15/09/2013

"Hommage à Adeline"

Croire en l’humain est probablement une richesse, une grandeur d’esprit qui doit nous ouvrir sur le monde.

 

Croire en l’humain est sûrement un don, une qualité qui nous investi d’une mission sociétale, d’un sacerdoce.

 

Croire en l’humain est évidement une utopie, une vision du monde qui se veut rassurante pour nous-mêmes, pour nos proches, pour nos enfants.

 

Croire en l’humain c’est aussi s’abandonner un peu plus, offrir un respect et une confiance à celui qui les avait bafoués.

 

Croire en l’humain c’est également fermer les yeux sur les horreurs commises par l’homme, à travers ses actes, ses gestes, ses mots, ses choix, ses décisions, ses sacrifices, ses intérêts.

 

Croire en l’humain c’est s’offrir un peu, c’est donner de son temps à celui qui n’en a pas, c’est donner de son âme à celui qui n’en a plus.

 

Croire en l’humain c’est avoir confiance en soit, en l’autre, c’est se convaincre que l’homme peut changer, devenir meilleur.

 

Croire en l’humain c’est mener un combat contre une société qui n’aime pas la différence, qui n’aime plus l’indifférence, qui vit de convictions, d'idéaux préconstruits. 

 

Croire en l’humain, c'est observer pour ne pas devenir comme eux, comme ceux qui condamnent à mort, comme ceux qui donnent la mort.

 

Croire en l’humain, c’est mourir un peu, c’est rendre orphelins les préjugés, ceux qui guident le bien et le mal.

 

Croire en l’humain, c’est prendre le risque de se tromper, pas sur ses choix, pas sur ses croyances, mais sur la possibilité que l’homme sache évoluer, se reconstruire, se réinsérer.

 

Ces gens qui, au quotidien, travaillent et vivent avec cet espoir fou, cette vision humaniste d’un monde meilleur, ces gens là méritent tout notre respect car ils sont rares. Ils entretiennent une lueur d’espoir qui doit nous laisser croire que fondamentalement l’homme est bon, que nos enfants ont un avenir dans une société qui pourtant tous les jours assassine un peu plus nos fondamentaux.

 

Walter SCHLECHTEN, habitant de Perly. 

 

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09/02/2013

De la fusion à l'érosion il n'y a qu'un temps, même en amour !

 

Il y a quatre ans, j'ai rencontré une jeune femme, très belle mais inaccessible selon moi. Trois morceaux de fromage et un peu d'humour m'ont permis de tisser un lien avec elle. Immédiatement, cette attache a été fusionnelle, émotionnelle, irrationnelle, comme si le temps nous avait rattrapés pour nous unir, comme si le destin nous avait désignés.

 

La communion fut grande, presque indescriptible, comme lorsque vous rencontrez une personne et que vous la considérez comme votre moitié, un morceau de vous mais dans un miroir féminin.

 

Les deux années qui suivirent furent magnifiques, seuls nos sangs n’étaient pas unis ou mélangés, car sinon nous étions en osmose, en harmonie, tout en complicité. L’amour guidait nos pas, nos mots, nos actes et nos sentiments. Il ne laissait pas de place à l’ennemi, à l’ennui, à autrui. Ce même amour nous guidait pour le partager avec une petite fille qui avait sa place dans le coeur de sa maman et qui devait trouver la sienne dans le miens. Rapidement elle entra dans ma vie, rapidement elle entra dans mon coeur, tel l'enfant que je n'avais pas eu, que je regrettais. 

 

Puis vint la routine, puis vint le temps où l’enfant devient adolescent, puis vint le temps où les minutes comptes et les heures passent. Les éléments du triangle infernal s'étaient installés, les rôles furent bouleversés. Tour à tour sauveur, victime ou bourreau, le cycle de la vie nous donna des rôles bien différents. Et comme si cela ne suffisait pas, la mort et le désarroi vinrent se rajouter à la turbulence des sentiments.

 

Ajoutons à ça les turpitudes du monde du travail, les animosités qui détruisent car sournoises, les éléments extérieurs qui pénètrent le couple de l’intérieur, et il n’en fallait pas plus pour que l’amour s’envole. 

 

Trop de larmes pour les autres, pas assez de joie pour nous, trop de misère à partager et pas assez d’amour à échanger. Le couple se meurt, l’enfant roi grandi et s’impose, l’adulte se cache et cherche sa place, l’amour lui disparaît.

 

L’attente, l’espoir, la rébellion et le refus feront le reste par manque de dialogue. La séparation envisagée laisse alors place à l’opportunité, celle qui redonne du goût à la vie, à l’amour.

 

Une rupture n’est pas un échec, l’échec aurait été de ne pas vivre cette histoire. Une fin où la haine remplace l’amour, comme pour mieux se séparer, comme pour mieux éviter les folles explications, comme pour dire que jamais nous nous retrouverons.

 

Je ne garde alors ce soir que les bons souvenirs, des instants merveilleux, des mots lumineux, un amour respectueux, un projet de vie heureux. Je chasse les mauvais moments, les cris et les larmes, je ne garde pas les doutes et les explications manquées, ni les excuses élaborées, car l’échec de cette histoire est constitué par de multiples éléments qui nous ont échappés, qui libres comme l’air sont venus ronger les liens tissés.

 

Ce fut une belle rencontre, une belle histoire, un amour sincère et profond, ce fut irrationnel aussi car intemporel, mais je l’ai vécu, je l’ai partagé, je l’ai aujourd’hui abandonné, pour mieux me reconstruire, pour vivre tout simplement car il n’y a pas plus grande souffrance que celle de la solitude vécue dans un couple. Être seul n’est pas une souffrance, c’est un choix, et il ouvre la porte à l’espoir, l’amitié, l’amour et le partage. De la revoir revivre, heureuse presque, est aussi le signe que le moment était venu de fermer la dernière page de ce beau livre. 

 

Walter Schlechten, ex-habitant de La Croix-de-Rozon. 

 

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06/01/2013

L'année des hannetons !

«Observant le grand bain de la politique genevoise avec un certain recul, peut-être avant d’y plonger un jour, la réflexion suivante me vient à l’esprit.

 

Dans quelques semaines les partis politiques vont déposer les listes de leurs candidats en vue des prochaines élections. Au grand jeu des alliances et des querelles de clocher il y aura des gagnants, mais aussi des perdants.

 

Si pour moi il devient une évidence que l’Entente devra compter sur une liste PLR-PDC équitable pour garder la majorité au Conseil d'Etat, il apparaît aussi à mes yeux comme indispensable que le MCG et l’UDC poursuive leur alliance. Pas de fusion, pas de grand mot ou de gros mot, juste une liste commune à travers une politique commune (chômage – immigration – sécurité). Pour le reste, le poumon gauche du MCG doit vivre à travers un projet politique, le poumon droit de l’UDC doit lui survivre à Genève en reprenant son souffle auprès des instances nationales du parti.

 

Autre évidence, et ce n’est en aucun cas une attaque personnelle, il serait souhaitable qu’Eric STAUFFER ne se présente pas au Conseil d’Etat. Une liste à quatre POGGIA – AMAUDRUZ – GOLAY – LEYVRAZ aurait bien plus de chance sans la présence du volubile STAUFFER. Cet homme reste l’un des moteurs du parti, mais il devrait en demeurer le guide emblématique, le symbole d’une révolte dont la réussite politique se doit maintenant d’être incarnée par d’autres moins exposés.

 

La gauche va devoir se battre face à ces adversaires, le risque est grand de voir les Verts perdre un siège au Conseil d’Etat et il n’est pas certain aujourd’hui que le parti Socialiste soit prêt à saisir la place libérée. En effet, il doit d’abord penser à repourvoir sa place laisée vacante tout en évitant une crise interne entre les candidats à la candidature.

 

L’année 2013 va être guidée par ces élections sauf que là nos élus doivent en priorité adopter un budget, puis gagner des votations importantes pour envisager de faire passer l’intérêt partisan ou dogmatique avant les réalités sociétales. L'année des hannetons vient de prendre du retard.»

 

Walter Schlechten, un habitant de La Croix-de-Rozon !

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25/11/2012

Petite leçon d'humilité

« Ce matin, le docteur m’a expliqué que ma maladie était très grave, que ni lui ni la médecine ne pouvaient lutter contre et que le temps ne jouait pas en ma faveur. Il m’a encore raconté, en me parlant très doucement, comment cette même maladie allait m’enlever la vie dans les semaines qui arrivent.

 

Moi, je n’ai que huit ans, je ne suis qu’une petite fille qui n’a jamais demandé à tomber malade, je ne l’ai pas fait exprès d’ailleurs. Je n’ai rien fait pour et mes parents m’ont même dit que ce n’était de la faute à personne, que cette maladie était juste sournoise.

 

Je ne sais pas ce que veut dire sournoise, mais ce que je sais c’est que mon ventre et mon dos me font mal, que j’ai des migraines toutes les nuits, que je ne peux plus manger ce que je veux et que les repas qui me sont destinés à l’hôpital des enfants ne sont pas terribles. Je sais aussi que je maigris, que je perds du poids et que cela va continuer. Je risque même de perdre mes cheveux dans quelque temps selon la petite fille qui partage ma chambre.

 

L’autre jour, j’ai vu ma maman pleurer alors que les visites se terminaient. Elle venait de m’offrir les plus beaux sourires, les plus beaux je t’aime, les plus belles caresses. Elle voulait me rassurer et m'offrir tout son amour m’a expliqué le docteur mais moi je crois que c’est elle qu’elle voulait rassurer. Je ne veux pas voir mes parents tristes, je ne veux plus voir de larmes sur leurs joues, je ne veux plus qu’ils souffrent à cause de ma maladie et chaque fois qu’ils discutent avec les médecins.

 

Ce n’est pas simple pour eux de venir tous les jours à l’hôpital, papa travaille toute la journée et maman garde d'autres enfants à la maison, elle est maman de jour. C’est le métier que je rêvais de faire. Ils font tous les efforts du monde pour ne pas me laisser seule, ils veulent me montrer qu’ils ne m’abandonneront jamais. Je me rends bien compte que c’est très difficile pour eux, moi je suis malade, c’est normale que je souffre, mais eux ils ne méritent pas ça.

 

Dimanche papa m’a raconté une histoire avec un ange, un petit garçon qui est monté au ciel après un accident et qui est devenu le plus beau des anges gardiens. Je ne me souviens plus de la fin, mais je sais que moi aussi je veux suivre ce chemin, devenir un ange gardien pour aider, accompagner, surveiller, veiller sur mes parents et mes amis d’école. Depuis, je pense parfois que cette maladie est un miracle, elle va me permettre de monter au ciel et de devenir la plus belle des preuves d’amour, un ange de l’amour.

 

L’infirmière de nuit m’a aussi parlé de toi, ce Dieu que l’on ne voit jamais et qui ne répond pas à nos questions. Elle m’a affirmé que tu étais la solution à presque tous les problèmes et que bien souvent il suffisait de croire en cette possibilité pour que nos vœux se réalisent, avec la force de l’âme m’a-t-elle dit.

 

Alors ce soir, Dieu, je voudrais que tu arrêtes de faire souffrir mes parents, que tu stoppes la maladie qui me ronge, que tu nous libères tous de ce cauchemar qui fait pleurer les gens que j’aime. Donc ce soir, Dieu, je veux du plus profond de mon cœur que tu m’enlèves la vie, que tu me laisses m’envoler vers le ciel, te rencontrer peut-être mais surtout devenir cet ange gardien qui protègera mes parents, ma famille, mes amis, mes copains et copines d’école.   

 

Maintenant, je vais fermer les yeux de mon âme, m’endormir doucement et j’espère bien que tu seras alors plus fort que la maladie pour que tu puisses m’emporter et ainsi libérer des gens qui souffrent.

 

PS : Si par hasard tu n’as pas le temps cette nuit de t’occuper de moi, on peut réessayer demain soir, je pense que je dois pouvoir faire tourner en bourrique la maladie quelques heures de plus. »  

 

Walter Schlechten, un habitant de La Croix-de-Rozon. 

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08/10/2012

Hommage à Monique Stadlmayer

Mon cœur est triste ce soir, cette saloperie de maladie a emporté une belle personne. Une injustice de plus qui a frappé une femme souriante, dévouée, engagée et courageuse. Ta lutte contre la maladie a été longue, si longue. De plus, tu n’as pas été épargnée par les embûches de la vie, ton compagnon t’ayant été arraché sans prévenir. Ce soir je sais que tu as rejoins l’homme que tu aimais, ce soir je sais que tu ne souffres plus, ce soir je te sais sereine. 

C’est à mon arrivée à l’UPCP que nous avons fait connaissance, toi la grande et moi le petit. Tu avais l’expérience du comité, l’expérience des négociations contractuelles, l’expérience de la vie aussi. Ton parcours professionnel n’a pas été simple car tu en voulais, comme si tu avais perpétuellement cherché à être l’égal de l’homme dans cette profession masculine. Pourtant, à travers tes combats, tous tes combats, tu as été bien plus forte que bien des hommes.

C’est souvent une leçon de vie que tu nous donnais en nous rappelant des principes élémentaires. Tu n’oubliais jamais les malades et ceux touchés par le malheur dans nos corporations. Nombreux sont ceux et celles qui ont reçu ta visite, avec cette empathie et ce sourire qui te caractérisaient si bien. Tu savais aussi remettre les chics-molles en place, avec toi il ne fallait pas se plaindre pour rien, il fallait lutter, il fallait avancer sans rien attendre des autres.

Tu n’étais pas religieusement croyante, il me semble, mais tu aimais à croire que l’esprit humain avait la force de, le pouvoir de, si la volonté était là. Je me rappelle de cette discussion où nous avions parlé de ta maladie, je t'avais offert mon écoute mais tu avais déjà cette conviction profonde que la solution était là, juste au dessus de ta tête, à travers cet esprit, cette âme, telle une présence, une puissance capable de tout qui émane de nous et qui ne vient pas d’ailleurs.

Ton sourire et ton regard pétillant étaient une lumière perpétuelle pour nous, tout comme tes coups de gueule étaient redoutables, redoutés. Tu es la première femme que j’ai connue qui voulait se battre comme un homme, avec les mots, avec force, avec une présence physique qui démontrait ton engagement, tout en gardant cette sensibilité féminine. 

Pour ces quelques années partagées avec toi, pas toujours dans la bonne humeur mais noyées dans la franchise, je te dis merci ce soir. Tu sais, je ne savais pas que tu étais au Chuv, sinon je serais venu te dire au revoir, comme toi tu l'as fait pour bon nombre de nos malades à qui tu rendais visite. Tu méritais mon amitié, tu méritais cet au revoir. 

Repose en paix Monique, toi qui pensais qu'il y avait quelque chose de positif qui émanait de l'humain, une force sans nom, sans visage, et bien elle est  si présente en ce jour de deuil qu’elle nous accompagne à travers notre chagrin, comme si tu étais encore là. 

Tu resteras à jamais en nos cœurs, comme une femme d’exception qui voulait aller au bout de ses rêves. Que ceux-ci soient exhaussés là où tu reposes, car la souffrance n’est plus ton quotidien, car la maladie n’est plus le seul chemin, car la paix est en toi revenue.

 

Avec sincérité et toute mon amitié, je te dis adieu Monique.

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon

Ancien président de l’UPCP

 

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05/08/2012

Hommage !

 

En ce 5 août, déjà six mois que tu nous as quittés. Pourtant, hier soir tu es venue me rejoindre dans mon rêve, et pour la première fois nous nous sommes parlés, nous avons échangé, nous nous sommes regardés puis nous nous sommes séparés, à nouveau.

 

La douleur est perpétuelle, elle est terrible, elle nous brûle, elle nous consume, elle nous ronge. Tu nous manques, tu nourris nos larmes et donnes libre court à notre désespoir. Le plus dur est pour ceux qui restent dit on, c'est un fait que nous pouvons tous confirmer.

 

Faire notre deuil, impossible, improbable, insupportable, chacun dans la famille le vit différemment mais se confronte au mur des souvenirs. Il n'y a que nos larmes discrètes qui pensent dissimuler nos peines, en vain.

 

A jamais tu restes en nos cœur, à jamais tu seras là, à nos côtés. D'ailleurs, je compte sur toi pour venir nous aider, nous guider, nous gronder, nous secouer parfois, toi qui a été si forte, si courageuse, tu es l'image même d'un courage que nous n'avons pas.

 

Reste à délivrer papa d'un lien tissé par amour et noué par le désespoir,  reste à tes enfants à grandir sans toi, reste à tes proches à oublier les mauvais instants pour ne garder que tes sourires, reste que la vie continue même si elle n'a plus le même goût, la même saveur, les mêmes couleurs.

 

On t'aime maman, repose en paix et apporte nous celle-ci car on en a tous besoin.

 

Walter.

 

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Andrée SCHLECHTEN

(05.02 / 05.08 / 2012)

 

 

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04/03/2012

Lettre d'amour à mon père !

Il y a des épreuves dans la vie qui éloignent les gens, il y a des épreuves dans la vie qui rapprochent les familles.

 

Cette nuit va être courte pour nous tous car il y a un mois maman nous quittait, libérée d'un combat inégal face à la maladie, même armée du soutien du staff médical, même armée du courage d'une femme d'honneur, même armée de l'amour de ses proches.

 

Le plus vaillant des soldats tu auras été papa, discret et fidèle, disponible et serviable, doux et attentionné, solitaire et amoureux. De nous tous c'est toi qui portait l'espoir impossible de la guérison, tu voulais y croire, tu t'y raccrochais je pense, tu le souhaitais du plus profond de ton être j'en suis certain.

 

Aujourd'hui tu es là, tu souffres, tes nuits sont courtes et longs sont tes silences, mais tu es présent, si proche d'elle alors qu'elle s'éloigne tous les jours un peu plus de nous. Tu lui rends visite matin et soir, tu lui parles, tu échanges, tu partages ces instants intimes mais tu restes en attente de réponses qui ne viendront pas, qui ne viendront plus.

 

Ce que je peux te dire papa, c'est que maman nous a quitté en te tenant la main, comme pour te passer le témoin de la famille. Cette main tu as su la lui offrir dans ses derniers instants, paisiblement, calmement, lucidement, l'accompagner avec l'amour d'une vie, avec le courage de ne pas la laisser seule, de respecter une promesse déposée il y a fort longtemps probablement.

 

Toi aussi tu as fait preuve d'un courage incroyable papa, et ce matin encore, en ajustant sa tombe, en décorant ce monument éphémère, en t'occupant d'elle comme l'on soigne un malade à son chevet, tu lui apportes tout l'amour qu'un époux, qu'un mari, qu'un homme peut donner à une femme. La séparation est encore plus douloureuse quand l'amour est le ciment du couple et rien n'efface le manque.

 

A mon tour, après avoir eu la chance durant ces derniers mois de le dire à maman, je veux te dire papa que je t'aime, que l'on est très fier de toi, que tu es très courageux et qu'il n'est pas interdit de partager ses larmes, car le chagrin est avant tout une preuve d'amour, pas de faiblesse.

 

« On t'aime papa, courage »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

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06/02/2012

Un amour infini est né !

 

Dimanche matin, cinq heures moins le quart, la femme que j'aime me réveille.

 

-   Ton père vient d'appeler, il cherche à te joindre sur ton portable mais n'y arrive pas, il dit que ta maman ne va pas bien.

 

Je sursaute et vérifie mon téléphone que j'avais pourtant laissé à mes côtés. Un appel en absence effectivement,  il y a deux minutes, mais émanant du Natel de Maman. Pris d'une angoisse profonde je rappelle immédiatement ce numéro. Alors que la sonnerie retenti, je pense à elle, me dit qu'elle est mal, qu'elle n'arrive pas à joindre mon père, qu'elle m'appelle. Sa dernière nuit avait été pénible, elle doit souffrir à nouveau. C'est mon père justement qui décroche. Sa voix est calme mais rauque, je le devine un peu perdu.

 

-         Maman va très mal, elle a fait une hémorragie cette nuit, peux-tu venir ?

-         J'arrive, mais où êtes-vous ?

-         A Beau-Séjour, où maman est hospitalisée.

-         J'arrive tout de suite papa.

-         Ne te met pas sur le toit, c'est verglacé.

-         Non, non, mais je viens tout de suite.

-         Tu devras rentrer par les urgences, derrière le bâtiment car la porte d'entrée principale est fermée la nuit. Il y a un interphone tu verras.

-         Je vois très bien où c'est, j'arrive.

 

Ils sont à Beau-Séjour. Elle y est entrée il y a trois jours en attente d'une radiothérapie, dernier acte possible face à l'avancée de la maladie. Alors que j'enfile un pantalon, un t-shirt, un pull, les idées se bousculent en moi. Je les ai quittés hier soir peu avant la fin des visites, elle était angoissée, elle appréhendait la nuit mais comme tous les soirs depuis dix jours. Je me revois l'embrasser et lui dire à demain. Je me revois lui faire un signe de la main.

 

Clefs en main je cherche mon porte-monnaie. Ma douce et tendre me devine affolé, elle comprend que quelque chose en va pas, me dis qu'il est posé au salon et m'embrasse avec passion, elle me demande encore de la tenir informée. Je devine sa grande compassion sur son visage.

 

Je l'embrasse et sans trop savoir pourquoi la remercie sincèrement de m'avoir réveillé, d'avoir entendu le téléphone, mais au fond de moi je sais qu'elle vient de me laisser une chance de voir ma mère une dernière fois. Des semaines que je dis à mon père de m'appeler si problème il y a, et cette nuit je n'ai pas entendu le vibreur de mon portable, un comble.

 

Personne sur la route, mais elle est dangereuse alors je reste prudent, même si en moi un tic-tac biologique me dit de ne pas perdre de temps.

 

Voiture garée, je sonne à l'interphone. Le gardien de nuit me répond et ouvre la porte à l'énoncée de mon nom de famille, comme s'il attendait mon arrivée. Je prends l'ascenseur et machinalement j'appuie au deuxième, où se trouve sa chambre. Je regarde si un autre étage annonce des salles de soins, un bloc opératoire, en vain. La porte s'ouvre enfin sur l'étage. Mon père est là, seul dans le hall, assis sur une chaise. Il se retourne et me regarde. Ses traits sont tirés et il est livide.

 

-         Maman est partie.

-         Partie, mais ....  Décédée ?

-         Oui, il y a quelques minutes, je suis désolé Walter.

 

Le silence qui régnait dans les couloirs à mon arrivée m'envahit soudainement, un bourdonnement me gagne et mes jambes se dérobent. Je dois m'asseoir, je m'affaisse dans un siège.

 

Je ne saurais aujourd'hui vous décrire les instants qui ont suivis, je ne saurais aujourd'hui vous offrir les ressentis partagés, je ne saurais aujourd'hui vous emmener avec moi dans ce voyage partagé en famille, je ne sais même pas si j'en ai envie.

 

Je vous dirais simplement que je l'ai embrassée longuement, que je l'ai veillée durant cinq heures, que j'ai partagé avec elle quelques musiques au pied de son lit, que j'ai dit à mon père que je l'aimais, que j'ai pleuré, que depuis une brûlure indéfinissable me serre l'estomac, que j'ai beau me dire que c'est une délivrance pour elle, mais rien, non rien ne vient adoucir ma peine, ma tristesse, mes sanglots.

 

A toi ma sœur en larmes, je t'offre mon amour, mon courage, mon cœur et mes bras.

 

A toi mon père, toi qui a été si digne et aimant avec elle, qui l'a accompagnée jusqu'à la fin avec tout l'amour du monde, je t'offre mon amour, mon écoute et surtout mon épaule pour que tes larmes s'y déposent.

 

A toi maman, je te promets que je vais m'occuper d'eux, que je vais garder en moi tes sourires, tes je t'aime, la douceur de ta peau et la sérénité de ton visage. Je vais surtout te dire merci, merci d'avoir été là, merci d'avoir lutté avec courage, merci de m'avoir montré le chemin de l'amour, de celui d'une mère qui sera resté protecteur jusqu'au bout pour sa famille. Tu nous as donné la vie, tu nous as offert la tienne.

 

Repose en paix, car je te sais maintenant libérée et, depuis cette nuit, une étoile de plus brille au ciel, car un ange hier matin y a rejoint les lumières éternelles, car ni l'amour, ni le courage n'auront suffi à vaincre la maladie.

 

« On t'aime à l'infini Maman »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

 

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22/01/2012

"Face à la souffrance, j'aimerais que l'amour rende le courage éternel"

 

La maladie depuis peu a un visage, celui de la souffrance, et tel un miroir il nous renvoie en pleine face nos peurs, nos craintes, nos émotions, nos sentiments.

 

Il y a des jours où le courage d'une mère ne suffit plus, où l'abnégation d'un père ressemble à du désespoir, où les larmes d'une sœur sont une peu de vie qui s'échappe, où ma colère contre cette maladie n'est qu'un combat inégal pour sauver l'être aimé.

 

Il y a des nuits où les insomnies d'une mère réveillent les maux endormis, où les attentions d'un père ravivent les craintes dissimulées, où la souffrance d'une sœur attise la peur de l'éloignement, où ma franchise des mots nous rapproche d'un départ annoncé de l'être aimé et de ses souffrances.

 

Il y a des heures où la bienveillance d'une mère nous enseigne l'humilité face à la mort, où la communion d'un père est le reflet d'un amour éternel, où les mots d'une petite sœur tissent le lien de la famille, où ma peur de perdre une maman m'inonde le regard et l'esprit.

 

Il y a des minutes où un sourire d'une mère efface nos larmes mais pas les angoisses qu'elle porte dans son regard, où les mots rassurants d'un père autorisent à croire au lendemain mais pas à demain, où les espoirs d'une sœur rallument la flamme de la raison qui nous replongent aussitôt face à la réalité.

 

Il y a des secondes où, tout comme eux, j'ai peur de cet avenir si proche, mes craintes sont grandes face aux épreuves qui s'annoncent, mes émotions me brûlent les yeux et mes sentiments resserrent mon cœur, car mon amour est grand pour eux et ma fierté, d'être un fils aimé et reconnaissant le la vie donnée, telle une offrande, est éternelle !

 

« On t'aime maman, courage pour mardi »

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

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02/01/2012

"L'épreuve à la lueur d'un espoir"

 

« Je n'arrive plus à dormir, la lourdeur de la nuit me pèse. Ces six derniers mois ont été une épreuve terrible, je ne la souhaite à personne. Depuis le jour où j'ai pris connaissance de ma maladie, que les mots cancer et soins palliatifs ont été prononcés, j'ai traversé plusieurs états d'esprit.

 

Du doute d'un diagnostique au scepticisme de la gravité d'un mal, c'est l'espoir qui m'a accompagnée.

 

Des effets secondaires d'une chimiothérapie aux modifications physiques de mon corps, c'est l'incompréhension qui m'a habitée.

 

Des résultats d'analyses aux scanners qui ne dissimulent rien, c'est l'introspection de mes doutes qui me tenait éveillée.

 

Des opérations palliatives envisagées à l'assistance oxygénée, c'est la résilience qui s'est manifestée.

 

De la diminution de mes forces aux difficultés de concentration, c'est la peur qui me gagne aujourd'hui.

 

Peur de tomber, de chuter, de perdre du poids, d'être atteinte par une infection, de me blesser, de saigner, de mal respirer, de m'étouffer, peur qu'il m'arrive quelque chose subitement avec la crainte d'être une nouvelle fois hospitalisée.

 

La fausse sérénité qui m'habitait n'est plus là, les doutes, les craintes et la peur sont devenues mes compagnes d'infortune. Il y a des instants où nous n'avons plus besoin de nous écouter, notre corps nous parle de lui-même.

 

Je dois me libérer de ces atteintes négatives, mais je ne sais pas comment faire car elles ne sont pas dues directement à la maladie, mais du fait de mes appréhensions elles-mêmes nourries par l'inconnue du lendemain.

 

Un lendemain que j'envisage, car en six mois j'ai traversé respectivement les anniversaires de ma fille, de mon fils, de mon époux, puis un noël sans cadeau de la vie et un nouvel an sans vœux de bonne année, remplacés par des paroles douces et des mots d'apaisement.

 

Ces moments partagés restent des richesses que je préserve dans mon cœur comme des pierres précieuses, auxquelles j'espère secrètement y ajouter bientôt le rubis merveilleux de l'anniversaire des 17 ans de ma petite-fille et, qui sait, le diamant paisible de ma 67 ème année, des joyaux tous illuminés par la lueur d'espoir qui demeure. »

 

"On t'aime maman, courage"

 

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

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03/12/2011

"L'anathème d'une maladie à travers l'espoir et l'amour"

 

« Ces dernières semaines ont été difficiles, aux bonnes nouvelles se sont succédées les mauvaises. Le temps avance, la maladie aussi. C'est vraiment dommage, car mes meilleures ennemies avaient diminué de moitié. Alors qu'elles se résorbaient, mon espoir lui réapparaissait, il se lisait dans mes yeux, mes sourires, dans le regard de mes proches aussi.

 

Il n'y a pourtant pas de protocole établi, pas de plan de guerre, pas de stratégie exacte car chaque jour est un combat nouveau, avec ses surprises, ses inconvénients, ses risques aussi.

 

Ecartée en premier lieu, la radiothérapie était redevenue une hypothèse, une solution, une aide. Pourtant abrasive et dangereuse, elle est sans scrupule pour les cellules et les tissus. J'ai dû faire un grand travail sur moi pour me préparer à cette thérapie, car nulle n'est prête à souffrir pour guérir. Alors que mes choix étaient respectés, alors que mes espoirs étaient replacés, alors que ma volonté était encouragée, alors que j'y étais enfin disposée, ce traitement n'aura plus lieu.

 

Epreuve pénible que celle de revenir en arrière, de régresser, de comprendre que mon corps n'était pas prêt lui à subir une telle agression. La maladie est plus forte que toutes les volontés, et même si je ne baisse encore pas les bras, la résignation m'attaque à son tour sournoisement.

 

Je ne veux pas céder à celle-ci, pas encore, pas maintenant, mais il y a des épreuves dans la vie qui nous rapprochent de la mort. Une infection de trop, une réaction de plus, un diagnostique incertain et le mot est dit, il est prononcé. Reste à l'expurger, à l'assimiler, à le maîtriser, à le comprendre. Un nouveau parcours commence pour moi, pour mes proches aussi, celui de se préparer, d'anticiper, d'organiser, d'admettre mais sans se soumettre.

 

Je me rends bien compte que tout le personnel hospitalier m'accompagne, se sont des gens magnifiques, de belles personnes qui tout en gardant une distance pour se protéger savent nous approcher, nous parler, nous écouter aussi.

 

Je me rends bien compte que mon époux vit avec des peurs et des craintes insurmontables en l'état, je m'aperçois aussi que nous n'avons probablement jamais été aussi proches à travers cette épreuve. Envisager de ne jamais se séparer, de se retrouver, de s'accompagner dans le temps est une belle preuve d'amour, mais il a le droit de vivre, je le lui ai dit.

 

Je me rends aussi compte que mes enfants souffrent, même s'ils sont là, aimants, touchants, encourageants, ils prennent sur eux pour m'offrir leurs forces, leurs espoirs aussi. Ils ont l'amour d'une mère pour eux, en eux et ils ont l'amour d'un père qu'il faudra accompagner. Ils ont du courage car moi aussi je pense que le plus difficile après est pour ceux qui restent.

 

C'est aussi pour ma famille que je ne baisse donc pas les bras ce matin, que je me bats contre cette infection, contre la maladie aussi, pour reprendre des forces et m'offrir la chance d'un traitement supplémentaire. Vivre au jour le jour a ceci de bon que chaque aurore est une nouvelle victoire, car l'aube d'un espoir, de la naissance d'un sourire, d'une caresse, d'un je t'aime, d'un moment de partage et d'amour. »

"On t'aime maman, courage"

 


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13/08/2011

"Manon, le nouveau monde"

« Mon prénom est Manon. Je suis née à la Clinique des Grangettes le 9 août 2011 à 0557. Selon la formule consacrée, je vais bien, je mesure 41 cm et pèse 3'500 grammes.

 

Demain je vais rentrer chez moi, chez nous. J'ai des parents formidables. Maman est une perle, elle me parle toute la journée, même la nuit parfois, et papa tourne en rond comme un avion, comme s'il ne savait pas où atterrir. En trois jours j'en ai vu passer des visites, que des gens que je ne connais pas. Certains vont m'accompagner tout au long de ma vie, mais d'autres je ne les reverrai probablement jamais. Ils sont tous adorables, sauf quand ils me parlent avec des bruits bizarres, que je ne comprends pas. Mais bon, ils ont le sourire, c'est le plus beau des cadeaux.

 

Par contre, je me demande où je suis arrivée, dans quel monde on vit, car si tous ces adultes adorent me faire des grimaces dans les premières minutes, ils parlent rapidement de leurs soucis, comme si je n'étais pas là. J'ose croire que tout n'est pas aussi sombre dehors, car ce n'est pas dans ce monde là que j'ai envie de grandir.

 

Voyez plutôt :

 

  • Un homme a été retrouvé à Annemasse avec une balle dans la tête, c'est un meurtre mais selon mamie Jeannine il n'est pas mort tout de suite.
  • Énormes incendies en Espagne, des centaines de personnes évacuées, dont la cousine de Juan.
  • Il y a eu cinq morts dans des émeutes à Londres, Gérard a annulé son vol Easy-Jet prévu la semaine prochaine, ils iront à Rome à la place.
  • Un avion s'est écrasé en Russie, 123 morts, dont un grand sportif que connaissait Laurent.
  • L'appartement de Marie a été cambriolé le week-end dernier, tous ses bijoux ont disparus.
  • Antoine se demande s'il ne va perdre son emploi, car l'ambiance n'est pas terrible à la banque actuellement à cause de la bourse.
  • Julien lui explique qu'un trader s'est suicidé la semaine dernière après la ruine de ses clients.
  • Dans la Corne d'Afrique, 12 millions de personnes risquent de mourir de faim si l'on ne fait rien. Tante Sophie a versé CHF 50.- à la Chaîne du Bonheur pour apporter son aide.
  • La maman de Patricia, une collègue à maman, a un cancer.
  • Selon Adrien, l'accident de la centrale de Fukushima aura des répercussions sur le nombre de cancer, même en Europe.
  • Philippe est dégoûté car l'armée tire sur la foule en Syrie, il y aurait trente morts par jour.
  • Judith s'inquiète car la varicelle est entrée à Champ-Dollon, où travaille son mari.
  • Stéphane va divorcer, il n'aime plus Caroline.

 

Enfin, comme dit papa tous les soirs en quittant la chambre de maman : et surtout ne te fais aucun souci, y a pas de problèmes, y a que des solutions dans la vie. »

 

Manon, une petite fille du nouveau monde.

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

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09/08/2011

Lettre à Clémence !

« Chère Madame,

 

Si me permets de vous écrire ce soir, au son des mes mots, c'est pour trouver en vous une résonance à mes pensées. Qui mieux que vous sait nous observer du sommet de la tour nord, tout en regardant le temps qui passe et les minutes qui s'écoulent, sous la bise ou le vent, sous la pluie ou au firmament des lueurs du soleil, voire de la lune.

 

Je ne suis pas centenaire comme vous, loin de là, mais depuis quelques années j'observe aussi ma ville, mon canton, ses citoyens et ses décideurs. Si ces derniers ne savent plus sonner le glas à la lecture des chiffres ou lors des tempêtes, ils ne trouvent pas non plus les solutions aux problèmes rencontrés, presque ignorés car dissimulés.

 

Pourtant, au jour le jour nous ne nous retrouvons plus en cette société genevoise, que d'aucuns ont pourtant servi, au prix de leur vie parfois, laissant leur nom dans l'histoire, et en nos murs souvent. Un historique galvaudé par l'abandon de nos valeurs. Mais Genève n'est-elle pas devenue ce qu'elle est le siècle passé grâce à celles-ci ?

 

Genève perd son âme, son identité, sa culture, sa joie de vivre et son patrimoine. Genève est devenue gourmande, mais ce péché a un prix exorbitant, celui de l'argent et des envieux.

 

Pourtant, nous avons l'eau et le feu, les montagnes et les neiges éternelles, du poisson et des bisons, des vergers et des champs, des chemins et des routes, des écoles et des cantines, des parcs et des promenades, des monuments et une cathédrale mythique.

 

Je n'aime pas la direction prise pour l'avenir, nous nous égarons, abandonnons nos repères et sacrifions nos valeurs sacrées pour mieux plaire. Mais à qui, à quoi, je vous le demande ?

 

Chère Clémence, vous qui sonnez juste depuis si longtemps, n'avez-vous pas les mêmes craintes que moi ? Pire encore, il se pourrait que l'on vous sacrifie prochainement vous aussi, sachant que les derniers bastions de la fin du vingtième siècle tombent un à un aujourd'hui, même en vieille-ville.  

 

Votre prénom résonne en nos cœurs comme un chant, celui de la liberté, de la défense de nos valeurs, de nos croyances, mais de nos espoirs surtout. »

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

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05/08/2011

"Il est en moi, mais ce poison va m'aider à vivre"

"Je ne l'avais pas oublié, mais en trois semaines je m'étais habituée à lui, il était presque déjà devenu mon allié, même s'il s'était dissout avec le temps. Passées les premières réactions, le choc et les nausées, j'avais dû me résoudre à admettre qu'il allait falloir vivre avec ce poison que l'on m'administre. Ce soir, pour ce deuxième traitement, il est à nouveau là, il pénètre dans mon corps, goutte à goutte, suspendu au dessus de ma tête. Ce qui est terrible, c'est que ce poison, si nocif pour mes cellules, est pourtant mon seul ami face à la maladie qui me ronge.

Telle une cérémonie, cette perfusion va durer 20 heures. Pas de mélange, l'un après l'autre les produits vont se succéder pour donner l'alchimie attendue, recherchée, espérée. Ce n'est pas d'être alitée qui est difficile actuellement, mais de voir que mon corps change, réagi, se transforme et porte maintenant les stigmates de la maladie. La perte de mes cheveux a été une épreuve. Un symbole de féminité qui disparaît. Ils vont repousser comme me le dit mon fils, mais ma sensibilité est atteinte, l'image est troublée, tout comme mon regard par quelque larmes.

Il y a deux mois j'allais bien, je perdais un peu de poids, ce qui ne me déplaisait pas, tout en ayant simplement du mal à avaler certains aliments. Il y a deux mois j'étais en vie, on me donnait bonne mine et j'allais de l'avant.

Depuis un mois, ma vie a changé, elle s'est raccourcie, elle s'est endurcie, elle s'est révoltée. Pourtant, je n'ai pas envie de baisser les bras, pas encore. Ma famille est là, les médecins aussi. Ensemble nous allons avancer, jour après jour, semaine après semaine. Pas de projet, juste l'espoir que demain sera meilleurs qu'aujourd'hui. Pas de rémission, juste vivre avec et parcourir ce chemin de vie pas à pas.

De la force j'en ai, j'en donne et j'en procure, les épreuves seront pénibles, j'en suis consciente, mais il me manque parfois de l'énergie. Ce combat, cette lutte contre la maladie sont épuisants. Le traitement l'est encore plus paradoxalement. J'arrive à me persuader que si je souffre ainsi, mes cellules indésirables elles succombent, une à une, sans proliférer.  

Je ne vais pas me plaindre, je trouve souvent que mes compagnes de chambres sont bien plus malades que moi. Un miroir que je ne veux pas encore affronter, car tel n'est pas mon destin. Je me battrai, je vais lutter, mais je n'irai pas au-delà de mes possibilités. La souffrance humaine à des limites que l'on doit respecter. Mieux vivre je veux bien, vous quitter paisiblement je l'exige. "

Carpe Diem Maman.

Walter Schlechten, habitant de La Croix-de-Rozon.

 

 

 

 

 

13/07/2011

"Au carrefour de la vie"

« Il est 3 heures du matin, impossible de dormir, ni même de trouver le sommeil. Alors que je suis allongé dans mon lit, mon cœur bat à nonante pulsations minutes depuis plus de deux heures.

 

Les idées noires se bousculent dans ma tête, je ne les maîtrise plus, alors que des idées sombres laissent une larme s'écouler le long de ma joue. Ce n'est ni la première, ni la dernière. Il n'y a aucune honte à pleurer, à se laisser aller, mais je lutte encore.

 

La peur de perdre un être aimé n'a pas de frontière, même si par pudeur je me cache un peu en tournant le dos à mon épouse pour dissimuler cette larme.Pourtant elle a compris la situation. Sa main, délicatement posée sur ma hanche, dépose une caresse douce, légère, affectueuse, aimante et compatissante dans un silence de cathédrale. Elle aussi ne dort pas, elle subi mes tourments mais les comprends, car elle a connu ces instants terribles où l'avenir incertain d'un proche devient une brûlure presque égoïste.

 

 

Vouloir être fort pour qui, pour quoi ? Devant l'injustice de la maladie et les démons qui rongent nos proches, il y a des émotions que l'on ne retient plus. Je me lève et m'en vais pleurer au salon, à la recherche de l'obscurité d'une intimité, solitaire et pudique.

 

Il y a des minutes dans la vie où tout devient relatif, où le sens de nos valeurs est bousculé. L'humain reprend alors toute sa place à travers l'amour porté et la peur de perdre quelqu'un.  On s'en veut un peu d'être aussi faible, alors qu'hier encore nous étions l'épaule sur laquelle se reposer, là nous sommes impuissants. Comment faire pour aider, accompagner, soulager ?

 

Et puis il y a le courage rencontré, celui de la malade, de celle qui pourtant peut tout perdre mais qui se refuse à baisser les bras, pas maintenant, pas comme ça. Un courage digne et emphatique, elle ne veut pas voir ses proches souffrir. Elle pense d'abord aux autres à la place de se plaindre. Ne pas abandonner sa famille, ne pas la laisser dans une situation où tout n'aura pas été réglé.

 

Le courage aussi de mettre des mots sur des symptômes, de prononcer des paroles simples mais lucides sur la maladie, sur le présent, sur le futur. Comment a-t-elle trouvé une telle force intérieure, je me le demande, alors qu'il lui faudra demain déjà commencer la lutte contre ce mal sournois qui la ronge.

 

L'instinct de survie et l'amour porté aux autres lui donne ce courage et cette force. On peut le lire sur son visage, la voir dans son regard. Ne pas se résigner, mais vivre avec la maladie, en faire une compagne d'infortune à la place d'une ennemie, même si la colère gronde et que la souffrance de cette injustice demeure.

 

Si nous nous n'envisageons que le pire, elle, s'est donné comme but de prolongé la vie. Elle nous montre ainsi le chemin à suivre. Aller de l'avant, sans se retourner sur les causes avec des « si » improbables ou des « là » incertains.  

 

Elle, c'est une mère, une femme qui a donné la vie. Elle nous a accompagnés, protégés, adorés, choyés, soignés, lavés, éduqués et conseillés. Elle nous aime tout simplement.

 

Elle c'est aussi la force d'une femme qui ne veut pas partir sans terminer son parcours, car au carrefour de l'amour il y a encore l'espoir d'y rencontrer, avec l'aide de ses proches, un nouveau chemin de vie, une route nouvelle à baliser. »

 

 

Walter Schlechten, habitant La Croix-de-Rozon.

 

"On t'aime maman !"

 

 

 

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