans ses idées. Pourrait se trouver dans le wagon Mauder, mais ne sera jamais une locomotive.

 

Eric Bertinat, Union Démocratique du centre ;

 

Très froid et si peu inventif, n'a pas su convaincre comme député, n'a pas l'esprit de Genève qui souffle en lui, victime de la déroute d'une UDC genevoise sans image, sans valeur, sans résultat mais en pleine restructuration. Trop tôt pour l'UDC, trop tard pour Bertinat.

 

Soli Pardo, Mouvement Citoyens genevois ;

 

Homme intelligent mais englué dans les boues de l'UDC. N'est pas porteur d'une image positive, mais pourrait devenir un lion dans la contestation genevoise. Un vote contestataire pourrait lui être favorable, sauf que les électeurs sont comme certains élus, de véritables girouettes.

 

Carlos Medeiros, Mouvement Citoyens genevois ;

 

Le Velasco du MCG, pourrait bien bénéficier de l'effet 3èmegénération en Ville de Genève en prenant des voix à la gauche. Image sympathique mais insuffisante pour l'exécutif, sauf que Pagani avait la même et il a été élu il y a quatre ans. La surprise pourrait venir de lui, enfin, de son élection.

 http://static.tdg.ch/Evenement-001.pdf

Faites vos jeux, rien ne va plus, à Genève la roulette tourne déjà !

 

Minet.

04/04/2011

"Ce matin je vais crever, seul au monde"

«Ce qui devait arriver arriva, je viens de chuter. Me voilà dans une position bien inconfortable, seul au milieu de cette grande pente, blanche et lisse mais brillante et glissante comme de la glace. En contrebas je devine ce gouffre que j'avais repéré, et que nous cherchons tous à éviter. Si je continue ma descente incontrôlée c'est bien là que je risque de terminer, et en ce lieu c'est certain, jamais l'on ne me retrouvera, perdu pour toujours dans ces abîmes.

 

C'est terrible cette grande sensation de solitude qui nous gagne très vite, loin de nos semblables ont est plus le même. On réfléchi vite, mais comme il y a si peu de solutions, on se résigne, on compte alors sur les autres, mais sur qui. Le service sanitaire et de secours n'intervient que sur appel, mais pour ça il faut qu'un autre usager ou un proche l'avise. Dans l'attente, on reste recroquevillé sur soi-même, comme déraciné et pour se protéger de cette humidité glacée des lieux. On garde les yeux rivés sur ce gouffre tout en priant qu'un autre écoulement ne vienne nous précipiter vers le bas.

 

Personne ne sait que je suis là, ma présence n'était pas préméditée, simplement la résultante d'un besoin urgent de sensations. C'est comme une drogue, on ne peut pas se retenir. Il y a bien quelques passages sur les hauteurs, mais souvent ils restent au dessus, me surclassent sans me voir, sans remarquer ma présence. On pourrait même croire qu'ils m'évitent.

 

Tout au sommet je devine bien l'enseigne principale sur le toit de cette station, Gerberit. Elle résonne comme une évidence, moi un habitué des lieux, été comme hiver, sauf que l'accident d'aujourd'hui n'était pas prévu. J'étais pourtant bien préparé pour l'ouverture, mais je me suis désolidarisé de mon attache, je suis hors piste et là en grand danger. Il n'y a que mon ami Bulbe qui doit se rendre compte de ma disparition soudaine, et encore.

 

Je me résigne, je me raidi, je sais que je vais finir ici, dans cette cuvette, sur ce sol d'un blanc porcelaine, seul au monde. Pas grave, j'ai bien vécu, avec tous mes potes on en a vu de choses, et on a bien voyagé aussi. Faut pas se plaindre, la souffrance n'est rien face à la mort certaine qui m'attend, face au danger qui vient des hauteurs qui me surplombent. C'est un peu comme une course extrême, mais Red Bull ne sera probablement de la partie cette fois, car ce n'est qu'une question de minutes, de secondes, la chasse sera tirée et moi, pauvre poil pubien, perdu dans ces chiottes publiques de Plainpalais, ce matin je vais crever. »

28/03/2011

"La Promesse"

« Il y a des secondes partagées et des promesses déposées qui valent bien plus que tout l'or du monde. Il y a des rencontres face à la mort que l'on ne peut pas éluder, car c'est l'autre qui est à la porte de l'éden, de la délivrance ou des ténèbres. Mais il y a ce calme que l'on devine dans son regard, dans ses mots, dans ses gestes, dans sa requête. Celui qui va partir le sait, le sent, il anticipe alors cette séparation qui sera bien plus douloureuse pour ceux qui restent, et il s'en rend déjà compte.

 

Je m'approche doucement de ce lit, et je saisi cette main qu'il me tend. Elle est froide mais douce, avec une certaine fermeté pour que le lien se tisse. Son regard vous fixe alors avec détermination mais nourri d'empathie, car c'est lui qui va vous demander de faire un effort, de l'accompagner dans son grand voyage, en le rassurant sur ceux qui ne le suivront pas.

 

Il chuchote, comme pour capter encore plus votre attention. Je me penche, serre sa main en signe de communion et lui dis que je l'écoute. Il me parle un peu de sa vie que je ne connais pas, qu'il a vécu heureux et longtemps, m'explique qu'il n'a pas peur, qu'il va rejoindre sa première épouse et qu'il s'en réjouit. Il m'explique aussi qu'il veut partir en paix, mais qu'il a besoin de certitudes. Je l'écoute, compatissant tout en me rendant compte que qu'il n'y a pas de place pour le mensonge au seuil de sa mort.

 

C'est une promesse qu'il réclame, qu'il attend, un acte fort, mais sa demande est naturelle, douce, timide, j'y devine même l'amour qu'il lègue à ses proches.

 

Ce vieille homme que je n'ai rencontré qu'à trois reprises lors de repas de famille, où sa somnolence est bien souvent venue terminer ses gestes maladroits, ce patriarche qui m'avait de suite adopté comme l'un des siens, ce vieillard qui aurait pu être ce grand-père que je n'ai pas connu, me demande de lui donner cette réponse qu'il attend pour partir en paix. Je comprends qu'il prépare ainsi son grand envol qui effacera à jamais cette longue maladie qui l'use encore et encore.

 

De prendre soins de sa petite fille alors je lui promets, sans hésiter, par amour pour elle mais surtout par respect pour lui, car je n'ai rien d'autre à offrir à cet homme mourant que cette belle promesse de cœur, que je tiendrai aussi longtemps que mon chemin de vie l'autorisera, car aucune certitude ne peut le garantir, mais l'espoir de ne pas faillir est une force suffisante pour déposer un tel engagement.

 

C'est la gorge nouée par l'émotion que j'ai quitté sa chamble, en l'invitant à se reposer. Ce vieil homme est mort le lendemain, il est parti loin des siens mais en emportant probablement de nombreuses promesses, car il voulait sauvegarder ses proches de l'avenir, un avenir dont le sien venait d'arriver à son terme, mais qui demeure un éternel recommencement pour ceux qui poursuivent leur route, en respectant les promesses tenues.»

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon !

07:40 Publié dans Culture, Histoire, Nature, Solidarité, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

23/03/2011

"Marcello"

« Il est là, en face de moi, tel un être perdu, rongé par un mal que l'alcool tente de noyer. Des larmes quittent ses yeux mais aucune parole ne vient répondre à mes questions, à ses interrogations. Il a bu toute la nuit mais ne sait plus quelle heure nous vivons. C'est terrible, je le connais depuis 5 ans, c'est un ami, un collègue, un tonton pour nous, il est notre chef mais aussi le meneur, celui qui nous accueil le matin et nous guide toute la journée. Il a souvent raison, il est de bon conseil mais il est aussi souvent absent. Des absences liées à la maladie, mais également à ce cerveau qui se perd dans un brouillard épais, constitué de volutes alcooliques.

 

Ce n'est pas la première fois que je prends sur moi pour dialoguer un peu avec lui à son retour de vadrouille, sans tourner autour du pot. La dernière fois, il m'a promis qu'il allait faire une cure, jus de tomate. Avec un sourire complice, j'ai osé le croire tout en sachant qu'il ne s'y tiendrait pas, qu'il ne résisterait pas, plus.

 

Pourtant, ce matin il est différent, presque lucide sur son état général. J'ai presque envie de dire qu'il se voit crever et qu'il sait aussi qu'il est trop tard pour revenir en arrière. C'est le bout du chemin, une route cabossée par les malheurs de la vie, le vin et la bière, par le petit jaune et le vilain rouge. Il met pourtant un point d'honneur à ne jamais mélanger, mais la quantité elle ne l'arrête jamais.

 

Il est impossible pour moi de le laisser ainsi, mais il m'est aussi impossible de trouver de l'aide pour lui, car c'est une démarche personnelle qu'il doit entreprendre avec toute sa volonté, et le peu de lucidité qu'il lui reste. Pourtant on aimerait bien qu'il le fasse, qu'il arrive enfin à se sortir de cette maladie qui brûle son corps de l'intérieur, mais si visible à l'extérieur. C'est un ami, mais c'est un homme seul face à ses démons.

 

Ce matin là, je m'en souviens, nous avons partagé trois cafés et un sourire pour terminer. Je lui ai parlé comme on parle à ceux que l'on aime, pour qui l'on souffre à travers leurs maux. Il m'a répondu avec une tape sur l'épaule et un « ça va aller mon Minet ».

 

C'est dans ma petite voiture rouge que je l'ai raccompagné chez lui, de peur qu'il ne se perde dans le premier bistrot du coin.

 

Nous avons travaillé encore un an ensemble, puis nos routes se sont séparées.

 

Lui, il est mort comme il a vécu, il s'est écroulé dans un troquet alors qu'il y noyait ses fantômes.

 

Moi, je pense souvent à lui, à toi, Marcello mon ami, mais je n'oublie jamais de boire un verre en ton souvenir, et à ces quelques moments intimes partagés dans ces instants sombres de la maladie. Cette maladie c'est l'alcoolisme, elle tue, elle brise des vies et des familles, elle diminue l'homme et le ronge par dépendance.

 

Cette maladie, c'est de la merde, alors si vous avez un ami, un collègue, un proche qui ne sait pas s'arrêter, tendez lui la main, et écoutez le quelques minutes, le libérant ainsi un peu de ses démons qui pourtant reviendront sans prévenir pour l'emporter. »

 

Walter SCHLECHTEN, habitant La Croix-de-Rozon !

21:27 Publié dans Amis - Amies, Fiction, Solidarité, Spiritualités | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook

12/03/2011

Nos regards tournés vers le pays du soleil levant devraient nous apporter cette humilité que nous n'avons plus !

Il y a des événements dans une vie qui ne laissent pas, qui ne laissent plus indifférent.

 

Il y a eu le 11 septembre 2001, un choc énorme pour l'occident face à l'horreur et la cruauté  humaine. L'inconcevable devenait réalité, l'impensable devenait images, l'inimaginable devenait une réelle menace. Un peuple visé, un pays blessé, une agression physique et morale qui avait pourtant des précédents dans l'horreur.

 

La mémoire humaine garde au plus profond d'elle les horreurs du passé, où l'homme détruit l'homme, avec cruauté et bien au-delà des limites du supportable pour nos consciences.

 

Les ségrégations raciales, la Grande Guerre, la Shoah, Hiroshima et Nagasaki, des génocides et des camps de la mort dans bien des guerres, des crimes contre l'humanité et j'en oublie, pas par manque de respect, mais par ignorance.

 

L'homme ne maîtrise pas l'homme ni les éléments, Tchernobyl et les incidents dans sur les sites Seveso sont là pour nous le rappeler.

 

Il y a des événements dans une vie qui ne laissent pas, qui ne laissent plus indifférent.

 

En 1219 la rupture d'un barrage naturelle a dévasté la ville de Grenoble

 

En 1755 un tremblement de terre puis un tsunami détruisent Lisbonne

 

En 2004 un tremblement de terre puis un tsunami touchent la Thaïlande, la Malaisie, le Sri Lanka et l'Inde.

 

En 2010 un tremblement de terre ravage Haïti.

 

Il y a eu aussi Lothar, Katrina, Ewiniar, Nargis, Jeanne, et autres cyclones ou ouragans.

 

Il y a eu aussi les éruptions, le Vésuve, le Lakagigar, le mont Tambora, le Krakatoa, la montagne Pelée, le Nevado des Ruiz, Eyjafjoll et autres.

 

Il y eu aussi la météorite du cratère de Chicxulub, si loin, trop loin !

 

Mais depuis le 11 mars 2011, il y aura le tremblement de terre et le tsunami qui ont ravagé le Japon. Il y aura probablement une catastrophe nucléaire et sanitaire. On n'ose pas envisager le pire, mais la probabilité est là, bien présente, dictée par les forces de nature. Cette catastrophe vient d'entrer dans nos mémoires collectives.

 

Aujourd'hui, il y a un peuple courageux, solidaire, impressionnant, calme, qui fait face ces catastrophes, dans un pays où probablement le soleil levant n'aura plus jamais le même rayonnement dans le cœur des japonais. Ils méritent notre aide, et notre respect.

 

Walter Schlechten - Habitant La Croix-de-Rozon.